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Fédération Nationale d'Achat des Cadres
Laurent Herrou   Le Petit mot
Eléments de langage 2018 /  10 € - 65.5 ffr. / 80 pages
ISBN : 978-2-930710-15-0
FORMAT : 13,0 cm × 20,0 cm

L’auteur du compte-rendu : Arnaud Genon est docteur en littérature française. Il enseigne actuellement les lettres et la philosophie en Allemagne, à l’Ecole Européenne de Karlsruhe. Visiting Scholar de ReFrance (Nottingham Trent University), il a publié plusieurs essais dont Hervé Guibert, l'écriture photographique ou le miroir de soi (en collaboration avec Jean-Pierre Boulé, PUL, 2015) et un roman (Tu vivras toujours, Rémanence, 2016). Il dirige et anime les sites herveguibert.net et autofiction.org.
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Laurent Herrou est un écrivain de lui-même. Un écrivain du «je», dit-on, du «moi». Depuis 2000, date de parution de son premier livre, il consigne sa vie dans ses journaux (1), dans des textes autofictionnels (2), il se raconte, se met en mots, transforme la substance quotidienne en littérature. Le journal constitue, selon la formule qu’employa Hervé Guibert pour évoquer sa propre pratique et qui siérait parfaitement à Laurent Herrou, «la colonne vertébrale» (3) de son travail. «Ainsi lecteur, pourrait-il déclarer pour pasticher Montaigne dans son ‘Avis’, je suis moi-même la matière de mes livres».

De 2000 à 2008, Laurent Herrou a travaillé à la Fnac de Nice. Durant cette période, il était donc à la fois auteur et libraire, sujet et objet, juge et partie. Il vendait les livres des autres et se souciait des ventes de ses propres livres. Parfois même, c’est lui qui les présentait aux clients, qui les incitait à s’y intéresser. On n’est, à juste titre, jamais mieux servi que par soi-même. Dans le même temps, il tenait son propre journal, comme il l’a toujours fait. Et donc il y parlait de la Fnac, de ses relations professionnelles, des «langues de pute» qui y officiaient, des amis qu’il y rencontrait, des clients qui le draguaient. La Fnac, c’était son quotidien, sa «famille». Mais à l’instar de Ménalque dans Les Nourritures terrestres de Gide, il aurait pu déclarer : «Famille, je vous hais !» (4).

De ses huit années d’écriture diaristique, il a extrait toutes les phrases contenant «Le petit mot», le mot «Fnac» qui occupe sa vie et hante ses pensées, son écriture. 64 occurrences en 2000, 139 en 2001, 210 en 2003… Les phrases sont rapportées ici dans leur état brut, juxtaposées sans aucun artifice. Et le mot, dans sa répétition, dans son ressassement créé une saturation qui relève aussi de la jouissance. C’est ce que remarquait Roland Barthes dans Le plaisir du texte, lorsqu’il notait : «la répétition engendre elle-même la jouissance. Les exemples ethnographiques abondent : rythmes obsessionnels, musiques incantatoires, litanies, rites, nembutsu bouddhique, etc. : répéter à l’excès, c’est entrer dans la perte, dans le zéro du signifié» (5). Et c’est exactement l’effet que produit Le Petit mot, livre devenu litanie, incantation dans lequel «Fnac» n’est plus qu’un signifiant engendrant une musique quasi vaudou au pouvoir cathartique. Ce que fait Laurent Herrou dans Le Petit mot, c’est qu’il se libère de l’aliénation subie en aliénant à son tour l’origine de son mal, de ses ''petits maux''. «La Fnac me bouffe», écrit-il en 2005. Le texte prend ici sa revanche qui rumine «la Fnac» pour la bouffer à son tour.

Dans cet exercice de style passionnant, Laurent Herrou révèle l’urgence d’écriture qui a toujours été la sienne et qui n’a jamais souffert de compromis. Aujourd’hui «La Fnac, c’est terminé». Sa plume n’a jamais été aussi libre, et c’est tant mieux.

________________
Notes :
(1) Voir notamment La Part généreuse, Jacques Flament Editions, 2014, Journal 2015, Jacques Flament Editions, 2016, Autoportrait en Cher (et en mot), Jacques Flament Editions, 2016, Journal 2016, Jacques Flament Editions, 2017.

(2) Laura, éditions Balland, 2000, Je suis un écrivain, Publie.net, 2008, Cocktail, EP-LA.fr, 2010, Les Bonheurs, Jacques Flament Editions, 2011.

(3) Hervé Guibert, «Je disparaîtrai et je n’aurais rien caché», entretien avec François Jonquet, Globe, février 1992, p.108.

(4) André Gide, Les Nourritures terrestres, in Romans, Récits, Soties, Œuvres lyriques, Paris, Gallimard, «Pléiade», 1958, p. 186.

(5) Roland Barthes, Le Plaisir du texte, in Œuvres complètes IV, Paris, Editions du Seuil, 2002, p.244.


Arnaud Genon
( Mis en ligne le 26/02/2018 )
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