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Du Rififi à Versailles ou les malheurs de la France éternelle
Yves Combeau   La porte du Nord
Cerf 2001 /  13.74 € - 90 ffr. / 214 pages
ISBN : 2-204-06554-4
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La scène est à Versailles, c’est-à-dire nulle part, pourrait-on commencer en plagiant Ubu-Roi. En cette fin du XXe siècle, on découvre, en forêt de Marly, le cadavre d’un homme avec une balle dans le cœur : la victime se nomme Louis Lambert-Dansette, fils de famille, scout et royaliste. Le scandale, en la personne du juge d’instruction Drouin, vient frapper à la porte d’une bonne bourgeoisie versaillaise, très "France éternelle", qui redoute par dessus tout les éclats. Ainsi commence un de ces polars à décor régional qui fleurissent à présent dans notre douce France, pour le plus grand plaisir des indigènes.


Chartiste et dominicain, l’auteur dépeint de manière très convaincante les tourments intérieurs des bourgeois catholiques d’une ville trop chargée d’histoire. Par l’âge et le caractère, ses personnages occupent une position intermédiaire entre les héros équivoques de Signe de Piste et les officiers parachutistes de Lartéguy : ce sont de vieux jeunes gens dédaigneux, tôt aigris et très imbus d’eux-mêmes. Cheveu court, pantalon de velours, Barbour sur les épaules et gants de cuir noir à la main, ils regardent sans aménité le visage nouveau de la France contemporaine. Tout va de mal en pis, tout dégénère : Versailles ne se remet pas de la chute de l’Ancien Régime; grand-père a pris la raclée en 1940; papa est revenu piteux d’Algérie; les petits frères dessinent des tags sur les murs de la cité du roi-soleil; le dernier concile n’a pas eu de bons effets, etc., etc.


L’enquête réserve à nos Versaillais de nouveaux déplaisirs : le juge d’instruction, intégriste, lit trop bien dans les consciences; l’adjudant-chef chargé de l’enquête est lituanien et dangereusement méthodique, le lieutenant de gendarmerie, kabyle à la nuque raide, ne lâche pas sa proie. On ne s’étonnera donc pas si Pierre Badonce de Villefort, jeune énarque et principal suspect, soigne sa mélancolie par des séjours prolongés dans les trains de banlieue, médication d’ailleurs peu efficace. Sous la plume d’Yves Combeau, Clagny, Marly, Le Chesnay ou Porchefontaine, tous ces noms rassurants de l’Ouest parisien, prennent les couleurs hivernales et brumeuses d’un monde arrivé au terme de son déclin.


L’écriture de ce livre pourra surprendre : on passe sans transition du classicisme simenonien à l’effusion poétique, puis à l’extrême concision, jusqu’à l’obscurité, dans le rendu du courant de conscience. Saint Pie V s’est arrêté chez MC Solaar. Il faut bien reconnaître que ce composé bizarre fait un style original, sinon toujours agréable. En tout cas, l’intrigue est bien menée, avec assez de métier pour tenir le lecteur en haleine.


Mais le grand prix de ce roman c’est surtout la persistante vachardise de l’auteur. On suit, non sans sadisme, les embarras de nos bourgeois catholiques et leurs mines pincées : tout dévot qu’il est, le juge n’aime guère ses cinq enfants; la mère éplorée est inexistante; l’adjudant-chef est diablement lourd; les curés de paroisse sont hypocrites, comme à l’ordinaire, et le vieux général n’y comprend rien. Le moins que l’on puisse dire est que le frère Combeau ne nourrit pas pour le prochain des sentiments d’extrême bienveillance. En d’autres temps, en ces siècles plus heureux que regrettent ses héros, ses supérieurs l’auraient sans doute envoyé réfléchir dans quelque couvent auvergnat aux bienfaits de la charité chrétienne et méditer à l’inconvénient pour un religieux de préférer la satire à l’apologétique…


Ces saines coutumes étant malheureusement d’un autre âge, on ne peut que recommander à notre siècle sans conscience la lecture prenante de cette Porte du Nord Chacun y trouvera son compte, les Versaillais comme les autres. Bien qu’un peu malmenés, ces derniers seront satisfaits de se reconnaître, eux, leur paysage et leur décor, et de se livrer au petit jeu des clefs et des portraits. Les autres trouveront ample matière à se moquer des Versaillais et des moeurs supposées des supposés "bons milieux". Quant aux Parisiens, ils verront dans ce roman étrange de nouvelles raisons, s’il est besoin, pour se croire le centre de l’univers et pour s’étonner, une fois encore, de la sotte idée qu’eut Louis XIV d’aller construire une ville à la campagne, dans ce que le duc de Saint-Simon appelle "le plus triste, le plus ingrat de tous les lieux, sans vue, sans bois, sans eau, parce que tout y est sable mouvant et marécage".


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 14/05/2001 )
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