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Littérature  ->  Poésie & théâtre  
 

Je suis ton frère en non-amour
Eugène Durif   Hier, c'est mon anniversaire - Sur une seule main
Actes Sud - Actes Sud - Papiers 2005 /  8.50 € - 55.68 ffr. / 44 pages
ISBN : 2-7427-5558-6
FORMAT : 15,0cm x 20,0cm

La compagnie du Théâtre du Cristal reprendra pour quatre représentations cette pièce, au Lavoir Moderne Parisien (35, rue Léon, Paris 18e, M° Château Rouge), du 3 au 7 janvier 2006.
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Eugène Durif compte aujourd'hui parmi les auteurs les plus prolixes et les dramaturges les plus joués. Ancien enseignant, ancien journaliste, il se consacre depuis plus de quinze années à l'écriture.

Cette dernière pièce, forte et belle, Hier, c'est mon anniversaire, est née de la rencontre avec la troupe du Théâtre du Cristal ; une troupe qui réunit, dans le cadre d'un CAT, des personnes handicapées (trisomiques, psychotiques, etc.). Si le handicap et l'art ont pu établir quelques points de contacts, notamment en arts plastiques, le théâtre reste un domaine peu exploité si ce n'est sous la forme plus "classique" de l'expression corporelle. Dirigée magnifiquement par Olivier Couder, cette troupe entend, elle, aborder le théâtre de la manière la plus exigeante qui soit. De sorte qu'il s'agit d'une troupe de comédiens qui savent ce qu'est un texte et qui abordent le théâtre non pas à partir de leurs possibilités, mais bel et bien à partir des possibilités du théâtre lui-même. Il y a quelques années, les représentations données de Un riche, trois pauvres de Louis Calaferte en avaient été une superbe démonstration.

Pour Hier, c'est mon anniversaire, Eugène Durif a su utiliser tout le talent des comédiens, et ceux là donnent une juste ampleur au texte. Surtout, l'auteur a su établir un équilibre entre la particularité d'une situation jouée par de tels comédiens et l'universalité d'un propos. A travers une excursion dans le Vexin, les diagnostics d'experts dont on doute sans cesse de l'identité, à travers les retrouvailles d'une mère délirante ou encore l'approche d'une jeune femme aussi attirante qu'intimidante, c'est toute la peine de l'homme seul et isolé, convoqué à se réjouir, la peine de l'homme qui ne vient de nulle part, de nul point fixé, qui est exposée. Il y a dans ce texte comme un écho de l'Inconsolable de Stig Dagerman.

"- Jimmy : Et tu comptes me coller longtemps ?
- P'tit frère : Toujours. Ne pas avoir été aimé, ça crée des liens.
- Jimmy : Peut-être que l'on m'a aimé. Ce doit être les gestes pour exprimer qui n'étaient pas tout à fait les bons. On peut donc penser, à première vue, que, du début, jamais personne ne m'aima, et quand c'est du début ça se rattrape difficilement.
Moi-même certains jours, je ne suis pas loin de penser que pour aimer un être pareil il faut un certain courage."


Ne nous y trompons pas, ce "non-amour" originel ne renvoie pas seulement à certaines fractures ou absences qui entrent dans le diagnostic de l'autisme, par exemple, ou plus directement à l'éventuelle culpabilité de certains parents. Ce "non-amour" est notre lot commun comme l'affirmait le poète suédois : "Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu", dans Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Stig Dagerman, Actes Sud).

Dans la violence de nos rencontres à peine esquissées et des absences suscitées par des voix (voies) contraires, se joue la même quête : celle d'une raison de vivre. Et la comptine des bras, reprise plusieurs fois, nous rappelle nos vaines tentatives pour ramener à nous ce qui ne cesse de nous échapper et nous met en danger :

"Je ne vais tout de même pas
Rester longtemps dans cette position.
Je ne sais plus si je serai capable
De les fermer, peut-être la dernière
Fois que j'ai le courage de les ouvrir.
Si je les ferme, qui m'assure
Que je saurais encore les ouvrir ?"


Entre la résignation à une solitude commune et l'espoir continu d'une rencontre, les corps et les paroles vacillent, hésitent à emprunter les chemins d'une promenade dont la préparation ne permet que des joies programmées. "Qu'ai-je alors entre mes bras ? Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux", nous disait encore Stig Dagerman.

A l'évidence, la discordance des temps passé et présent qui se nouent dans cet Hier, c'est mon anniversaire, nous signale que nous n'en finissons jamais de revenir sur ces failles qui sont au cœur de nos vies, sur ce "non-amour" dont nous ne cessons de nous sentir l'objet.


Guy Dreux
( Mis en ligne le 09/11/2005 )
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