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De tout petits riens
Natashka Moreau   Sans histoire
Léo Scheer 2015 /  17 € - 111.35 ffr. / 165 pages
ISBN : 978-2-7561-0919-0
FORMAT : 12,5 cm × 18,9 cm
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Dans ce court roman, la narratrice, jeune mère, est écrivain et vit à Londres avec son mari avocat. Cinq mois après la naissance de sa fille, elle aimerait se remettre à écrire mais elle expérimente la difficulté de construire un livre de la préface à la conclusion, sans histoire ni péripétie, spectatrice d'une humanité qui l’entoure et dont elle reste extérieure. Elle fait sienne la phrase de Proust : «Je savais très bien que mon esprit était un riche bassin minier où il y avait une étendue immense et fort diverse de gisements précieux».

Doit-elle subir ou décider qui elle doit être ? Peut-elle être architecte et maçon de la matière littéraire malgré le frein infligé par une maternité qui rogne son temps libre ? Tout est sûrement question d’organisation. Pourquoi la jeune femme écrit-elle ? Tout simplement parce qu’elle pense à retardement, elle a besoin de l’écriture pour fixer dans son esprit l’idée qu’elle a eue, une conversation intéressante… La chose écrite, elle l’oublie facilement.

De là vient que le récit est construit de petites anecdotes sans importance ; l’écriture libère l'esprit. Avant le retour à la page, il lui arrive de raconter à son bébé des mots faits pour l’apaiser même s’ils n’ont aucun sens logique ; c’est le «bruit blanc» (p.82) émis sans souci du sujet. Elle a conscience de moins écrire depuis la naissance, elle en ressent moins la nécessité, occupée par l’enfant ; il lui est difficile de bénéficier de bonnes conditions pour sa création, même si elles génèrent de l’inquiétude : «L’anxiété et la solitude sont ce qui me manque pour écrire, maintenant ça me paraît clair. Mais puis-je dire que l’anxiété et la solitude me manquent (…). Pourtant à force de n’être plus seul, on ne sait plus l’être quand on en a l’occasion, on ne sait pas l’apprécier» (p.93).

Comment mettre en balance la maternité et l’œuvre de création ? La narratrice ne sait pas prendre de décision. Aussi aime-t-elle quand il ne se passe rien, c’est la porte ouverte à toutes les occasions. L'absence d'événement lui convient tout à fait comme le Rien qui lui permet d’être à l’écoute de tout ce qui l’entoure ; elle ne lit même pas les journaux pour ne pas avoir à prendre parti. Elle est d'ailleurs tout étonnée d’avoir reproduit le schéma classique et banal du mariage et de la maternité, malgré son envie de liberté.

Le récit s'agrège de la sorte, par ces morceaux minuscules du quotidien, comme un nuage de lait vaporeux dans un Earl Grey brûlant. Un exercice de style troublant et étonnant, avant tout passionnant. L’auteur n’a rien à raconter mais tout à dire : elle est libre.


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 09/10/2015 )
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