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Moraliste mélancolique
Jean Clair   Terre natale - Exercices de piété
Gallimard - Blanche 2019 /  22 € - 144.1 ffr. / 416 pages
ISBN : 978-2-07-281888-2
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm
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. "J'ai fini par haïr les musées auxquels j'ai consacré ma vie. Ils illustrent trop bien l'échec de notre temps" (Jean Clair)

Depuis Le Voyageur égoïste en 1989, l'écrivain et historien de l'art Jean Clair (né en 1940) poursuit son œuvre de mémorialiste, souvent sous la forme du fragment autobiographique ou de la réflexion morale. Aussi fin lettré que styliste, Clair évoque le passé pour mieux analyser notre époque qui, au nom du progrès roi, ne cesse de détruire et de moquer ses traditions : en art bien sûr, mais aussi dans les différentes strates de la société contemporaine (économie, politique, anthropologie). Clair, en tant que contemplateur nostalgique, s'en inquiète au moyen d'une écriture apaisante et douce qui traverse les pages en une longue et mélodique litanie.

Depuis le Journal atrabilaire en 2008, sa plume se fait plus fragmentaire bien que toujours précise et nostalgique d'un monde (notamment paysan) qui se meurt. Lait noir de l’aube, La Tourterelle et le Chat-huant, Dialogue avec les morts, Les Derniers Jours, La Part de l’ange et à présent Terre natale, construisent une réflexion intime sur la littérature, les arts picturaux, l'histoire, la religion ancrés dans le quotidien d'un écrivain rural devenu parisien qui, au seuil de la mort, contemple la saisissante transformation du monde moderne.

Dans ce dernier texte, encore plus fragmenté que les précédents, Clair s'adonne à la réflexion quotidienne, à la description des petites choses de la vie, tout en convoquant le passé avec sa mythologie, ses écrivains, ses peintres, ses personnages incontournables, et en toile de fond, outre la ruralité, l'émergence du nazisme, état moderne, technique et racial par excellence ; qui encore aujourd'hui trouve des points communs avec notre époque soi-disant allergique à la tyrannie (voir l'épilogue du livre sur l'incendie de Notre Dame de Paris et le projet de reconstruction qui s'inspire consciemment ou pas des délires mégalomanes de Speer, l'architecte d'Hitler). Clair accompagne le lecteur dans un trésor de savoir jamais pompeux, toujours délicat, avec, de temps à autre, une formule acerbe sur la radicalité de notre monde qui méprise − quand il ne les broie pas − les gens de peu.

D'origine rurale, puis pantinois, Clair a étudié en Belgique avant de connaitre la carrière d'historien de l'art et de conservateur de musée que l'on sait. En plus de 400 pages, il revient sur l'existence tourmentée de son père contraint de fuir la campagne et de supporter un travail aliénant en banlieue parisienne, de ses petites traditions qui éduquaient sérieusement la population et qui aujourd'hui sont bannies du système. Il serait trop long d'énumérer tous les thèmes chers à l'auteur tant son œil épouse les grandes comme les petites causes perdues. Une perte évidente de profonde authenticité au profit d'une superficialité violente pourrait résumer la thèse de Clair. Le désordre social actuel nait également de la profonde mutation des mœurs.

Humble, d'une écriture épurée et sans doctrine, le mémorialiste poursuit sa quête littéraire à travers le prisme autobiographique. A près de 80 ans, il note et observe 60 années écoulées avec l'œil nostalgique et inquiet d'un homme qui est né pendant la guerre et qui regrette la tournure idéologique et cynique de notre temps. En 1978, le père Bruckberger n'écrivait-il pas dans Tu finiras sur l'échafaud, de manière volontairement provocatrice, qu'il préférait encore l'occupation nazie à celle des véhicules polluant en masse l'atmosphère. L'ecclésiaste, résistant de la première heure, avait été torturé par les allemands ! Nous sommes proches de cet esprit critique dans ce dernier ouvrage. Jean Clair, bien que moins radical que son confrère, montre à quel point le chaos est programmé, intervenant très rapidement, visant à raser définitivement ce qui restait d'authentique.

Reste, pour le plaisir du lecteur profane, dont la mission est de s'instruire et de s'éduquer en lisant ce type de littérature, un texte minutieux et lumineux qu'il faut s'approprier pour comprendre le monde et le sens d'une œuvre d'art pour le capter au mieux.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 18/07/2019 )
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