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Quoi de neuf, Robert Bober, depuis Quoi de neuf sur la guerre ?
Robert Bober   Par instants, la vie n'est pas sûre
P.O.L 2020 /  21,90 € - 143.45 ffr. / 352 pages
ISBN : 978-2-8180-5148-1
FORMAT : 15,5 cm × 20,5 cm
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Paru peu avant votre quatre-vingt-neuvième anniversaire, Par instants, la vie n'est pas sûre est votre sixième ouvrage publié chez, ou plutôt avec votre éditeur P.O.L., au nom d'une amitié indéfectible, en dépit de la mort tragique de Paul Otchakovsky-Laurens en tout début de l'année 2018. Ce titre pourrait paraître circonstancié, voire factuel, au vu du contexte si particulier de l'année 2020 mais cela ne vous ressemblerait pas. Car ceux que vous «confectionnez», beaux et longs, aux dires de Laure Adler à propos de On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux, ont, par-delà les mots et l'instant présent, une portée à la fois réelle et symbolique. De même, Vienne avant avant la nuit, livre et film réalisés précédemment, fait autant référence aux sombres années annonçant l'Anschluss qu'à l'extraordinaire moment, non programmé et combien lumineux, où, au crépuscule, un groupe de cervidés traverse soudain le cimetière que vous filmez sur les traces de votre arrière grand-père.

En quelques mots, voici votre parcours : «quatre cent coups» avec les copains à la Butte-aux-Cailles de votre enfance ; port de l'étoile jaune à 11 ans ; certificat d'études primaires à 14 ans ; diplôme «de «tailleur-coupeur-gradueur, mention TB», métier exercé jusqu'à 22 ans, puis d'autres, plus ou moins «petits boulots», dont celui d'éducateur auprès d'enfants, très investi, jusqu'à votre rencontre déterminante avec… François Truffaut. Pour plus d'information, vos futurs lecteurs assurément conquis se reporteront aux nombreux articles de presse, tous très élogieux, qui relatent les étapes de cet itinéraire, peu ordinaire de nos jours (comparable, entre autres, à celui de votre ami Jean-Claude Grumberg). Face aux journalistes, vous vous présentez comme vous êtes, sans fard ni fanfare, heureux d'avoir accompli un si long voyage mais plein d'humilité devant les obstacles que vous estimez devoir encore franchir. Sur votre table de travail, sans ordinateur, puisque vous écrivez «à la main», les outils de votre ancien métier, un dé à coudre et une canette, accompagnent votre témoignage.

Le titre Par instants, la vie n'est pas sûre est en fait emprunté et dédié à Pierre Dumayet (1923-2011). Son contenu, «longuement mijoté», dites-vous, pérennise l'affection, à la source de vos nombreuses créations communes, radiophoniques et cinématographiques, cet «attelage amical quasi quotidien», selon vos termes, dont sont issus une cinquantaine de films documentaires et bien d'autres œuvres plus personnelles. L'ouvrage comporte de passionnants aller-retours entre hier et aujourd'hui aux côtés de vos amis, Robert Doisneau, Henri Beck, André Schwartz-Bart, Roland Dubillard, Georges Perec…

Pierre Dumayet, à qui vous vous adressez sur le ton de la conversation ordinaire, comme on parlerait à un ami à peine quitté la veille, est désormais le compagnon silencieux, des pensées, des souvenirs, des œuvres produites, retenues ou effacées ; il est le témoin de l'Histoire des Juifs d'Europe à travers votre histoire, dont tout n'a pas encore été révélé. À l'instar des personnages de rêves, il est celui par lequel les désirs se réalisent, les projets prennent corps, les conversations se poursuivent ; il est l'ami, le confident, muet et néanmoins attentif, auquel, grâce à sa présence-absence, tout peut être dit, sans retenue de mots ou de larmes, voire d'éclats de rire. Pierre, c'est l'accompagnateur d'un Paris revisité à travers les prismes successifs de l'enfance et du temps présent : celui des copains et des lieux autrefois habités, désormais disparus ou transformés. De votre éveil — dites-vous, tardif — à la littérature, il se fait l'assistant, le guide, le scribe de ce que votre œil filme. Complice de vos amitiés indestructibles, il arbitre aussi quelques coups de dents salvateurs et inattendus.

Car par-delà l'hommage aux amis disparus, quelle belle «leçon de cinéma», éthique en l’occurrence, ou tout simplement humaine, offre votre expérience ! Que signifie pour le cinéaste documentariste l'acte de «filmer» ? Que signifie filmer «le réel» ? Que peut être le «cinéma du réel» auquel vous avez participé ? Outre l'inévitable subjectivité du prisme personnel adopté, le cinéaste, vidéaste ou photographe, peuvent-ils tout filmer, tout montrer, tout dire, dans quel(s) but(s) et avec quels effets, directs ou à long termes ? Question au cœur des médias en cette fin d'année 2020, suite aux divers drames traversés. Vous citez, cher Robert Bober, plusieurs exemples de situations, douloureuses ou pénibles pour ceux qui la vivent, vis-à-vis desquelles choisir de ne pas filmer, de ne pas photographier, se taire, constitue un «acte d'engagement» qui hélas, dites-vous, ne s'apprend pas toujours dans les écoles. Être avec : telle est votre devise, que la langue française ne sait traduire que par périphrases.

Élaboré par associations fluides où le présent vécu s'articule à des bouffées de souvenirs, vrais et/ou imaginaires, des études de livres parfois hésitantes, des anecdotes souvent drôles, banales en apparence mais souvent chargées de symbolisme quasi biblique, Par instants, la vie n'est pas sûre, difficilement classable et tant mieux, se présente comme des fragments d'autobiographie, croisés ça et là avec des analyses très érudites d'oeuvres, écrites, peintes ou filmées, des légendes et des regards sur le monde, à la fois actuels, mémoriels et éternels, nourris d'amitiés, de souvenances et nombre de blagues juives qu'en principe on ne raconte qu'entre soi… avec l'accent yiddish, évidemment. Plusieurs photos illustrent votre propos, ainsi qu'une récapitulation toute personnelle des œuvres citées, par ordre de leur apparition dans le texte.

Merci, cher Robert Bober, de ce beau cadeau de lecture pétri à la main, avec le cœur, l'esprit, beaucoup de tendresse et d'humour, un brin de causticité et quelques larmes…


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 14/12/2020 )
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