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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

La mort de la littérature
Richard Millet   L'Opprobre - Essai de démonologie
Gallimard - Blanche 2008 /  11.50 € - 75.33 ffr. / 175 pages
ISBN : 978-2-07-012066-6
FORMAT : 12,0cm x 18,5cm

L'auteur du compte rendu : Essayiste, romancier, Jean-Laurent Glémin est titulaire d’un troisième cycle en littérature française. Ayant travaillé notamment sur les sulfureux Maurice Sachs et Henry de Montherlant, il se consacre aujourd’hui à l’écriture de carnets et de romans. Il n’a pas publié entre autres Fou d’Hélène, L’Imprésent, Fleur rouge, Chair Obscure, Continuer le silence.
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Le ton monte, les écrits se multiplient, les réactions commencent à se faire entendre sur l’époque douloureuse que nous vivons. Ce que semble nous montrer le dernier livre de Richard Millet (né en 1953), recueil d’aphorismes et de pensées sur trois-quatre sujets bien précis, tous intimement liés, car il vient compléter une série d’ouvrages traitant de ces questions de société. Époque nouvelle et hypocrite (Mensongère, écrit Millet.) que seule la littérature permet de décrypter précisément, faisant remonter à la surface les aberrations que l’on ne cesse de glorifier ou de cacher aux fonds des eaux troubles de la modernité. Millet, l’écorché, nous en parle ici d’une écriture élégante, au vocabulaire parfois savant.

Tout part d’un court texte sorti en septembre 2007, Désenchantement de la littérature où Millet se désolait de voir à quel point la production romanesque contemporaine (et une majeure partie de la littérature avec) est pitoyable. Sur cet avis radical, on peut tout de même lui reconnaître une place privilégiée pour émettre ses critiques : il est directeur de collection chez Gallimard. Forcément, la foudre de ses contemporains se déchaîne dans la tempête parisianno-éditoriale, déclenchant une vaine polémique. Millet le réac, le raciste, le catho, l’intolérant, le poussiéreux, etc. Insultes classiques pour qui défend, sans le savoir souvent, ce monde posthistorique que Ph. Muray fustigeait avec brio. Mais Millet prend la mouche (Il ne le devrait pas, c’est donner trop d’importance à ses contradicteurs) et compose un petit recueil de réflexions sur les questions de littérature, de nation, de grammaire, de consommation, de religion, de journalisme, de progrès, de racisme, et du système néo-libéral actuel.

Millet appartient clairement à l’ancien monde. Écrivain chrétien, solitaire, misanthrope, sa mission est de défendre ce que fut la grandeur de la littérature avec sa langue savante et savoureuse, sa sagesse, sa puissance et sa magnificence. L’ennui, c’est que la culture contemporaine n’est plus que relative, et qu’elle brasse sous ses discours bien-pensants, d’avantage de billets de banque que de savoir et de vrai talent. Pour elle tout se vaut, réduisant le livre à un simple objet de consommation. Millet, lui, préconise le retour à la grammaire de la langue plutôt qu’à l’enseignement actuel de cette dernière qui s’abaisse à un public (pour ne pas dire à une population) de plus en plus illettré et au vocabulaire indigent. En s’en prenant à la grammaire, il attaque en fait la politique sociale libérale qui domine dans l’enseignement et la culture depuis les années 60 au moins. Ce livre part de ce constat, mais, puisque Millet est un grand écrivain, il offre dans ce recueil des axes de réflexions sur la place d’un écrivain aujourd’hui. Et oui, même dans son bureau de la rue Sébastien-Bottin, Millet est seul, incompris et ne dispose apparemment pas de pouvoirs suffisants pour éditer des écrivains intéressants (si tant est qu’il en reste, ce qui à le lire, n’est pas certain.).

La littérature est le produit subtil d’une sensibilité et d’un savoir. En cela, L’Opprobre reflète assez cette tentative de définition car Millet parle clairement de son éducation, de sa croyance toute puissante en la chrétienté, de sa vision de la littérature tout en réglant ses comptes avec ces démons-journalistes-critiques qu’il méprise. Il s’attaque aussi au genre romanesque, symbole de cette littérature actuelle triomphante et vaine, qui pullule aujourd’hui. «Notre époque est la première où voir détruire des livres nous console de ce qu’ils ont été écrits», écrit-il… On apprécie la provocation.

Écrivain catholique, Millet ne pardonne bizarrement pas ! Et c’est le seul aspect qui dérange un peu dans le livre. Car en affirmant le rejet dont il est l’objet involontaire, en se dressant comme une espèce de martyr de la littérature, et bien on adopte souvent une posture en y parlant de son ego, de son Moi désolidarisé de l’espèce humaine. Certes, l’époque post-moderne est une aberration, une mine d’exemples les plus insupportables les uns que les autres en témoigne, mais l’écrivain, le sachant, doit continuer de souligner ces contradictions, parler de ses ennemis, et commenter son époque. Girard et Cioran sont cités, ce qui inclut Millet dans cette lignée de grands penseurs. Citons là un aphorisme pour rendre hommage à ce dernier, grand amateur de fragment radical : «La communauté de mes lecteurs ne les lie à moi (et moi à eux) que par le lien qui suppose l’anonymat : je reçois d’eux l’offrande silencieuse de leur lecture.» Voici une autre tentative de définition de la littérature, ce lien anonyme et silencieux, rare vestige qui reste aux lettrés, contaminés par une catégorie de plumitifs qui perd ses ailes devant le succès, le bruit, le vacarme de son ego que permet le tapage médiatique incessant.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 26/03/2008 )
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  • Désenchantement de la littérature
       de Richard Millet
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