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WESTERN INTIME
Catherine Soullard   Johnny
Le Rocher 2008 /  12 € - 78.6 ffr. / 84 pages
ISBN : 978-2-268-06619-6
FORMAT : 13,5cm x 20,5cm

Date de parution : 25/08/2008.

Auteur du compte rendu : Ancien élève de l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon, agrégé de Lettres Modernes, Fabien Gris est actuellement moniteur à l’Université de Saint Etienne. Il prépare une thèse, sous la direction de Jean-Bernard Vray, sur les modalités de présences du cinéma dans le roman français contemporain.

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Ces paysages rudes de terre rouge, ces villages perdus au milieu de la poussière, ces hommes à la gâchette facile, ces saloons… Nous sommes sans la moindre hésitation en plein cœur d’un western. Mais précisons un peu, faisons davantage le point : nous sommes à Albuquerque, nous suivons les itinéraires de Vienna, de Emma, du Kid et du mélancolique Johnny avec son inséparable guitare… Pas de doute : nous ne sommes pas dans n’importe quel western, mais dans Johnny Guitare, le célèbre film de Nicholas Ray.

Mais, dans le même temps, ce n’est plus exactement Johnny Guitare pour la narratrice, mais simplement Johnny. «Johnny», ce film devenu objet intime et familier, ces êtres de pellicule devenus étonnamment proches. Il y a une raison à cela, qui se dessine peu à peu au fur et à mesure que le texte avance : la Vienna de Ray apparaît comme le reflet d’une autre femme, tout autant forte et courageuse, tout autant malheureuse en amour, qui n’est autre que la mère disparue de la narratrice. Regarder Johnny Guitare prendre imaginairement la caméra revient alors à revoir cette silhouette maternelle lointaine. Les passions exacerbées du film trouvent un écho dans l’éphémère trajectoire de cette femme mystérieuse, consumée d’amour, qui a fait le choix d’une vie âpre au service des autres en tant qu’infirmière.

Johnny est donc une «novellisation», ce genre de texte qui narre par écrit un film préexistant. Tanguy Viel, en 1999, avait tenté la même expérience avec son formidable roman intitulé Cinéma, dans lequel le narrateur racontait compulsivement Le Limier de Mankiewicz, unique objet de son attention. Mais là où Viel utilisait le procédé de la novellisation afin de peindre le cas d’une folie scopique et de proposer une réflexion sur la nature et le pouvoir fascinant des images, Catherine Soullard s’en sert pour décrire une anamnèse intime et douloureuse. On se situe finalement sur des chemins plus «classiques» que ceux de Tanguy Viel : Johnny est un roman psychologique et un roman d’amour. Amour de Vienna pour Johnny, amour de la mère de la narratrice pour Claude, soldat mort en Indochine, amour filial d’une fille pour sa mère, et bien sûr amour du cinéma.

L’intelligence du roman de Catherine Soullard réside dans le fait que le film n’est ni un simple prétexte pour une énième remémoration familiale, ni un simple procédé technique qui se gargariserait de sa propre prouesse et de sa propre virtuosité. L’écrivain choisit la difficulté, voire l’opacité pour ceux qui ne seraient pas familiers du célèbre western de Ray. Johnny Guitare est ainsi repris dans le texte sans respect pour la chronologie du film, en répétant certaines scènes, en jouant sur des descriptions fragmentaires et elliptiques, en y mêlant des commentaires. L’entrelacement de cette narration et de celle de la remémoration intime est habile et discret, sans la moindre lourdeur. Cela est dû au fait que Catherine Soullard ne cherche pas tant les points communs entre le film et le passé de sa narratrice qu’elle ne mène deux histoires parallèles, ou plus exactement deux films, tantôt en montage alterné, tantôt en surimpression, si l’on veut filer la métaphore cinématographique. L’histoire personnelle est en dialogue avec le film ; face à lui, elle acquiert une véritable puissance passionnelle ainsi qu’une dimension romanesque et tragique incontestable.

On pourrait reprocher à l’écrivain certains excès dans le ton qu’elle adopte : le lyrisme est parfois trop appuyé et trop démonstratif, notamment dans le récit familial. De même, le roman est étonnamment court : il ne craint pas les ellipses, les trous narratifs, l’inachèvement. Certains ne manqueront sans doute pas de reprocher à l’auteur cette brièveté. Il semble néanmoins que ces remarques ne doivent pas faire obstacle à la lecture de Johnny, qui trouve précisément son rythme et son ton dans ses lacunes et dans sa fragilité assumée. Les lecteurs qui sont parfois fatigués par les innombrables romans–souvenirs qui envahissent les librairies gagneraient assurément à ouvrir le livre de Catherine Soullard, qui se démarque des autres par son originalité et sa volonté de faire jouer ensemble le septième art et la littérature.


Fabien Gris
( Mis en ligne le 08/09/2008 )
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