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Deux voyages en Syrie
Richard Millet   Cahiers de Damas - Novembre 2015 / Novembre 2017
Léo Scheer 2018 /  15 € - 98.25 ffr. / 160 pages
ISBN : 978-2-7561-1232-9
FORMAT : 10,5 cm × 21,0 cm
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Richard Millet (né en 1953) file trois thématiques qui composent son œuvre depuis une dizaine d’années : la solitude de l’écrivain, la mort de la civilisation occidentale et la guerre (notamment celle du Liban). Dans ce nouveau récit, celles-ci sont à nouveau intimement liées.

Invité par le régime syrien en novembre 2015, il part rencontrer Bachar el-Assad en compagnie de chercheurs et de politiques (dont Frédéric Pichon, Jean Lasalle et Thierry Mariani). Le voyage avait été quelque peu médiatisé (et critiqué) mais rien n’en était véritablement ressorti. Qu’on ne se méprenne pas, il n’en sortira en fait rien ou presque dans les cahiers de Millet. Ce n’est qu’un prétexte pour écrire sur la Syrie et le Liban où Millet a séjourné de nombreuses fois et dont il a tiré des œuvres importantes. Sa conférence à Damas deux ans plus tard, servira à nouveau d'occasion pour quitter Paris la décadente et rejoindre la ville funèbre.

On suit donc Millet, misanthrope, désabusé, peu enclin au dialogue excepté avec Pichon, s’émerveillant de la culture et des paysages syriens. Il se promène tout en nous expliquant l’actuel déchirement des civilisations, des religions et des systèmes politiques. Pas un cours de géopolitique mais la position ferme d'une pensée politiquement incorrecte et sans compromis. Millet se dit seul, exclu du monde littéraire (éditorial et médiatique) et ne peut s’exprimer que par son talent (suivi par une maison ou deux). Il déroule ses positions sur l’actualité récente, les attentats qui surviennent durant son séjour, et plus globalement sur la mort de la civilisation occidentale qui se prostitue au libéralisme le plus destructeur : «La radicalité islamiste est surtout une affaire de haine, laquelle est perdante par nature – la haine d’autrui étant une haine de soi plus que de l’Occident proprement dit, puisque l’Occident inclut l’islamiste dans la planétarisation de la Technique, donc du nihilisme. Slavoj Žižek rappelait que, malgré le discours des islamistes et celui des néoconservateurs, la guerre n’a pas lieu entre le jihad et les «valeurs» de l’Occident, mais entre McDjihad et l’Occident en tant que celui-ci n’existe plus que comme effet technocratique du capitalisme mondialisé : pétris dans un islam momifié, les jihadistes portent des Nike et des Adidas, se servent de Macintosh et d’internet, roulent en Toyota, mangent dans des fast-foods halal, prennent du Captagon… Ainsi le terroriste islamique et le petit bourgeois occidental, hostile à toute tradition, prouvent-ils, chacun à sa façon, que la globalisation est achevée». Comme souvent chez Millet, la digression (assez obsessionnelle concernant l’ère post-historique) est de mise, même lorsque, confronté au réel, il visite une école délabrée de Damas.

Ne soutenant pas Assad mais prouvant l’incapacité de nos pays à comprendre ce qu’est une guerre sans se vautrer dans l’ingérence impérialiste, il explique la désinformation à laquelle nous sommes assujettis depuis la première guerre du Golfe : «Il est non moins frappant de constater que, sauf certaines chaînes russes, les reportages sur l’Irak, la Syrie, la défaite de l’Etat islamique ne montrent rien, ne nous apprennent rien sur cette guerre dans laquelle l’archaïque et la technique dite de pointe rivalisent». Puis revient le refrain tragique de la disparition de toute dialectique : «On ne peut pas tout bouleverser ni détruire au nom de la tolérance, et le tout culturel n’est qu’un effet de l’idéologie – laquelle a évacué toute référence à la transcendance ?»

Ce nouveau récit, riche et profond, offre une plongée nostalgique dans un monde soumis à deux diktats à la fois similaires et antinomiques à la fois. Une guerre de religion et de civilisation qui a conduit la Syrie à compter ses 400 000 morts. Millet marche dans les décombres avec sa dégaine d'écrivain banni, présent là pour rendre compte de son époque. C’est à notre sens ici qu’il est réellement vertigineux, redéfinissant à chaque parution ce qu’est la littérature malgré la dégénérescence de celle-ci dans les petits salons parisiens qu’il a quittés depuis 20 ans (même si – déformation professionnelle – il semblerait qu’il ait peine à s’en détacher en continuant de fréquenter quelques confrères mondains). L'œuvre de Millet, toute en résistance politique et littéraire, continue de briller à raison de trois à quatre livres par an.

Ce voyage à Damas est un acte de résistance supplémentaire contre le mensonge médiatique qui tourne en boucle à la télévision, et contre les intérêts bassement économiques d'un Occident cynique et dénué de spiritualité. Tel est le rôle de l’écrivain. Partir (au front) pour dire des vérités sanglantes.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 15/06/2018 )
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