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Un concert des goûts réunis
Isabelle Dubois   Alexandre Gady   Hendrik Ziegler    collectif   Place des Victoires - histoire, architecture, société
Editions de la Maison des sciences de l’Homme 2004 /  76 € - 497.8 ffr.
ISBN : 3-05-003404-1

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris-I-Sorbonne, Thierry Sarmant est conservateur en chef du patrimoine au Service historique de l'armée de Terre. Il prépare, sous la direction du professeur Daniel Roche, une habilitation à diriger des recherches consacrée à "Louis XIV et ses ministres, 1661-1715". Il a publié une vingtaine d'articles sur l'histoire politique et culturelle de la France moderne et contemporaine et six ouvrages dont Les Demeures du Soleil : Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003)et La Roumanie dans la Grande Guerre et l'effondrement de l'armée russe (1999).
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crire l’histoire d’une ville est un exercice redoutable : la politique y a sa place, la première, mais la ville ne saurait se réduire aux intentions des hommes qui l’ont habitée ; l’architecture y a la sienne, combien importante, mais le danger est grand que l’étude du contenant fasse oublier le contenu ; enfin, l’histoire des villes est évidemment une histoire sociale, donc multiple, insaisissable, décomposable à l’infini. L’exercice est plus difficile encore quand il s’agit d’isoler une partie du tout – une rue, une place, un quartier –, portions à la fois singulières et inséparables d’un ensemble urbain plus vaste.

Sous l’égide du Centre allemand d’histoire de l’art, les auteurs de Place des Victoires ont triomphé de ces écueils possibles par un moyen très simple : le retour aux sources. L’ampleur de l’enquête à laquelle ils se sont livrés dans les archives et les bibliothèques laisse pantois. Minutier central des notaires, archives des anciens départements ministériels, manuscrits des bibliothèques parisiennes, dépôts étrangers, imprimés rarissimes, rien n’a été laissé de côté. Un effort constant de remise en perspective fait le reste, qui permet à l’ouvrage d’aller au-delà de sa première ambition monographique pour se transformer en une méditation sur l’histoire urbaine moderne et contemporaine.

La place des Victoires appartient à la série dite des «places royales», places ordonnancées, structurées autour d’une statue du monarque. Comme celle de ses sœurs récemment étudiées, place des Vosges (De la place royale à la place des Vosges, Action artistique de Paris, 1996), et place Vendôme (La place Vendôme : art, pouvoir et fortune, id., 2002), sa construction est lourde de significations politiques, qu’éclairent ici Thomas Gaehtgens, Hendrik Ziegler et Alexandre Gady. À l’instar des grands décors de Versailles, étudiés par Gérard Sabatier (Versailles ou la figure du roi, Albin Michel, 1999), la statue pédestre de Louis XIV, due au sculpteur Desjardins, les différents ornements de son socle et de la place elle-même eurent moins un rôle de propagande que d’affirmation, de proclamation de la supériorité de la monarchie française. «Premier roi du monde», le roi très chrétien s’y muait en empereur romain, voire en demi-dieu de l’Antiquité. Construite à partir de 1685, la place des Victoires est venue à l’apogée de cette prétention à la prépondérance, dont elle constitue un des aboutissements. Le reflux suivit presque immédiatement : l’exaltation du prince à l’égal de la divinité fit scandale, l’affirmation de l’hégémonie française sur les autres nations de l’Europe également. Les revers de la seconde moitié du règne de Louis XIV rendirent bientôt caduc ce discours triomphaliste, tandis que la figure de la Nation commençait à le disputer à celle du Prince dans l’imaginaire politique des Français. Dans toute cette opération, le rôle du duc de La Feuillade, créateur officiel de la place (étudié ici par Bettina B. Cenerelli), apparaît assez limité. Tout indique que ce courtisan fut en fait le prête-nom de la politique gouvernementale – en l’occurrence celle de Colbert, mort en 1683, mais relayé par Louvois.

Après ces commencements empreints de gloire monarchique, les destinées de la place se firent plus bourgeoises, car derrière le rideau ionique élevé par Jules Hardouin-Mansart se dressaient des maisons dépourvues de jardins, non des hôtels particuliers (Alexandre Gady, Jorg Ebeling). Le Louis XIV de Desjardins tomba en 1792, fut remplacé par un Desaix en 1810 (Régis Spiegel), puis rétabli, sous forme de statue équestre, par la Restauration (Sabine Fastert). Comme la place Vendôme, la place des Victoires devint un haut lieu de la mode (Julia Drost), mais son ordonnance connut des outrages autrement plus sévères que ceux subis par sa collègue du quartier Saint-Honoré. L’admiration officielle pour l’œuvre du Grand Siècle subsistait, mais les intentions initiales étaient ignorées ou incomprises. Le sanctuaire du culte louis-quatorzien s’adaptait difficilement aux transformations de la vie parisienne : il dut s’intégrer au réseau d’axes de circulation qui quadrillent la capitale, se transformer de place en carrefour. La place des Victoires est donc un des théâtres du vandalisme urbain pratiqué aux XIXe et XXe siècles, mais aussi celui d’une réflexion sur l’adaptation d’une architecture ancienne à des exigences nouvelles (Lisa Werner, Simon Texier). On découvre ainsi combien il est difficile de dégager un principe d’unité dans l’histoire d’une ville ou d’un quartier : la place est un palimpseste, où le Grand Roi et ses ministres, les financiers du XVIIIe siècle, les artistes et les commerçants des siècles suivants écrivent successivement, insoucieux de ce qui les a précédé.

Les entours de la place n’ont pas été oubliés. Les deux principaux monuments voisins, l’église Notre-Dame des Victoires et l’hôtel de La Vrillière, l’actuelle Banque de France, font l’objet d’études qui en renouvellent entièrement la connaissance (Martin Schieder, Alexandre Gady, Olivier Liardet). Le volume se clôt sur un reportage photographique présentant différents aspects du quartier à la veille de la parution. Mais c’est l’iconographie du livre tout entier dont la richesse doit être signalée : plans, dessins, gravures, tableaux, clichés anciens, documents d’archives, souvent inédits, dialoguent constamment avec le texte. À l’image des façades de Jules Hardouin-Mansart, la mise en page est d’un agréable classicisme, teinté de quelque austérité – les illustrations en couleur, nombreuses, ne sont guère mises en évidence. On regrettera également le rejet des notes en fin de volume, car la lecture de plusieurs chapitres fertiles en découvertes implique un constant va-et-vient entre texte et notes.

L’historiographie de Paris s’enrichit donc d’un volume de référence. Fruit des efforts conjugués de chercheurs français et allemands, de chercheurs venus des horizons les plus divers, il montre combien la recherche sur la capitale gagne au concert des «goûts réunis», entre histoire politique, histoire de l’architecture et histoire de la société.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 02/04/2004 )
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A lire également sur parutions.com:
  • Les Demeures du soleil
       de Thierry Sarmant
  • Versailles ou la figure du roi
       de Gérard Sabatier
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