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Littérature  ->  Policier & suspense  
 

Le Genre policier selon Chesterton
Gilbert-Keith Chesterton   Les Enquêtes du Père Brown
Omnibus 2008 /  28 € - 183.4 ffr. / 1203 pages
ISBN : 978-2-258-07608-2
FORMAT : 13,2cm x 19,8cm

Traduction d'Émile Cammaerts.

Ce volume comprend : La Clairvoyance du Père Brown, La Sagesse du Père Brown, L’Incrédulité du Père Brown, Le Secret du Père Brown, Le Scandale du Père Brown.

Postface de Francis Lacassin.

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Votre théorie, Mr Bohun, est la seule qui tienne compte des faits et qui semble absolument irréfutable. C’est pourquoi je me crois obligé de vous dire que je tiens de source certaine que ce n’est pas la bonne.» Chesterton, Le Marteau de Dieu.

Les amateurs de l’écrivain anglais Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) et plus précisément les lecteurs des fameuses enquêtes du Père Brown seront ravis par ce volume qui reprend la quasi totalité des nouvelles policières de l’auteur, avec dans le rôle principal son héros fétiche, le petit prêtre catholique Brown ! En cinq «parties» qui sont en fait des volumes à part entière, et cinquante trois nouvelles, le lecteur aura l’occasion de constater le talent littéraire de Chesterton et l’esprit coriace et raffiné de son personnage charismatique. Rappelons que l’auteur a composé ses nouvelles de 1911 à 1935. Le personnage de Brown aura marqué son œuvre entière.

Car Chesterton est avant tout un conteur chez qui plaisir du texte et intrigue policière vont de pairs, ce qui crée une sorte d’alchimie tout à fait implacable. Chaque nouvelle possède son cadre approprié où les descriptions, souvent bucoliques (à la frontière du romantisme parfois), informent de manière saisissante l’intrigue à venir en y prenant une part conséquente. L’écrivain a pour motivation première un attachement à ses personnages : Brown, le petit prêtre sarcastique et discret, et Flambeau, le détective sympathique, l’ex-criminel un peu naïf. Les deux acolytes participent, souvent de manière impromptue, à une enquête a priori difficile. Avec ou sans meurtre, la scène de crime (ou de non crime !), parait très complexe à explorer. Puis au fil des pages, l’aspect apparemment fantastique, incroyable, mystérieux ou inédit, devient beaucoup plus accessible, puis réaliste aux yeux de tous, et cela grâce aux observations minutieuses de Brown qui commence par rester en retrait pour mieux intervenir par la suite, écrasant les théories simplistes ou folkloriques des uns ou des autres. Ses déductions écartent toute idée saugrenue pour mieux faire surgir ce réel que certains ont la fâcheuse tendance d'annihiler ! Là est la force de ces nouvelles, laisser fantasmer le commun des mortels et sa soif de vengeance pour faire triompher une vérité beaucoup plus simple et brutale, montrant par-là même la cruauté de l’homme et de son époque. Chesterton use souvent d’un ton léger et ironique pour mieux laisser entrevoir la perversité et la noirceur de l’âme.

Sur plus de mille pages, les crimes s’enchaînent et les révélations de Brown closent la nouvelle après qu’il a pu opérer en toute tranquillité. On suit donc les aventures du prêtre avec intérêt puisqu'il peut lui-même être sujet au doute, à la fatigue morale, à la tristesse parfois. Il y a véritablement l’idée de créer un personnage fort et récurrent sans pour autant que l’écrivain ne révèle son intimité, son passé ou sa psychologie. Le lecteur est le témoin privilégié et indiscret de chaque enquête.

Comme Chesterton l’affirme dans son article "L’Art d’écrire une histoire policière", l’intérêt de la nouvelle criminelle est de révéler l’élément singulier de l’enquête au lecteur en l’incluant parfaitement dans l’intrigue et non pas d’en inventer un qui n’aurait pas de prise directe avec la narration. En cela, l’auteur passe de la complexité d’une affaire (meurtres, suspects, indices peu clairs, témoins) à la simplicité de sa résolution (dénouement logique et compréhension de l’acte) de manière à créer un effet encore plus déconcertant sur son lecteur. «L’inattendu n’a pas de valeur s’il surgit du néant», écrit Chesterton dans cet article. Il ajoute très justement : «Le roman criminel n’est rien d’autre qu’un jeu, et dans ce jeu le lecteur n’affronte pas le criminel, mais l’auteur». C’est aussi ce qui explique la force narrative de ces textes ; on est presque dans du ludique, ce qui peut parfois altérer l’ambition littéraire de l’auteur.

Recommandons ce gros volume où l’on retrouve à la fois l’esprit de la nouvelle policière populaire et le raffinement littéraire de ce début de siècle, qui s’attache à déconstruire de manière furieuse le romantisme noir anglais du XIXe siècle en proposant avec le prêtre catholique Brown, une vision beaucoup moins surnaturelle et en prise directe avec le concret et le réel. Même si le prêtre catholique prêche pour sa paroisse, ses déductions n’ont strictement rien de religieux, ni même son discours. Chesterton le catholique ne pouvait créer une caricature à travers son personnage phare, ce qui explique l’absence de toute visée religieuse dans ces textes, qui sont du reste très peu théoriques. A travers le prêtre Brown, Chesterton a d’abord voulu rendre hommage à la sagesse, vertu essentielle pour défendre l’opprimé et résoudre de crapuleuses affaires.

Un plaisir de lecture renouvelable cinquante fois. Borges ne s’y était pas trompé en déclarant : «La littérature est une forme du bonheur ; et aucun écrivain, peut-être, ne m’a procuré autant d’heures heureuses que Chesterton».


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 05/12/2008 )
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