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Ultimes fragments ou ébauches mises à jour ?
Franz Kafka   Les Aphorismes de Zürau
Gallimard - Arcades 2010 /  10 € - 65.5 ffr. / 142 pages
ISBN : 978-2-07-078281-9
FORMAT : 13,7cm x 19,2cm

Préface et Postface de Roberto Calasso

Traduction de Hélène Thiérard

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Tu t’es harnaché de manière ridicule pour ce monde» - Franz Kafka

Peu connus dans l’œuvre posthume de Kafka, révélés (justement ou injustement, tel est le débat) par son ami Max Brod, il est utile de revenir sur la courte présentation de Roberto Calasso qui explique que ces aphorismes inclus en 1953 par Brod dans le recueil Préparatifs de noces à la campagne, avaient pour titre ou sous-titre initial : Considérations sur le péché, la souffrance, l’espoir et le vrai chemin. Gallimard décide d’en fournir une version définitive et indépendante des autres œuvres posthumes de l’écrivain tchèque. A cela il faudrait ajouter quelques remarques.

Ce livre est presque un objet en fait, une sorte de recueil hybride que le travail de l’éditeur tend à construire, où l’on compose et recompose à partir de notes et de fragments pris sur des feuillets plus ou moins complémentaires, des dossiers non achevés ou des diversions prises ici et là en marge d’un texte ou d’un roman. Mais puisque l'auteur est Franz Kafka, on se précipite pour rééditer de soi-disant trouvailles alors que parfois on reste sur l’impression d’un brouillon (comme au fragment 50 par exemple), c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas destiné à la publication. Reste la lecture du recueil où figurent – ô grand drame ! – des aphorismes rayés à l’origine par l’auteur. N’est-il pas important de respecter le vœu d’un écrivain qui, d’une part ne voulait pas voir ses textes publiés après sa mort, et d’autre part subit, par-delà sa disparition prématurée, la publication de fragments qu’il avait lui-même hachurés sur le manuscrit ? Sur ces questions essentielles de la publication posthume, Milan Kundera tranche du côté de Kafka dans son essai Les Testaments trahis (1993).

D’un point de vue global, on est estomaqué par la violence de ces fragments, d’un désespoir latent, et dotés d’une analyse terrible sur l’Etre. Certes, Kafka se situe à la fin de sa vie au moment de la composition, mais il n’a pas 40 ans ! C’est pourtant un homme en deuil de lui-même que nous retrouvons ici (il est tuberculeux et séjourne en 1917-18, dates probables de ces ébauches, à Zürau, chez sa sœur - en République tchèque actuelle -, dans une campagne bucolique, propice à la réflexion), un écrivain qui sent la fin proche et qui revient aux fondamentaux : l’enfance avec son chien, la foule impatiente, l’espoir d’un monde céleste, la prise de position face aux éléments, la nostalgie d’un monde perdu, le chemin à suivre mais qui se trouve derrière, l’espoir un peu, surtout l’acceptation de la vie…

Le recueil se compose donc essentiellement d’aphorismes, d’exemples à valeur morale, d’anecdotes «poétisées», de notations symboliques, de sentences brutales, ou encore d’historiettes allégoriques. Bref de petites maximes ! On a là aussi une sorte de mémoire où une tentative de bilan métaphysique est menée. Le désespoir nous plante raide, semble nous dire l’écrivain, mais l’homme doit se porter bien droit. Image de l’être fracassé par la vie certes, plutôt la doctrine d’un penseur à la fois lucide et halluciné comme en témoigne ce saisissant fragment : «Il y a des questions que nous ne pourrions pas surmonter si nous n’en étions par nature délivrés».

Enfin, plaisir de la lecture, qui plus est de Kafka qui, malgré l’obscur, se révèle souvent très concret. Le temps qui passe, la destinée que l’auteur résume par «Ce chemin» que chacun emprunte et qui nous amène au jugement dernier, autrement dit à la cour martiale ! Kafka s’impose ici un choix de formules lapidaires pour tenter une approche certaine de la démesure (spatiale et temporelle). La force du texte repose précisément sur ce décalage entre forme brutale et courte (le fragment) et l’inévitable méditation qui doit en découler (la lente et longue réflexion).

Les Aphorismes de Zürau est un recueil fragmentaire, pour entrapercevoir l’univers noir et désespéré de Kafka qui implante en deux ou trois phrases un décor vif et pénétrant. Mais l’on assiste aussi impuissant au remaniement d'une œuvre par un éditeur – ou comment proposer en définitive au lecteur de 2010, et sous le joug d’une contradiction terrible, un Kafka anti-Kafka. Pour rebondir sur Kundera, nous dirons modestement que Franz Kafka a été, en littérature, la victime exemplaire de l’exécuteur testamentaire…


Henri-Georges Maignan
( Mis en ligne le 29/10/2010 )
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