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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Un document oulipien
 L'Oulipo   Moments oulipiens
Le Castor Astral 2004 /  15 € - 98.25 ffr. / 162 pages
ISBN : 2-85920-535-7
FORMAT : 14x21 cm
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Fondé en 1960, comme une commission du Collège de pataphysique, L'ouvroir de littérature potentielle, plus connu sous le nom d'Oulipo, a vite affirmé son originalité. Alors que les pataphysiciens, groupés autour de l'ancien secrétaire d'Apollinaire, sa Magnificence le Baron Mollet, ne cherchaient guère la célébrité et donnaient volontiers à leurs activités un caractère confidentiel, les oulipiens, ou du moins certains d'entre eux, ont vite suivi une toute autre voie. C'est ainsi que, dès 1973, c'est-à-dire il y a maintenant plus de trente ans, ils publiaient un ouvrage collectif qui fut loin de passer inaperçu.

Depuis, la tendance ne s’est pas démentie, comme en témoigne une abondante production. Autre originalité : la place qu’y occupent les mathématiques et ceux qui la pratiquent. L’Oulipo compte, ou comptait, certains des meilleurs mathématiciens de leur génération, comme François Le Lionnais. Parmi ses autres membres figurent des noms illustres, comme ceux de Marcel Duchamp, Raymond Queneau, Georges Perec ou Italo Calvino, et d’autres moins connus : François Caradec, Luc Etienne, qui tenait "L’album de la comtesse" dans Le Canard enchaîné, Anne Garreta, Jean Lescure ou Jacques Roubaud. Tous sont unis dans une même conviction : la fécondité des contraintes. L’obstacle qu’elles constituent stimule les facultés créatrices. Chacun de nous a entendu parler des règles de la versification ou de la tragédie. Les oulipiens ont dressé un inventaire de ces contraintes : le tableau de Queneleiev. La combinatoire y joue un rôle de premier plan, ce qui explique la présence des mathématiciens et confirme l’adage qui veut qu’il y ait plus de science dans l’art que d’art dans la science. C’est ainsi que La disparition relève du genre lipogramme, puisque Perec y a réalisé ce tour de force de composer une nouvelle où la lettre e ne figure pas une seule fois.

Réunis à l’initiative de M. Benabou, en sa double qualité de secrétaire définitivement provisoire et de secrétaire provisoirement définitif, et publiés chez le Castor Astral, éditeur attitré de l’ouvroir, ces Moments oulipiens nous donnent l’occasion de faire plus ample connaissance avec cette bande de joyeux drilles. L’ouvrage comprend onze contributions, de longueur et d’intérêt inégaux. Chemin faisant, le lecteur y croisera le jeune Paul Auster venu rendre hommage à Perec lors d’une manifestation oulipienne à l’Université de New York et y trouvera maint exemple de la distraction proverbiale commune aux mathématiciens et aux poètes. Il y apprendra que La vie mode d’emploi n’est pas un livre tombé du ciel et que l’idée en est empruntée au Diable boiteux de Lesage; qu’il est dangereux pour les archéologues d’entreposer dans des caisses le produit de leur fouilles. Il y trouvera encore un exemple de poème sans substantif, sans verbe et sans adjectif, La rien que la toute la, et découvrira les affres d’une attachée de presse obligée de recomposer à l’improviste son plan de table pour faire à quelques oulipiens une place aux côtés du Tout Paris littéraire.

Par endroit, ces Moments se perdent aussi dans l’anecdote, quand ce ne sont pas des exercices laborieux. Jacques Jouet note qu’en 1982, après la mort de Perec, la question s’était posée de savoir si le groupe ne devait pas se dissoudre. De fait, l’existence même de ces Moments donne à penser que les beaux jours du groupe appartiennent au passé. Quoi qu’il en soit, ils nous rappellent une réalité souvent négligée, les conditions sociales de la littérature. L’écrivain ne passe pas ses journées seul devant sa table, — ou dans le métro, où il ne faut alors surtout pas le déranger. S’il est clair que la vie littéraire ne se confond pas avec ses dessous ou ses à-côtés, le dernier ouvrage de l’Oulipo constitue un document précieux sur un mouvement qui a marqué la littérature française de la fin du vingtième siècle.


Michel Bourdeau
( Mis en ligne le 14/05/2004 )
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