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Les maisons d’un grand architecte
Alan Hess   Alan Weintraub   Oscar Niemeyer - Maisons
Actes Sud 2008 /  49 € - 320.95 ffr. / 230 pages
ISBN : 978-2-7427-6976-6
FORMAT : 28,5cm x 28,5cm

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Cros est diplômé du Bauhaus de Weimar en Allemagne. Il exerce comme architecte libéral à Paris.
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L’architecte centenaire Oscar Niemeyer fut diplômé il y a 73 ans ! Il travaille à ses débuts avec Lucio Costa, autre grande figure de l’architecture moderne brésilienne, de six années sont aîné, ainsi qu’avec Le Corbusier quand celui-ci est associé au projet de tour pour le Ministère de l’Education nationale et de la Santé publique à Rio et à nouveau en 1947 à l’occasion du concours pour le siège des Nations Unies à New-York.

Son premier projet de maison remonte à 1936 mais c’est quatre ans plus tard à Rio qu’une première réalisation voit le jour, un volume régulier sur pilotis et sous un toit en pente. Cette maison ouvre la série des 22 présentées dans ce livre, dont la dernière a été achevée dans la même ville 65 ans plus tard en 2005 pour Ana Elissa, petite-fille de l’architecte.

Outre deux maisons de 1963 et 1969 pour Carmen Baldo, belle sœur de l’architecte, Niemeyer construit au fil de sa vie plusieurs habitations pour lui-même et sa famille. En 1949, il transforme un élevage de volaille en résidence de vacances, «la maison que j’ai préféré à toutes, peut-être parce que j’étais plus jeune (…)» (p.25). Détruite depuis, les quelques images d’archives laissent paraître un pied à terre aux formes des plus simples, presque frustre. Sa maison de Rio, trois niveaux perchés sur la pente, reprend en 1942 des traits caractéristiques de la modernité blanche avec le séjour en double hauteur, la rampe extérieure qui se poursuit dans l’habitation et invite à la promenade architecturale ou encore les fenêtres en bandeau qui, ici, sous une casquette de tuiles, portent le regard sur le paysage de la baie. C’est en 1953 que Niemeyer termine un pavillon de verre dans la forêt tropicale, en balcon sur l’océan, «sa propre maison de Canoas (…) celle qui devait faire l’objet de nombreuses publications et lancer à travers le monde grâce à quelques photographies spectaculaires, l’idée d’un nouveau style moderne basé sur une forme libre et organique» (p.27).

Il est déjà connu pour ses bâtiments aux formes sinueuses et hardies depuis la chapelle de Saint-François d’Assise de Pampulha à Mimas Gervais, aux arches ondulantes et c’est en 1956 que Niemeyer se voit confier la conception des édifices majeurs de la nouvelles capitale Brasilia voulue par Kubitschek. Dix ans plus tôt, l’architecte a réalisé la maison de ce médecin avant qu’il ne devienne président, une modeste construction d’esprit moderne aux accents tropicaux. Malgré sa notoriété et les projets vastes et nombreux, Niemeyer continu tout au long de sa carrière à concevoir des maisons particulières, certaines d’une extravagance folle, d’autres des plus rudimentaires comme la petite maison de plage pour un ami, qui expose le dépouillement et la simplicité de sa construction sans apprêt.

La maison de Canoas marque l’invention d’une architecture nouvelle aux formes libres, où pointe parfois l’exubérance dans une sorte de baroque aux lignes épurées. Perçus d’abord comme arbitraires et fantaisistes, ces contours sculpturaux en béton armé fondent un style moderne brésilien et soufflent un air chaud qui très vite inspire de nombreux architectes dans le monde entier. Niemeyer est donc régulièrement appelé pour construire en dehors de son pays mais des complications administratives causées par le régime autoritaire l’en empêchent parfois. Des deux projets de maisons d’exception pour des commanditaires américains, un seul pourra donc se réaliser et les modifications qui s’imposeront lors de la construction que Niemeyer ne peut suivre, empêché alors de se rendre aux États-Unis, font ensuite qu’il ne reconnaît pas cette Maison Strick comme son œuvre. Au milieu des années 60, un autre projet pour Edmond de Rothschild en Israël reste sans suite. Cette maison mériterait une exposition plus grande et une analyse comparée avec des projets ultérieurs d’autres architectes — Rem Koolhaas par exemple — car on devine dans les quelques dessins des inventions qui ont eu un écho futur.

Poussé en 1964 à l’exil par le coup d’état militaire, Niemeyer parvient toutefois à poursuivre une activité dans son pays pour finalement y revenir en 1985. Cette situation contribue à sa reconnaissance internationale. C’est dans cette période qu’il conçoit le siège du Parti Communiste Français, place du Colonel Fabien à Paris, et les bureaux de l’éditeur Mondadori aux environs de Milan.

Les grandes maisons que dessinent alors Niemeyer apparaissent de deux genres distincts. D’un côté la villa moderne, blanche, aux tracés anguleux ou en courbes — souvent des développements du pavillon de Canoas horizontal et très largement ouverts sur le paysage. De l’autre, la grande demeure inspirée des fazendas brésiliennes : un bâtiment long et rythmé, sous un toit de tuiles débordant avec véranda et volets aux fenêtres, rappelant que Niemeyer a exercé à ses débuts au Service du patrimoine historique et artistique national dont il a été par la suite conseiller. «Là où d’autres modernistes rejetaient toutes références au passé, Niemeyer l’iconoclaste mêlait délibérément ce que les autres estimaient inconciliables — le passé et le futur», écrit l’auteur (p.35).

Les maisons réalisées sont issues de ces deux registres et alternent avec succès dans l’œuvre de Niemeyer. Il serait vain de tenter d’y établir des périodes, du moins selon des critères formels. La même année 1985, il livre la maison Rezende que l’on jugerait plus ancienne si l’on n’y accordait qu’un regard furtif et la maison Camargo d’un élégant minimalisme géométrique, qui de façon plus étonnante encore cache un volume annexe à l’allure d’une maison traditionnelle, lequel héberge les chambres.

L’œuvre des maisons de Niemeyer est tout entière dominée par l’idée de contraste. Contraste entre les différents projets, contraste entre l’architecture et la nature environnante, formes juxtaposées pour en retirer de puissants effets sculpturaux... L’auteur juge d’ailleurs que «le contraste entre la logique pure et le pur plaisir résume la contribution de Niemeyer à l’architecture moderne» (p.26). Ces maisons sont en ce sens plus diverses que les grands bâtiments publics ou de représentation de Niemeyer.


Emmanuel Cros
( Mis en ligne le 23/09/2008 )
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