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Comédie humaine à l'américaine
William Faulkner   Les Snopes - Le Hameau ; La Ville ; Le Domaine
Gallimard - Quarto 2007 /  29 € - 189.95 ffr. / 1248 pages
ISBN : 978-2-07-078373-1
FORMAT : 14,0cm x 20,5cm

Traduction de René Hilleret et Jules Bréant.
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La trilogie des Snopes parait enfin en France, comme l'a voulu le grand romancier William Faulkner (1897-1962). Cette belle édition est due à Marc Amfreville, Antoiné Cazé et Aurélie Guillain. Plonger dans cette oeuvre, sachant que les personnages réapparaissent aussi dans d'autres romans de l'auteur, c'est se plonger dans un univers où l'on doit être patient, volontaire et passionné. C'est de la véritable littérature en quelque sorte ; il faut sortir de son petit monde et de son petit moi.

William Faulkner a l'idée des Snopes dès 1925, et commence le début (inachevé) d'un récit en 1927, Le Père Abraham. Puis telle une idée fixe, une cinquantaine de feuilles, vite écartées, nourrissent un autre roman, Sartoris, en 1929, qui a déjà lieu dans le comté de Yoknapatawpha et où apparaissent certains personnages comme Flem, Byron, Ratliff... On retrouve encore d'autres personnages dans Tandis que j'agonise mais aussi dans Le Bruit et la fureur, Sanctuaire, Lumière d'août ou encore Absalon ! Absalon ! puis L'Invaincu. On conçoit une telle "passion" : William Faulkner dira dans une lettre que rappelle la quatrième de couverture, en parlant des Snopes : "Je les hais, je me moque d'eux, j'ai peur pour eux depuis trente ans".

William Faulkner, né dans l'état du Mississippi, est issu d'une vieille famille aristocratique ruinée par la guerre de Sécession. Après avoir vécu quelque temps à Paris et à New York, il revient s'installer dans le Mississippi, à Oxford. Il y partage son temps entre la littérature et la gestion de ses terres. D'abord méconnu en Amérique, Faulkner est rapidement considéré en France comme un grand auteur de la littérature contemporaine. Il écrit également quelques scénarios pour Hollywood, notamment pour Howard Hawks. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1949. Le romancier commence à s'atteler aux Snopes en 1928 avec Le Hameau. Le roman parait en 1940. C'est en novembre 1955 que le romancier s'attaque au second tome de sa trilogie, La Ville, achevé en 1956. Enfin, le dernier tome, Le Domaine, paraît en 1959, trois ans avant la mort de Faulkner. Hélas, les trois volets paraîtront réunis en un seul tome en 1964 seulement, deux ans après la mort de l'auteur.

Si le roman européen se penche sur l'intimité de l'individu, le roman américain veut s'emparer du monde, d'un espace vierge à maîtriser. Ce monde met en scène deux sortes de personnages : les conquérants et ceux qui laissent à d'autres le soin de tracer les voies de la conquête. Les trois romans prennent place dans un contexte particulier aux États-Unis, entre l'ancien et le nouveau monde. Dans le Sud, la guerre de Sécession a donné lieu à une société peu égalitaire, chargée de tensions extrêmes entre les esclaves et leurs maîtres, mais aussi entre d'autres catégories sociales, la classe des rednecks et l'aristocratie ruinée par la guerre de Sécession.

William Faulkner avait pensé au départ à trois autres titres : The Peasants (les Paysans), titre emprunté à Balzac, puis Rus in Urbe (le Paysan à la ville) et Ilium Falling (la Chute de Troie). On se rend compte que peu ou prou, le romancier parvient à enlacer la comédie humaine à la Balzac, avec l'histoire antique et les mythes homériques. Tout se passe au début à Frenchman's Bend, lopin d'une vallée fertile, à vingt milles au sud-est de Jefferson. William Faulkner met en scène l'ascension des Snopes, des hommes sans foi ni loi, à quelques exceptions près : l’histoire d’une famille du sud des États-Unis, de la guerre de Sécession à la Seconde Guerre mondiale.

A la base, les Snopes sont issus sans mélange d'une longue lignée de petits métayers sans ambition. Ils ne possédaient pas grand chose. Le premier Snopes, Ab, est un de ces fermiers cultivant la terre des autres. Son fils aîné, Flem, est un homme peu bavard, dont la passion est de récolter de l’argent par n’importe quel moyen (fraude, mensonge) et même de brûler des granges s’il le faut. Flem fait son apparition un beau jour, derrière le comptoir d'un petit restaurant d'une rue fréquentée par les gens de la campagne. Il fait venir à la ville sa parenté et la case partout où il est possible de le faire. Il réussit à se faire embaucher par Varner, à gagner sa confiance et même à épouser sa fille, Eula, incarnation de la fécondité et de la sensualité féminine, qui suscite les regards envieux des hommes. Il parvient à devenir directeur de la banque de Jefferson et à habiter la plus belle des demeures de notables de la ville, mais il meurt sans descendance, assassiné par un autre Snopes. Il y a enfin le narrateur principal de cette trilogie, l'observateur ironique mais fasciné, V.K. Ratliff, qui tente d'endiguer la montée des Snopes.

Le Hameau, premier volet de la trilogie, est une sorte de symphonie pastorale : le romancier décrit méticuleusement la vie de ses personnages jusque dans le moindre détail. Il n'hésite pas à dessiner aussi des êtres étonnants (voir l'étrange amour entre l'idiot, Ike Snopes, et une vache !). Le style de William Faulkner est solidement charpenté, sculpté dans le vif, concret, solaire, terrien avec un sens bien senti du portrait et du secret des êtres. "Elle [Eula Varner] était la dernière des seize enfants, le bébé, bien qu'elle ait rattrapé et dépassé sa mère par la taille dès sa dixième année. Et maintenant, bien que n'ayant pas encore treize ans, elle était déjà plus forte que la plupart des femmes adultes et ses seins mêmes n'étaient plus ces petits cônes durs, ardents, pointus, de la puberté, ni même ceux d'une jeune fille. Au contraire, son aspect tout entier suggérait un certain symbolisme venu des anciens temps dionysiaques : miel au soleil, raisins éclatés, sang pressé coulant de la vigne féconde qu'écrase le bouc de son sabot dur et fougueux. Elle semblait non pas être partie intégrante du monde qui l'entourait, mais plutôt vivre dans un vide prolifique dans lequel ses jours se succédaient, comme si, isolée du bruit par une vitre, plongée dans un morne hébétement, elle écoutait, avec une sagesse lasse issue de toutes les maturations mammaires, la croissance de ses propres organes" (p.103).

William Faulkner n'oublie jamais cet arrière-plan, qu'il connaît fort bien, au point de traduire l'odeur, l'humidité, la lumière, le détail de chaque lieu. Ce n'est pas tant un naturalisme qu'un souci d'être précis et concret, une passion pour la réalité, et même l'objectivité, pour que le lecteur comprenne une histoire avec tous ses tenants et ses aboutissants. Ce n'est pas un hasard si, sur sa tombe, l'auteur fit inscrire : "Il fit des livres et il mourut". William Faulkner met en scène des personnages en proie aux thèmes chrétiens de la chute et de la rédemption. Son style multiplie les points de vue ; on l'a d'ailleurs rattaché au style littéraire du fameux "courant de conscience" ( exposer le point de vue d'un personnage tout en décrivant son processus de pensée).

Cette trilogie est d'une richesse phénoménale, que seule la littérature peut nous offrir avec une telle ampleur symphonique et intime. Certes, le style de William Faulkner n'est pas aisé à suivre par moment mais il brosse hommes, femmes, paysages, intrigues avec un faisceau de techniques littéraires proprement éblouissant : multiplication des points de vue, retours en arrière, sauts brusque de la narration, fondus enchaînés, scènes haletantes, subjectives, burlesques, scènes épiques, restitution de la langue populaire avec ses codes, ses phrasés... C'est sublime ; il y a de quoi être ébloui.

A cela, l’édition dans la collection Quarto propose quelques lettres de William Faulkner à son éditeur au moment de l’écriture et de la publication des trois romans. Un dictionnaire, fort utile, permet de retrouver les personnages réapparaissant dans d’autres nouvelles et romans de William Faulkner. Enfin, à la toute fin, on trouve une biographie de William Faulkner, histoire de situer le bonhomme qui a pu écrire cette comédie humaine à l'américaine.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 03/03/2008 )
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