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Et l'amour, bordel ?!
Dino Buzzati   Chroniques terrestres
Robert Laffont - Pavillons 2014 /  22 € - 144.1 ffr. / 446 pages
ISBN : 978-2-221-12767-4
FORMAT : 14,0 cm × 21,7 cm

Delphine Gachet (Traducteur)
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Le grand romancier Dino Buzzati n'est pas seulement l'auteur d'une multitude de nouvelles réunies en plusieurs recueils (Le K., Panique à la Scala, Les Nuits difficiles, Le Rêve de l'escalier...) ou l'auteur de romans comme Le Désert des tartares ou Un amour. Il était aussi journaliste et a collaboré pendant plusieurs années au Corriere della Sera sous de multiples casquettes : correspondant de guerre, envoyé spécial, chroniqueur, journaliste sportif, critique d'art...

Ces Chroniques terrestres offrent une sélection des articles de Buzzati. Où le romancier aborde des thèmes fort variés, allant des batailles navales de la Seconde Guerre mondiale (avec un bon nombre d'articles sur les ravages de ce conflit) à la «défense» d'un kangourou qui meurt bêtement dans un zoo, ou un chien cosmonaute que l'on envoie dans l'espace, en passant par des portraits d'Albert Camus, Jean XXIII ou Marilyn Monroe... Dino Buzzati s'intéresse à tout et offre un réel travail de journaliste, décrivant le quotidien dans un monde qui devient de plus en plus «surréel».

Ce qui est singulier, c'est son angle d'attaque, sa sensibilité qui, par le biais de l'absurde et de son oeil méticuleux, sait voir ce qu'il y a derrière l'événement et le fait divers. Jamais, d'ailleurs, il ne cède à l'émotion facile ou au sentimentalisme, mais il retraduit l'univers qu'il aborde. Si, au début, il aborde des conflits d'une rare violence, avec un goût de l'étrange (une bataille navale dans le brouillard, la fumée), la mort plane souvent sur toutes ces chroniques. Buzzati semble observer en spectateur aussi effaré que curieux de tout ce qui se passe dans le monde et qui rend celui-ci fou, beau, étrange, et, il faut bien le dire, sordide. Il n'empêche que la sensibilité du romancier est bouleversante, derrière cette façon de retranscrire le moindre détail.

Quand il décrit ce kangourou mort, il ne s'apitoie pas sur la cruauté sanguinaire de l'homme envers l'animal mais, au contraire, il met en lumière une autre forme de cruauté, plus invisible, par exemple, le bureaucrate qui effectue un travail sans soin et sans se rendre compte de son implication quotidienne. Le romancier décrit alors sobrement le calvaire de la bête qui meurt lentement et sûrement. Quelle importance, dira-t-on ? Ce n'est pas une barbarie frontale que met en évidence Dino Buzzati mais quelque chose de bien plus grave parce qu'anodin : le désintérêt, l'indifférence. De même, quand il aborde la bombe atomique, il n'en parle pas à travers l'horrible spectacle qu'elle peut procurer mais par le fait que l'homme s'y adaptera et finira par la banaliser. De même encore quand il évoque ce chien cosmonaute : il se met à la place de l'animal le plus fidèle de l'homme, à la place de ce chien placé sur orbite et qui ne comprend pas le programme dans lequel il joue un jeu, angoissé d'être catapulté dans l'espace alors qu'il rêverait plus volontiers d'un chapelet de saucisses !

A la fin de notre lecture, l'angoisse sourd face à ce monde que l'homme a construit. Doté certes d'une fabuleuse capacité à construire et à inventer, l'homme possède une sensibilité dont il se sert en revanche très peu. L'irresponsabilité, le désintérêt, l'indifférence priment alors que l'on pourrait très bien les enrayer.

Pas de doute, Dino Buzzati est le digne successeur de Franz Kafka.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 23/05/2014 )
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