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Elémentaire mon cher Brown
Gilbert-Keith Chesterton   L'Oeil d'Apollon
Panama - La Bibliothèque de Babel 2008 /  21 € - 137.55 ffr. / 163 pages
ISBN : 978-2-7557-0342-9
FORMAT : 12,5cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu : Essayiste, romancier, Jean-Laurent Glémin est titulaire d’un troisième cycle en littérature française. Ayant travaillé notamment sur les sulfureux Maurice Sachs et Henry de Montherlant, il se consacre aujourd’hui à l’écriture de carnets et de romans. Il n’a pas publié entre autres Fou d’Hélène, L’Imprésent, Fleur rouge, Chair Obscure, Continuer le silence.
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On connaît mal Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Connaît-on davantage sa littérature? C’est ce qu’a tenté de faire Jorge Luis Borges en recueillant cinq contes importants puisés dans son œuvre romanesque. On y croise des illuminés, des détectives privés, des prêtres, des maîtres d’hôtel ainsi que de preux chevaliers. Mais chacun d’entre eux cache quelque chose de louche !

Dans la lignée d’Edgar Poe, le maître incontestable de la nouvelle fantastique, mais aussi proche d’un Villiers de-l’Isle-Adam, Chesterton, d’une plume extrêmement vivante et visuelle, introduit dans ses contes deux personnages passionnants : le détective privé Flambeau (on apprécie le jeu de mots puisque ce dernier se fait doubler en permanence par son acolyte sur les énigmes.) et le père Brown, petit homme en noir et toujours pertinent, qui, tel un Sherlock Holmes catholique, ne parle jamais trop vite et finit, par des déductions d’une logique implacable, par trouver les solutions aux problèmes qui paraissent pour le moins très curieux.

Dans L’Oeil d’Apollon, c’est un gourou stupide qui pousse sa femme aveugle dans une cage d’ascenseur afin de récupérer son testament. Dans L’Honneur d’Israël Gow, Brown et Flambeau enquêtent sur la disparition du propriétaire d’un manoir terrifiant et des objets luxueux qu’il possédait. Le Duel du professeur Hirsch met en scène l’histoire d’un dédoublement de personnalité tout à fait surprenant. Les Pas dans le couloir est un bijou de résolution logique et de démonstration rigoureuse, et Les Trois cavaliers de l’Apocalypse, une réflexion sur le destin et la providence.

Borgès ne s’est pas trompé en affirmant dans sa préface : «La littérature est une forme du bonheur ; et aucun écrivain, peut-être, ne m’a procuré autant d’heures heureuses que Chesterton» On le suit aisément tant les nouvelles se lisent avec un intérêt qui ne décroît jamais.

L’idée dominante des nouvelles de Chesterton est de proposer un cadre obscur et singulier, de dévoiler une histoire apparemment mystérieuse, de divaguer sur diverses pistes qui peuvent paraître fantastiques et d’échouer sur l’implacable solution d’ordre logique du sympathique père Brown. Entre temps, le lecteur partage les interrogations des enquêteurs, mais est surtout emporté par l’intelligence du nouvelliste, sa richesse linguistique, son monde extrêmement visuel agrémenté de métaphores tout à fait saisissantes. Plus que la symbolique catholique, son ironie politique, ou ses savantes enquêtes mondaines, c’est le plaisir du texte que l’on retient avant tout. Une saveur rare que l’on ne retrouve que chez les grands auteurs, débarrassés de l’école réaliste mais conscients qu’il faut passer par elle pour dresser quelques beaux portraits d’une époque. Cette simplicité déconcertante, qui présuppose le travail du grand écrivain visionnaire, prend ici tout son envol. Comme chez Villiers, Chesterton privilégie le retour au réel, et déconstruit toute fantasmagorie fantastique au profit du raisonnement basé sur des faits concrets (rappelons que l’on flirte ici avec le genre policier).

C’est toute l’originalité de ces nouvelles que Borgès nous présente, et la force d’un écrivain, toujours concerné par tout ce qui touche l’ambiguïté humaine et les troubles de son comportement, généralement relayés par les vices usuels et communs chez chacun d’entre nous. La forme même des nouvelles est singulière, ce qui peut distinguer Chesterton de ses maîtres à penser ou de ses contemporains. Un livre haut en couleurs présenté dans une édition de qualité. Chesterton est un écrivain à redécouvrir de toute urgence !


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 27/10/2008 )
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