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Kapoor décrypté
Homi K. Bhabha   Anish Kapoor
Flammarion 2011 /  50 € - 327.5 ffr. / 384 pages
ISBN : 978-2-08-126138-9
FORMAT : 24,6cm x 28,7cm

Jeanne Bouniort (Traducteur)

L'auteur du compte rendu : Alexandra Person est diplômée en histoire de l'art (Master I,II Université Paris-IV la Sorbonne). Elle a plus particulièrement étudié l'art officiel et la propagande sous la colonisation française. Elle participe actuellement à la gestion d'une collection privée d'art moderne et contemporain.

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Publier un ouvrage sur Anish Kapoor (né en 1954), génie de la sculpture contemporaine récompensé et exposé à travers le monde, c'est faire preuve d'un projet d'envergure. Les éditions Flammarion en collaboration avec le CNAP (Centre National des Arts Plastiques) et le soutien de la galerie Kamel Mennour peuvent aujourd'hui se féliciter d'avoir honoré cette œuvre en publiant un livre d'art inclassable.

Si ce beau volume rouge et miroitant intitulé simplement Anish Kapoor offre effectivement une iconographie conséquente et très élégante, la singularité du propos est en revanche plus déconcertante, mais remarquable. En effet, cet ouvrage témoigne d'une complicité intellectuelle de plus de vingt ans entre un démiurge, Anish Kapoor, et une sommité, Homi K. Bhabha (né en 1949). Tous deux originaires de Bombay (Mumbai, Inde), tandis qu'Anish Kapoor intègre en 1973 le Hornsey College of Art puis la Chelsea School of Art design de Londres, Homi K. Bhabha s'est consacré à l'étude de la littérature anglaise à l'université d'Oxford. Professeur de littérature anglo-saxone et directeur du Humanities Center à l'université de Harvard, il est l'auteur de nombreux ouvrages qui explorent sa théorie du ''Post-colonialisme'', dont Nation and Narration (1990) et The Location of Culture (1994, rééd. 2007). Adepte d'une méthode de recherche pluridisciplinaire qui articule, notamment, les pensées de Jacques Derrida, Jacques Lacan, Michel Foucault et d'Edward Saïd, il livre ici une analyse atypique et complexe de l'art conceptuel d'Anish Kapoor, à travers l'étude du langage abstrait des formes et de la matière.

À mesure que l'on pénètre cette œuvre mystérieuse et vertigineuse, en somme frappée «d'indécidabilité, d'ambivalence», selon les termes de Homi K. Bhabha, on savoure la perspicacité de l'auteur, à même de nous dévoiler les notions cardinales de cet art. Placé en exergue, un entretien entre Homi. K. Bhabha et Anish Kapoor permet de résoudre certaines énigmes posées par une œuvre telle que ''Leviathan'' (2011) conçue pour l’édition parisienne de Monumenta 2011. L'occasion pour l’artiste de s'exprimer sur le rôle fondamental qu'il accorde à l'insaisissabilité de l'œuvre qu'il définit comme suit : «[…] Il est très important de ne pas être capable de se figurer l'objet, car on ne peut alors jamais le transformer en une image. […]. Cette chose partielle m'intéresse profondément parce que chacun doit, dans son for intérieur poétique, opérer un processus de reconstruction interne de l'objet. […]. J'ai toujours pensé qu'une sculpture qui révélait son plan et que l'on pouvait voir en surplomb était morte. C'est comme si d'un coup on l'avait saisie. Or cette saisie enlève toute la poésie».

Dans cette perspective d'une sculpture qui échapperait en partie au regard pour atteindre une dimension plus expérimentale, on mesure à la fois l'importance de la monumentalité, de la création du vide et de la dualité de l'intérieur-extérieur qui, selon les propres mots de l’auteur, ne sont «ni distincts ni polarisés» mais «la différence du même» (''When I'm pregnant'', 1992, ''Your body, my body'', 1993). D'autres notions concomitantes et revendiquées par l'artiste, telles que la gestation et le proto-objet, au cœur du travail à la cire rouge dans lequel il intègre l'action du temps et donc du mouvement sur la matière organique (''My Red Homeland'', 2003, ''Svayambh'', 2007), sont abordées dans cet ouvrage qui mêle à la percutante réflexion de l'auteur, certains fragments de leurs fructueux échanges.

Nul doute qu'ici la beauté de l'interprétation, loin de démystifier l'œuvre, décuple l'aura fascinante, voire angoissante, du travail d'Anish Kapoor. Reste que poussant les limites de la réflexion à son paroxysme, l'intellectualisme n'est jamais loin, mais l'auteur pouvait-il envisager un niveau d'analyse en-deçà de cet art hors-norme ? En accordant toutefois la primauté de la photographie sur le texte, ce livre restitue le pouvoir inquiétant de ces sculptures, nous rappelant que dans l'art de Kapoor, plus qu'aucun autre, le discours peut s'effacer face à la troublante expérience d'une confrontation avec l’œuvre véritable et son «énergie invisible».


Alexandra Person
( Mis en ligne le 24/10/2011 )
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