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Littérature  ->  Poésie & théâtre  
 

Délices du lugubre
Edgar Allan Poe   Steven Berkoff   Gérald Garutti   The Fall of the House of Usher - La Chute de la Maison Usher
Coïncidence Théâtre 2005 /  15/10 € - 98.25 ffr.

Pièce jouée jusqu’au 13 Mars 2005 ; du mercredi au samedi à 20h ; dimanche à 15h ; relâche lundi et mardi.

Au Vingtième Théâtre, 7, rue des Plâtrières, Paris 20e. Métro Ménilmontant.

Réservations: 01 43 66 01 13

Mise en scène : Gérald Garutti
Distribution : Shane Bordas (Roderik Usher), Mark Lawrence (The Friend), Diana Rosalind Trimble (Madeline Usher).
Musique : Mark Deutsch - www.bazantar.com
Lumières : Laurent Bréal.

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Dans un manoir en ruines, vestige d’une dynastie ayant passé son apogée, les deux héritiers, Roderik et Madeline Usher, reçoivent la visite d’un ami d’enfance. Celui-ci sert de miroir au couple de jumeaux, de mise en scène à leur démence, au resurgissement de passions troubles, incestueuses. Dans cette maison à l’inquiétante semblance anthropomorphique, faite de pierres ancestrales et des chairs sédimentées de générations consanguines, le drame conduit le couple des tréfonds de la psychose à la mort et ses fantômes…

Qu’une heure quinze est une durée courte pour dire tout ce qui est dit dans cette pièce ! Et pourtant, la gageure est accomplie, brillamment même car rien n’est plus pénible que cette heure quinze-là, dense, étouffante, asphyxiante tant tout semble y être hurlé et ressenti dans un seul souffle, par la conjonction parfaite entre les jeux d’acteurs, la réalisation impeccable et ses trouvailles scéniques, sonnant juste malgré l’ampleur tragique de l’histoire, une musique adéquate, et toute la tension du génie littéraire d’Edgar Allan Poe. Pénible, mais délicieusement, car Poe est l’auteur des peines, et il est ici remarquablement et dévotement adapté.

Le spectateur, véritablement scotché s’il joue le jeu et se laisse enlever par le drame, prendra comme une gifle les souvenirs surgissant de lectures lointaines et trop vite oubliées : ces heures tendues et excitantes, passées, adolescent sans doute, à lire les nouvelles de l’écrivain américain. Les mots ne sont rien sans les mondes qui se lovent entre les lignes, ici exhumés par un grand talent de mise en scène, maîtrisé, racé sans esbroufe, jouant de codes et non d’artifices, allant jusqu’à être sobre dans leur raffinement même. Osons l'oxymore : un raffinement sobre, né, croit-on, d’un rapport très grave, sérieux et conséquent à la culture, mettant tout ce qui est possible pour le texte, toujours à son service. Le décor, dalien, est fait de chaises dégingandées, renversées, au-dessus des protagonistes, à la fonction donc pervertie car l’on ne peut s’y reposer. Dans l’obscurité de ce Vingtième théâtre perdu dans les hauteurs parisiennes, la lumière et la musique font le reste : les rouges sangs, vampiriques, les violets funestes et le blanc spectral sont les couleurs primaires d’un monde à la dérive, passé le Styx semble-t-il, ou du moins en ces rives ; et les notes originales de Mark Deutsch, nées des cordes uniquement, mêlent les sons familiers (violon, cithare, contrebasse) aux airs d’orient, dans une symphonie quasi-macabre rappelant par moment les élégies célèbres de Dead Can Dance, parfont cette ambiance, poétique - «Poe-étique» -, lourde, décadente, gothique en un mot…

Cette scène colle comme un écrin aux jeux des trois acteurs, stupéfiants tant ils maintiennent une intensité dramatique idoine sans singer ni exagérer en rien les personnages qui les habitent le temps de cette grosse heure. La beauté du texte adapté du conte de Poe par Steven Berkoff, ici respectée dans sa version originale (mais des sous-titres aideront le public non anglophone), est parfaitement mise en perspective par des jeux où l’énonciation s’accompagne de chorégraphies audacieuses et bien pensées, de mimes éloquents, de gestes diserts, confidents de l’infratexte, ici primordial. Diana Rosalind Trimble et Shane Bordas campent deux jumeaux tragiques, deux fous d’outre-tombe, vecteurs puissants d’une prise en otage du spectateur dans la fureur de l’imaginaire d’Edgar Allan Poe.

Si l’on est parisien, il faut donc très vite aller recevoir cet électrochoc (deuxième semaine de représentation du 9 au 13 mars), avant que la pièce ne parte se jouer ailleurs, à Londres et New-York. Car Gérald Garutti, et sa compagnie, Coïncidence Théâtre, aiment les enjambées traversant le Channel ou l’Atlantique. Le metteur en scène s’est déjà fait remarquer par son travail sur Roberto Zucco de Koltès ou Richard III en Angleterre et en France, et signe ici un travail d’une grande maturité, révélateur d’un goût sûr et d’une sens pointilliste du détail.


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 07/03/2005 )
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