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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Divin Léon
André Suarès   Tolstoï vivant
Tinbad - Essai 2020 /  18 € - 117.9 ffr. / 182 pages
ISBN : 979-10-96415-31-1
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm
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. «Je ne vis que de différences, de qualité et de nuances. Je ne suis pas près d’être compris». (A. Suarès)

Auteur intrigant, secret et exigeant (il consacra sa vie à la littérature, loin des mondanités de ses contemporains Gide, Claudel ou Morand), André Suarès (1868-1948) publia une centaine d’ouvrages dont un grand nombre ont paru après sa mort. Citons les plus célèbres : Wagner (1899), Sur la mort de mon frère (1904), Dostoïevski (1911), Idées et visions (1920), Le Voyage du condottiere (1932), Valeurs (1936), Vues sur l’Europe (1936) ainsi qu’une correspondance avec André Gide, Romain Rolland ou encore Charles Péguy.

Suarès était un moraliste classique chez qui mystique et traditionalisme se mêlaient à un pacifisme lié à une critique de la modernité (et plus spécifiquement de la technique). Aujourd’hui, cet homme érudit et pessimiste passerait pour un hurluberlu aux yeux des profanes ! Il est le premier à avoir publié une étude sur Tolstoï qui venait alors de mourir (1910), par une série de feuillets dans Les Cahiers de la Quinzaine de Péguy. Jamais éditée depuis 1938, l'étude a pourtant été reprise par une quantité de biographes qui ne firent jamais référence à cet essai. Fidèle à lui-même, c’est en moraliste intransigeant que Suarès fait le portrait (voire un anti-portrait) de son maître absolu, indépassable en tout : en littérature, en religion, en amour, en société et en morale. Et c’est ce caractère volontairement excessif qui surprend tout au long de la lecture.

Cette réflexion de l'inclassable écrivain sur Léon Tolstoï déroutera plus d’un lecteur s'attendant à une étude historique et littéraire. Suarès, en déifiant l’auteur de Guerre et paix, propose un portrait à la fois chrétien, moral, philosophique, esthétique et littéraire du génie russe. Dans ce poème en prose (véritable ode à l’homme, à l’écrivain, au génie divinisé), lyrisme, incarnation du vivant et analyse socio-linguistique se côtoient dans une écriture à la fois classique, hermétique et possédée par une subjectivité quasi outrancière. Suarès y définit la littérature, sa vision de l’esthétique, plus qu’il ne s’attache directement au monument des lettres russes. C’est la force de ce type de littérature sanguine et en même temps la faiblesse d’un genre quasi inaccessible car peu universel, peu lisible, peu compréhensible car n'entrant dans aucun carcan théorique.

En ne citant jamais son maître mais en tentant d’incarner sa pensée, sa mystique et son être, Suarès entreprend une réflexion en mouvement permanent, difficilement accessible au non-spécialiste de Tolstoï. Il en résulte une mystique en totale adéquation avec le caractère du biographe. Peut-être est-ce pourquoi Suarès accéda difficilement à la postérité ? On note à la lecture quelques coquilles et maladresse de réimpressions ; ce qui aurait scandalisé André Suarès, sensible à la perfection syntaxique.


Simon Anger
( Mis en ligne le 23/11/2020 )
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