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Sculpteur ou sculptrice ?
Anne Rivière    Collectif   Jane Poupelet. 1874-1932
Gallimard 2005 /  35 € - 229.25 ffr. / 166 pages
ISBN : 2-07-011827-4
FORMAT : 20,0cm x 26,0cm

Catalogue d’une exposition à La Piscine, Roubaix, du 15 octobre au 15 janvier 2006 ; puis à Bordeaux du 24 février au 4 juin et Mont de Marsan du 24 juin au 2 octobre.

L'auteur du compte rendu : Béatrice Brengues a une formation d'historienne de l'art, elle s'intéresse aux arts décoratifs du XXe siècle et poursuit des recherches sur le sculpteur Joachim Costa. Elle travaille parallèlement à Drouot chez un commissaire priseur.

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Parmi les sculpteurs oubliés entre Rodin et Bourdelle, Jane Poupelet se distingue parce qu’elle est une femme, qui plus est d’influence. Evoluant dans un milieu tellement masculin, elle put s’y faire une place car, justement, rien n’était prévu pour les femmes, même pas leur exclusion. Anne Rivière, qui mène depuis longtemps des recherches sur les femmes sculpteurs, nous retrace le parcours de cette amazone des formes mêlant classicisme et épure.

Périgourdine de bonne famille, elle fait son apprentissage à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, et noue de nombreuses amitiés féminines mais aussi féministes (dont Hubertine Auclert) qui seront autant de soutiens lorsqu’elle s’installe à Paris au début du XXe siècle. Cette féminité est parfois bien encombrante et elle n’hésite pas à s’en défaire pour ses premières expositions où elle se présente sous le pseudonyme masculin de Simon de la Vergne. Comme Camille Claudel, elle devient praticienne dans l’atelier de Rodin quand celui-ci, débordé par le succès de l’Exposition de 1900, fait appel à des renforts pour répondre à l’afflux de la commande. Elle y rencontre Lucien Schnegg. Sous son influence, elle développe son propre style dans le prolongement de Rodin, mais assagi, stable, comme dans la statuaire grecque composée et sereine. Parfois plus Calamity que Jane, pionnière, solitaire et misanthrope, clope au bec et mains dans la boue, le visage sévère, elle est quand même reconnue comme un pilier de «la bande à Schnegg» ainsi que les nomme le critique aux formules cinglantes Louis Vauxcelles. Arnold, Dejean, Despiau, Drivier, Halou, Cavaillon, Marque, Serruys, Wlérick en font également partie. Leur travail, essentiellement centré sur la figuration du nu féminin, montre une modernité tempérée aux poses structurées nouvelles et au modelé régulier comme sculpté par grands pans. Les conservateurs, dans leur introduction à ce catalogue, parlent d’une «sculpture du juste milieu» qui fait le lien entre l’art de Rodin et celui des années 30.

Indépendante parmi les indépendants, Poupelet participe à la renaissance de la sculpture animalière. Installée à Paris rue Dutot, qui restait un havre de campagne, elle entretient toute une ménagerie de chats, chiens et volailles, qu’elle dessine et sculpte avec un sens de la synthèse rare, livrant ainsi une multitude de petites créations prisées des amateurs qui lui permettent de se faire connaître outre-Atlantique et ce grâce à ses nombreuses relations avec des américains de Paris. Dans la sculpture comme dans les idées, elle s’exprime sans avoir peur d’être marginale. Elle prend fait et cause pour le féminisme, adhère à plusieurs associations d’artistes internationaux, d’artistes femmes, milite contre la vivisection et pour le droit des animaux, fonde l’Union des statuaires français qui préfigure la Fonderie coopérative des artistes et est à l’origine du Salon des Tuileries dont elle préside les sélections. Un long article (pp. 56-77), écrit par Claudine Mitchell, relate son investissement auprès des gueules cassées de la Grande Guerre au sein d’un atelier créé avec l’américaine Anna Ladd pour confectionner des prothèses de visages. Une pratique étonnante aujourd’hui, à l’heure où le monde se questionne au sujet de la première greffe de visage…

De santé fragile, elle est victime de ces combats permanents. A la fin des années 20, trop affaiblie pour sculpter, elle se consacre pleinement au dessin jusqu’à sa mort en 1932. Elle le pratique en sculpteur, comme nous l’explique Sylvie Dumaine (pp.78-84), avec une sensibilité particulière pour les postures, la structure. Mais elle explore une voie nouvelle ; ses nus, à la différence de ses sculptures élégantes et pudiques, dévoilent des chairs massives et crues dont on aurait aimé voir la transposition en volume.

Parce que trop peu connue pour motiver les foules, il n’y avait pas eu d’exposition monographique sur Jane Poupelet depuis 1949. Ce catalogue participe avec succès à sa redécouverte. Aussi bien écrit que joliment mis en page, il montre la grande maîtrise de ses auteurs à évoquer une œuvre singulière tout en éclairant bien son contexte social et artistique. Un travail documentaire complète l’ouvrage par le catalogue des œuvres exposées, une biographie, une bibliographie, un index des expositions et des œuvres conservées dans les collections publiques. Une bien jolie synthèse en somme!


Béatrice Brengues
( Mis en ligne le 19/12/2005 )
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