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Clochemerle rue des Rosiers
Frédéric Chouraki   Ginsberg et moi
Seuil - Cadre rouge 2008 /  17 € - 111.35 ffr. / 227 pages
ISBN : 978-2020982023

Date de parution : 21/08/2008.
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Il manque dans le titre une référence au troisième et principal personnage du roman : le Marais. Plus qu'un «hommage à la culture beat» ainsi que le suggère la quatrième de couverture, il s'agit d'une présentation subjective, que la caricature n'effraie pas, de ce quartier parisien. Déambulant entre les mondes juifs et gays, Simon Glückmann se mêle adroitement aux deux, promène sa belle tête blonde, avec la confiance en soi inébranlable qui naît à la convergence des regards admiratifs, de la synagogue du Temple aux bars lounge branchés et «spécialisés».

Pourtant, tout ne s'annonçait pas forcément sous les meilleurs auspices pour le pigiste de Bitch (journal des femmes décidées à être aussi égoïstes et ambitieuses que les pires hommes) ; en fait d'indépendance, l'éphèbe Simon doit s'accommoder d'une existence sous la coupe tendrement protectrice de sa mère, aussi conforme au cliché de la mère juive qu'il était possible de l'imaginer, et sous celle plus subtile de Chardonnay, colocataire extrêmement dévouée et follement amoureuse, mais goy. Le tableau est dressé pour une énième déclinaison de la comédie communautaire façon La Vérité si je mens.

La méthode choisie par Frédéric Chouraki pour éviter de tomber trop ouvertement dans ce type de travers, c'est de superposer une autre ambiance typique, celle qui règne dans les lieux estampillés homosexuels. Bien entendu, la coïncidence géographique n'est pas seule à l'origine de ce découplement étrange, et la visée satyrique devient de plus en plus flagrante au fur et à mesure que le héros s'empêtre dans ses contradictions, avec un sens, sinon de la dignité, du moins de la mise en scène, très particulier.

Pour tout dire, aussi américaines que soient de façon générale les références littéraires de l'auteur, la nomination de Simon au poste de rabbin stagiaire et ses innovations liturgiques nous donnent l'impression d'entrer dans une version contemporaine et parisienne du vieux best-seller de Gabriel Chevallier, Clochemerle. En effet, si la plume est moins corrosive – il est aujourd'hui des provocations qui sont autant de déclarations d'allégeance à l'air du temps – et les personnages moins fouillés, il n'en demeure pas moins que de frappantes similitudes plongent le lecteur dans un univers où délires collectifs et individuels s'alimentent les uns les autres, où la débauche sexuelle le dispute aux appels mystiques à une intervention divine, et où un groupe de militantes décide de remettre un peu d'ordre. Le «village juif» du Marais semble pris de cette frénésie un peu inquiétante et tout à fait ridicule, tandis que plane un parfum de scandale et que morale et pratique se mélangent d'une drôle de manière.

La farce, culminant dans un dénouement qui n'est pas sans évoquer le Marcel Aymé de La Jument verte, vaut bien mieux que la tentative vaguement philosophique consistant à lier d'une étrange façon le destin d'un jeune homme absolument égoïste mais pas pour autant dépourvu d'illusions artistiques et celui d'un poète usé et laid, avide de chair fraîche et jouissant de toute la dépravation grasse qu'il répand. Malgré tout, ne serait-ce qu'à cause du titre, il est difficile de passer sous silence cet aspect, et c'est bien là le tort principal de l'ouvrage ; la prétention affichée ne correspond pas à la réalité de l'écriture. Ginsberg et moi est un roman très léger, éventuellement amusant, mais somme toute assez insipide, très loin de la violence esthétique et sans concession de la Beat Generation. On est donc tenté de trouver usurpatoire le recours à l'aura du célèbre auteur américain.


Aurore Lesage
( Mis en ligne le 20/08/2008 )
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