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"nation de fieffés connards"
Percival Everett   Le Supplice de l'eau
Actes Sud 2009 /  20 € - 131 ffr. / 243 pages
ISBN : 978-2-7427-8696-1
FORMAT : 11,5cm x 21,7cm

Traduction d'Anne-Laure Tissut
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Un homme, brisé par l'assassinat de sa fille unique âgée de 11 ans, sombre dans la folie du deuil et enlève au hasard un autre homme qu'il décide de torturer, notamment en lui appliquant le "supplice de l'eau" qui conduit la victime, ligotée et recouverte d'un linge imbibé, au bord de l'étouffement. Une victime qui n'a rien fait, mais que le narrateur, Ismael Kidder, a érigée en incarnation du coupable.

Voici résumée à grands traits l'intrigue du dernier livre de l'auteur d'Effacement et de Blessés. Cette métamorphose de la victime en bourreau se veut une métaphore des exactions commises par l'Amérique de Bush, suite aux attentats du 11 novembre. Derrière l'inconnu soumis au supplice de l'eau, il y a toute la dénonciation de la vengeance de l'administration Bush contre "l'axe du mal", tout la dénonciation de Guantanamo, où le supplice de l'eau fut, de fait, une technique d'interrogatoire. L'écrivain ne s'en cache pas et scande même le parallèle dans une charge récurrente contre la politique de son pays, "nation de fieffés connards", parallèle qu'il rappelle dans ses nombreuses interviews sur l'ouvrage.

Le livre est cependant plus complexe que ce résumé. La torture n'est pas centrale dans l'ouvrage. C'est essentiellement une longue voix intérieure, celle d'un père brisé, effondré, qui s'abîme, s'abandonne, se perd littéralement dans sa douleur. Un hurlement contenu mais tonitruant, qui l'entraîne parfois dans la confusion, ce que l'écrivain traduit dans des paragraphes à l'écriture incompréhensible, même si une lecture à voix haute des phonèmes permet parfois de comprendre quelques idées. Le livre est déconstruit, enchaîne récits, dessins d'enfant inachevés et récurrents, délires mobilisant des concepts de la philosophie antique, phrases courtes, aphorismes imposés ("chaque mot est un symptôme"), dialogues improbables, d'autres plus maîtrisés entre le narrateur, écrivain à succès – mais sous pseudo - de romans à l'eau de rose, et son éditrice qui s'étonne des coups qu'elle perçoit dans la cave ; mais aussi des onomatopées, des fables tronçonnées, des listes hallucinantes, des ratiocinations sur le langage et la vérité, des interpellations provocatrices du lecteur, et une position tranchée sur l'Amérique. Tous ces fragments découpent le livre, déconstruisent le récit, le langage même, finissent par perdre un temps le lecteur qui à son tour s'abîme dans le délire intérieur de l'homme brisé...

Livre exigeant, décousu, entre récit, critique politique, réflexion philosophique, jeu syntaxique et virtuosité intellectuelle, explosion en plein vol du roman linéaire américain, difficile donc, parfois inutilement, penseront certains, mais un chemin nécessaire pour dénoncer les dérives de l'Amérique contemporaine. Un roman éminemment pessimiste, à la différence des précédents. Sombre, et brillant. Surtout brillant.


Mathilde Larrère
( Mis en ligne le 04/01/2010 )
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