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Testaments respectés ?...
Witold Gombrowicz   Kronos
Folio 2018 /  8.30 € - 54.37 ffr. / 417 pages
ISBN : 978-2-07-276358-8
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Yann Moix (Préfacier)

Malgorzata Smorag-Goldberg (Traducteur)

Rita Gombrowicz (Annotateur)

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Witold Gombrowicz (1904-1969) fait partie de ces écrivains polonais célèbres en France (il y a vécu à la fin de sa vie). Connu essentiellement pour son volumineux Journal, il est aussi l’auteur de quelques titres importants - Ferdydurke, La Pornographie, Cosmos, Souvenirs de Pologne - dans lesquels la dimension autobiographique prédomine.

C’est tout à fait le cas dans Kronos, un «journal du Journal» si l’on peut dire, œuvre posthume récupérée et éditée par la dernière femme de Gombrowicz, Rita. Celle-ci explique que son mari a commencé à rédiger ces notes (car ce sont essentiellement des notes, phrases nominales, abrégées, lapidaires) en 1952, recomposant sous cette forme les années 1922-1951 ! Un gros travail de mémoire à défaut d’une création véritablement littéraire, à la lecture aisée... et totalement vaine. Il s’agit en effet d’une succession de menus faits (le nom d’une ville, d’une rue, d’un ami, d’une revue, d’un roman, etc.) mis bout à bout sur des dizaines de feuillets manuscrits. Avec quelques phrases construites, fort heureusement !

Et puis, travers universitaire, une profusion de notes, chaque page comportant davantage de notes que de contenu par l’auteur à raison, en moyenne, de six par pages, ce qui fait approximativement pour ce seul volume 2200 notes qui polluent littéralement un texte déjà peu captivant. Un exemple , page 235 : « Tandil. Angine 38.8°. Lit. Fille de lavandera et Quilimbo. Au bout de trois jours, la température retombe, difficulté à respirer. J’arrête de fumer (à partir du 1er). Dr Magrini. Sinusitis. Tassende : Guanella. Non ( ?). Nebulizaciones : du Gastricin et de l’Axedrol. Je vais mal. Peu de lettres. Réconciliation avec Dipi (Asno). Miguel (déjà démobilisé). Je lis Balzac de Zweig. Je repense à mon opérette. Miguel. Les inhalations ne donnent rien. Le 20 mars, crise d’asthme – Clínica Modelo – Marlon. Deltisone, Tetraphenicol et Guaycural. Lettres et coupures de presse. Prestige en hausse. Mann : El Elegido. Quilombo (Quilo) et Dipi. Disparition de Miguel».

Certes, le texte rend compte d’une existence marquée par une santé fragile, un désir contrarié, une sexualité multiple, des finances aléatoires, une volonté d’écrire, de traduire et de publier, des rencontres, des trahisons, bref, la trivialité d’une existence, même celle d’un écrivain. Mais ne lit-on pas, justement, pour échapper à ce néant, à cette banalité des faits, à cette description terre à terre d'un quotidien peu reluisant ? Et que dire de ce style télégraphique digne des chronologies d’auteurs présentes à la fin de certains ouvrages ?

Yann Moix, piètre écrivain, critique à formules, et préfacier de cette édition, y va de son commentaire pompeux et dithyrambique : «D’où vient que ces pages inédites sont si extraordinaires ? De ce qu’elles sont ordinaires, justement. (…) Voici donc (c’est fascinant) l’écoulement des jours, des semaines, des mois et des années dans les veines d’un des plus grands (peut-être le plus grand) écrivains du XXe siècle». Il était peut-être logique (c’est en tous les cas fort cynique) de confier l’un des plus mauvais textes de Gombrowicz à l’un de nos plus mauvais écrivains contemporains.

Le lecteur est-il dupe pour autant ? De cette chronologie vérolée de notes et d'une préface indigestes, il ne ressort rien que l’ennui et l’incompréhension. Cette œuvre n’était peut-être pas destinée à la publication – quand bien même Gombrowicz la considérait comme importante. Car ces notes personnelles, qui permettaient certainement à l’auteur de se repérer dans le temps, auraient dû rester à l’état de manuscrits pour les chercheurs. A l’inverse de Kafka qui demanda à Brod de brûler son œuvre, Rita n’aurait peut-être pas dû écouter son mari qui lui aurait dit : «Si la maison brûle, tu prends le Kronos et tu cours le plus vite possible». Kundera, dans Les Testaments trahis, insiste sur le fait que l’on doit respecter les dernières volontés d’un mort. On n’aurait jamais dû lire Kafka ; on lit aujourd’hui Kronos. Testaments respectés ?...


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 25/07/2018 )
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