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Errances à travers l'Europe
Edith Wharton   Les Dieux arrivent
J'ai lu 2002 /  7 € - 45.85 ffr. / 475 pages
ISBN : 2-290-31601-6

traduit de l'anglais par Jean Pavans
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La biographie de Diane de Margerie sur Edith Wharton éclaire les zones d'ombre de cet écrivain prolixe. Née à New-York en 1862, auteur de quarante six livres parmi lesquels Vieux New-York, elle est la première romancière à recevoir le prix Pulitzer pour Le Temps de l'innocence adapté au cinéma par Martin Scorcese. En 1907, elle choisit de vivre en France où elle meurt à l'âge de soixante-quinze ans. "Elle a connu tout ce qu'elle projette dans son oeuvre : passions et ruptures, résignation à l'absence d'enfants, évolution de son pays natal vers une libération sexuelle", écrit Diane de Margerie dans la préface de Vieux New-York.

Elle a voulu se guérir des séquelles d'un manque d'amour maternel, réconcilier le corps et l'esprit. Si Edith Wharton a contribué à libérer les femmes, elle a su analyser leurs difficultés archaïques, ancrées dans la nature humaine. L'écriture lui a donné une nouvelle dignité et la force du combat pour des générations futures.

Parmi les personnages qui incarnent cette soif de liberté, Halo Tarrant, l'héroïne de son roman est l'une des plus heureuses bien que soumise au bon plaisir de son amant. Publié en 1932, ce roman, suite d'une saga dont Sur les rives de l'Hudson est l'avant-dernier volet, est un palimpseste en cinq tableaux qui dévoile l'évolution des relations entre une femme romantique et son amant, un écrivain célèbre.

Passion d'autant plus fragile que l'artiste est épris d'indépendance. "Profondément autobiographique, ce livre restitue les atermoiements indéfinis des relations entre Edith Wharton et son mari Teddy Wharton", constate Diane de Margerie. Même difficulté à divorcer, même relation triangulaire entre la femme, le mari et l'amant, Walter Berry qui ne l'épousera jamais. Comme Edith Wharton, Halo Tarrant est issue de la haute société new-yorkaise dont elle connaît la cruauté. Halo quitte son mari sans avoir obtenu le divorce. Elle s'embarque pour l'Europe, à bord d'un luxueux transatlantique, accompagné de son amant, Vance Weston, écrivain renommé. Elle met tous ses espoirs dans le génie de cet homme idéaliste, espère être son inspiratrice, sa maîtresse faute d'être sa femme. Les souvenirs du passé vont-ils grignoter leur vie commune ?

A Grenade, la lune de miel ne dure guère, les premiers malentendus succèdent aux premiers émois. Vance se lie à un auteur de pacotilles. Halo, rejetée de cette complicité masculine, perd son influence intellectuelle. Patiente, amoureuse, elle sait attendre. Trop attendre : Vance ne trouve l'inspiration que dans la solitude. Insaisissable, capricieux, puéril, il disparaît pour écrire un roman d'un seul trait. Le succès est immédiat. Le couple s'étourdit dans un Paris littéraire et bohême. Halo se heurte aux réactions étriquées de ses compatriotes. Victime, culpabilisée par son divorce non obtenu, elle devient étrangère au monde de Vance, au point d'être un obstacle à sa création. Il lui reproche sa "vigilance jalouse". Mais elle possède l'assurance tranquille des héroïnes de La Récompense d'une mère ou de Jour de l'an. Elle tient à sa liberté, apprend à respecter celle de Vance et, pour sauver son amour, déniche une pension de famille dans le midi. Thème de la maison, cher à Edith Wharton : le lieu "matriciel" selon Diane de Margerie qui ancre la femme bien plus que l'amour. L'écrivain, enfin apaisé, se nourrit des moindres détails des paysages et des personnages hors du temps.

Mais, l'air du large l'attire, encore et toujours. Au cours d'une virée à Nice, il retrouve Floss, femme fleur, irréelle, qui n'aime que "l'argent, les flatteries, l'excitation du moment". Fasciné, il poursuit la vaporeuse créature qui lui préfère son yacht et sa croisière de luxe. Envoûté par son parfum vénéneux, il part sur ses traces à Londres où il devient la coqueluche des salons mondains. Floss le laisse sur sa faim. Instable, Vance semble fuir, errer, attiré par le luxe, les femmes et la gloire. Il la revoit à New-York, femme d'affaires courtisée au milieu de la faune aristocratique égoïste et arrogante. L'écrivain adulé découvre alors le vrai visage de cette ambitieuse, sa part d'ombre. Commence une longue rédemption qui le mènera à travers souffrances et lectures à son "Halo" de lumière. Edith Wharton a voulu donner un "happy end" ; reste pourtant l'image d'une femme résignée, dévouée, qui pardonne au lieu d'exprimer sa jalousie. Un amour sacrifice en somme.

Dans ce roman d'une grande finesse psychologique, Edith Wharton s'est inspirée de ses amis écrivains, Walter Berry ou Henry James, son maître. Elle brosse le portrait de tout écrivain, tiraillé entre son désir de solitude et le besoin d'être rassuré, prisonnier de ses doutes et de sa quête de beauté, assujetti aux fluctuations de l'inspiration et aux avatars des sentiments amoureux; la soif de reconnaissance et le pouvoir des critiques, souvent trop sensibles aux effets de modes complètent le tableau.

Elle se plonge dans les profondeurs ténébreuses et ambivalentes de ceux qui "dans cette sujétion, cette communion mystérieuses... aux sources plus profondes que la raison", suivent leur vocation d'écrivain. "Ah, c'étaient des gens heureux, les seuls du monde, peut-être ceux qui, traversés par le désarroi humain, n'en étaient pas ravagés, mais fécondés".


Emanuelle de Boysson
( Mis en ligne le 18/02/2002 )
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