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Possession
Ruby Namdar   La Maison de ruines
Belfond 2018 /  23 € - 150.65 ffr. / 560 pages
ISBN : 978-2-7144-7637-1
FORMAT : 14,1 cm × 22,5 cm

Sarah Tardy (Traducteur)
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Les premières pages du roman de Ruby Namdar offrent une vision inattendue du ciel de New York, le 6 septembre 2000 : les portes du paradis s’ouvrent pour laisser apparaître les sept sphères célestes, très exactement au-dessus du métro de la 4ème rue Ouest. Une échelle y déverse des âmes égarées et parmi elles, «une si lumineuse qu’elle semblait presque transparente : c’était la silhouette d’un vieux prêtre, la tête couverte d’un capuchon de lin, un encensoir d’or à la main». Un vieux clochard à bout de forces meurt en un éclair de béatitude mais nul autre mortel n’est témoin de cette vision.

Si ce n’est qu’une émotion étrange, lancinante et brutale, s’empare d’Andrew Cohen, professeur de culture comparée à l’université de New York, qui prépare son cours dans la cafétéria du quartier. Andrew, cinquantenaire flamboyant et sûr de lui, professeur admiré de ses étudiants, divorcé et vivant une relation avec une ex-étudiante de 25 ans sa cadette, a réussi sa vie. Il est sur le point d’obtenir une promotion prestigieuse et vit dans un bel appartement de l’Upper West Side.

Mais la vie d’Andrew va brusquement basculer : il a des flashs récurrents en plein jour, des visions mystiques (un taureau blanc sacrifié, l’holocauste, la destruction du Temple de Jérusalem), souffre de cauchemars morbides la nuit, tombe dans des délires pornographiques, et commence à sombrer dans une folie paranoïaque. Il a reçu une éducation religieuse dont il s’est assez vite délesté. C’est un Juif laïque, même si Cohen veut dire «prêtre» en hébreux. Est-il dès lors envahi par un phénomène divin ? mystique ? psychologique ? Il va en tous les cas voir sa vie bouleversée jusqu’au chaos. Les catastrophes s’enchainent : il n’obtient pas le poste qui, croit-il, lui revient de droit, il s’éloigne de ses proches, devient insomniaque et n’éprouve plus que dégoût pour la nourriture, lui qui se targuait d’être un hédoniste gastronome et cuisinier hors pair. New York, dont Andrew arpentait les allées du Park, fréquentait les derniers lieux bobo branchés, et ne manquait pas un vernissage ou une réception huppée, se métamorphose en une cité du vice et du vide : la mégalopole infernale de la solitude, de l’indifférence, du snobisme et de l’argent tout puissant.

Le roman oscille entre présent et passé, réalité et mythes. Le journal/monologue intérieur d’Andrew est comme court-circuité par une autre dimension, se double d’un calendrier daté de l’an 5760 après la création du monde. Les sept chapitres s’intitulent des «livres» et fondent l’apparence d’un texte saint. Dans la trame même du roman, s’invite un autre texte fictif mais agrémenté de commentaires rabbiniques et talmudiques, un vieux livre de prières, le «Seder ha-Avodah» (ou «Ordre sacré») relatant les anciennes pratiques sacrificielles de Youm Kippour, jour du Grand Pardon dans le Temple de Jérusalem, sous l’empire romain.

Délire mystique, irruption d’un passé ancien, d’une religion ancestrale, de pratiques enfouies depuis des millénaires ? L'évocation d’un recours à la religion pour appréhender le monde moderne ? Le roman se termine le 18 septembre 2001, en sautant tout commentaire direct de l’horreur de l’attentat et de la destruction des tours jumelles. Les visions de fin du monde d’Andrew étaient-elles annonciatrices de la catastrophe ?

Ruby Namdar, qui enseigne la littérature juive à New York, se revendique certes d’une tradition du roman juif américain, dans la foulée de Saul Bellow ou de Philip Roth. Mais, à la presque caricature et à la dérision du Juif laïque new-yorkais, ce spécialiste des textes bibliques et talmudiques, ajoute une touche de «psychologie mystique» qui rend ce roman fleuve particulièrement original. Ruby Namdar a obtenu en 2014 le prestigieux prix Sapir en Israël pour ce roman écrit originellement en hébreux.


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 01/10/2018 )
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