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Berlin, année zéro
Pierre Frei   Terminus Berlin
L’Archipel 2005 /  22.95 € - 150.32 ffr. / 506 pages
ISBN : 2841877329

Traduit de l'allemand par Anne-Judith Descombey. Titre original : Onkel Tom's Hütte, Berlin.
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Dans le Berlin de l'immédiat après-guerre, sectorisé et occupé par les forces alliées, un mystérieux individu à moto profite de la nuit pour commettre une série de meurtres particulièrement sadiques. Ses victimes sont toutes de jeunes femmes allemandes, blondes aux yeux bleus. Le lieu de ses crimes est toujours le même : le quartier populaire de la Case de l'Oncle Tom (Onkel Tom's Hütte), en plein secteur américain. Même si le concept leur est étranger, les enquêteurs, un policier allemand ancien de la Wehrmacht et un officier d'occupation américain, comprennent qu'ils ont affaire à un tueur en série de la pire espèce. Lequel pourrait bien avoir commencé sa carrière… avant la guerre.

Si la traque policière sert de colonne vertébrale au roman, elle n'en est pas le sujet central. Le vrai thème de Terminus Berlin, c'est l'Allemagne des années trente et quarante, le Berlin d'enfance de l'auteur, celui de la montée du nazisme, de son apogée et de sa chute. Le Berlin d'une libération évidemment moins idyllique que dans l'imagerie populaire (les exactions de l'Armée rouge semblent valoir largement les abus des soldats du Reich). Dans la réalisation de ce tableau ambitieux, Pierre Frei opte pour une technique qui emprunte autant au collage qu'à la peinture réaliste.

Collage, car l'auteur mélange en fait plusieurs histoires en une : à côté de l'enquête proprement dite, on suit non seulement la vie quotidienne des enquêteurs et de leurs proches, mais aussi plus particulièrement les pérégrinations dans Berlin de Ben, le fils de l'inspecteur. Surtout, chaque meurtre est prétexte pour l'auteur à insérer dans le corps du roman une biographie accélérée et sélective de la victime. Autant de portraits de femmes qui permettent de découvrir une époque sous un angle à chaque fois différent. La première a joué habilement de son charme et de sa détermination pour se bâtir une belle carrière d'actrice de cinéma, au point de devenir l'une des préférées de Goebbels. La deuxième, mère courage exemplaire, a arraché son enfant mongolien au sort que lui promettaient les épurateurs de la race aryenne. La troisième, aristocrate de la haute noblesse prussienne et anti-nazie convaincue, a mené une brillante carrière de diplomate. Issues de milieux différents, elles ont toutes en commun, outre un destin tragique, le courage, l'ambition et la passion de l'amour. A l'occasion de ces portraits, l'écriture de Pierre Frei surprend parfois par ses raccourcis : sans prévenir, au simple passage d'une ligne, elle fait faire au lecteur des bonds de deux ou trois ans en avant. Mais c'est aussi grâce à ce rythme et cette respiration particulière qu'elle parvient à dégager l'impression de liberté qui caractérise les cinq femmes.

Peinture réaliste, car c'est le souci du détail - les termes, les lieux, les références - qui donne au livre sa couleur d'époque. Comme un bon accessoiriste de film, Pierre Frei convoque les souvenirs, rappelle les événements, parsème le chemin de références d'époque afin que son spectateur se sente totalement immergé dans l'histoire. Ce qu'il réussit avec un certain succès.

On n'aimera pas forcément tout dans Terminus Berlin. On pourra avoir du mal à trouver ses marques au début du livre : il faudra alors faire preuve de patience pour franchir le cap des cent premières pages, à partir desquelles la mayonnaise prend. On pourra trouver que l'auteur, très à l'aise dans le portrait de femme, manque de profondeur d'analyse : c'est parfois plus décrit qu'écrit et on aimerait des caractères plus complexes. Mais dans son genre "fresque d'époque", et parce qu'il aborde avec une belle énergie une période intéressante de l'Histoire, Terminus Berlin mérite sans aucun doute de retenir l'attention. Le genre même de roman dont on imagine aisément l'adaptation au cinéma.


François Gandon
( Mis en ligne le 29/08/2005 )
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