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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Prose-combat
Octave Mirbeau   Combats littéraires
L'Âge d'homme 2006 /  45 € - 294.75 ffr. / 690 pages
ISBN : 2-8251-3672-7

Édition critique établie et présentée par Pierre Michel et Jean-François Nivet.

L'auteur du compte rendu : Chargé d'enseignement en FLE à l'Université de Liège, Frédéric Saenen a publié plusieurs recueils de poésie et collabore à de nombreuses revues littéraires, tant en Belgique qu'en France (Le Fram,Tsimtsoum, La Presse littéraire, Sitartmag.com, etc.). Depuis mai 2003, il anime avec son ami Frédéric Dufoing la revue de critique littéraire et politique Jibrile.

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Octave Mirbeau (1848-1917) fait partie des plus brillants représentants de la génération des «Énervés de la Belle Époque». On connaît bien sûr son Journal d’une femme de chambre, le savoureusement cruel Jardin des supplices ou les tribulations autobiographiques de son Sébastien Roch. Mais la production de Mirbeau déborde amplement du domaine romanesque, pour s’aventurer, quand ce n’est du côté du théâtre, dans les arènes de la polémique. Le volume de ses Combats littéraires que publie L’Âge d’homme met définitivement en lumière l’intense activité de cette plume redoutablement acide, suprêmement vivante.

Parcourir ces Combats, c’est suivre les détours d’un goût, d’une fibre et d’une conscience face au monde. Mirbeau osa le coup de gueule et le soufflet, à une époque où le journalisme se soumettait déjà souvent à l’air du temps et s’occupait de «tresser des couronnes aux épiciers et menus détaillants de littérature courante». Inattendu, voire inclassable, son jugement abat les icônes prudhommesques et rend hommage à des individus de tout bord, que seul le talent réunit. Ainsi notre enragé a-t-il exalté, avec une égale fougue, le père du Chevalier Des Touches et celui des Misérables, le Daudet des Morticoles et le Maupassant de Boule de Suif.

On s’interrogera, et à juste titre parfois, sur la bonne foi de Mirbeau qui, longtemps avant de rejoindre les dreyfusards, se fendait volontiers d’une pique antisémite ; qui n’eut pas que des mots durs à l’égard de Barrès, dont il se rira pourtant dans L’Assiette au beurre ; qui pouvait être, à une semaine d’intervalle, féministe et gynécophobe ; qui conspua la Société des Gens de lettres pour au bout du compte s’y inscrire. On ne remettra par contre nullement en question la sincérité de son écriture. Mirbeau ne fut ni un «intellectuel» ni un «clerc». Il se plut à exercer son droit à la contradiction et, s’il lui arriva de pécher par incohérence ou opportunisme, il ne le fit jamais dans l’unique souci de flagorner ses contemporains et de s’assurer une carrière.

Il reste à souligner l’extrême générosité de cette figure. Mirbeau tonitruait, assassinait à coups d’adjectifs, vitriolait, sapait les valeurs de ses adversaires, certes. Mais, avant tout, il était un homme d’admirations, d’un soutien indéfectible, et même d’un grand secours matériel, pour ses amis. On le constate tout d’abord au fil des merveilleux portraits qu’il dresse dans ses nécrologies, qu’il s’agisse d’honorer des célébrités (Hugo, Barbey, Goncourt) ou de jeunes écrivains prometteurs trop tôt fauchés (Fervacques ou Hennequin). On le voit encore mieux quand il s’agit de défendre les vivants. Ceux que la justice poursuit au moment de la vague des attentats anarchistes, à l’instar de Cohen, Fénéon, Tailhade ; ceux que leur discordance morale repousse loin dans les marges du gotha littéraire ou, tout bonnement, de la société. Mirbeau s’insurgera violemment contre les conditions de détention de Wilde à Reading ; à l’opposé, il écrira parmi les pages les plus vibrantes que l’on ait dédiées au «joaillier en malédictions», Léon Bloy.

Saluons pour terminer le titanesque travail d’édition mené par Pierre Michel et Jean-François Nivet, qui ont réussi l’exploit de rendre accessibles et lisibles maintes tribunes qui risquaient de sombrer dans l’oubli de l’anecdote trop datée pour être goûtée. Chacun des articles de Mirbeau est en effet assorti d’un appareil de notes qui éclaire les personnalités citées, le contexte des débats, les événements déclencheurs du courroux ou de l’éloge de Mirbeau, la réception de ses propos.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 15/01/2007 )
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