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L'art de questionner
Marc Décimo   Le Duchamp facile
Les Presses du Réel - L'Ecart absolu 2005 /  9 € - 58.95 ffr. / 159 pages
ISBN : 2-84066-107-1
FORMAT : 11x17 cm

L'auteur du compte rendu : Béatrice Brengues a une formation d'historienne de l'art, elle s'intéresse aux arts décoratifs du XXe siècle et poursuit des recherches sur le sculpteur Joachim Costa. Elle travaille parallèlement à Drouot chez un commissaire priseur.
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Duchamp Facile ? S’il y a quelque chose de facile ici, c’est bien le livre lui-même, par sa lecture, son format et son prix ; Duchamp quant à lui reste bel et bien complexe pour notre plus grand plaisir !

Dans un format de type «Que sais-je ?», Marc Décimo nous livre une réflexion non formatée sur Marcel Duchamp à mille lieues d’un Léonard de Vinci pour les nuls qui sort chez un autre éditeur. Vous ne trouverez pas ici la grille de lecture infaillible pour comprendre les œuvres de l’inventeur du Ready-made car justement le sens de son œuvre se situe hors des systèmes et brouille toujours les pistes. Révolution artistique capitale ou géniale supercherie, Marc Décimo ne vous aidera pas non plus à choisir en prônant une esthétique de l’indécidable où l’humour tient une place indiscutable. Ce livre dont le titre est en forme de boutade comme les aime Duchamp, invite le spectateur à une attitude décontractée, mais cérébrale et joueuse indispensable à l’approche des oeuvres.

Le premier chapitre nous apporte quelques éléments biographiques pour tenter de comprendre pourquoi ce fils d’un notaire et d’une artiste peintre amateur, dont les deux frères et la sœur sont également de très respectables artistes, a soudain semé la zizanie dans nos valeurs artistiques. Tout se cristallise en 1912 autour du tableau Nu descendant l’escalier. Dans une facture cubiste, il dissèque le mouvement à la manière de la chronophotographie de Marey ou Muybridge. Il est jugé scandaleux et refusé aux Salon des Indépendants par Albert Gleizes qui est pourtant un des artistes cubiste à la pointe de l’art moderne. C’est un choc pour Duchamp qui désormais fait de ce qui ne se fait pas sa marque de fabrique, en poussant les limites bien plus loin que ce premier tableau et en agissant toujours en électron libre. Il exerce alors diverses professions sans rapport avec l’art et crée ses premiers Ready-mades dont Fontaine, un urinoir retourné et signé, exposé à New York en 1917 qui est un vrai coup de tonnerre dans l’histoire de l’art.

Le Ready-made est la sélection d’un objet banal dont l’exposition ne nécessite pour l’artiste aucun savoir faire, ni parti-pris de représentation, mais au contraire, rappelle que l’on vit dans un monde mécanisé et industriel. Duchamp veut rompre avec les sensations notamment optiques liées aux notions de beau et de laid. Le but n’est plus le plaisir mais la réaction du spectateur, il remet en cause le goût et la culture. L’art devient alors cérébral, il interroge, souvent sans donner de réponse… En cela, il y a quelque chose de poétique et l’effet de l’œuvre duchampienne, bien que plastique, est plus proche d’un vers ou d’un bon mot.

Iconoclaste, an-artiste anarchiste, Duchamp fustige tout au long de sa vie «la bêtise des peintres» et leur masturbation intellectuelle puisqu’ils ne s’intéressent qu’aux formes et pas aux idées. Il dénonce leur matérialisme, leur embourgeoisement, leur manque de prise de risque qui les incitent à se copier entre eux ou à se copier eux-mêmes. Un discours crédible de la part d’un homme qui a toujours vécu en marge pour défendre ses idées, et qui questionne encore aujourd’hui sur le statut de l’artiste et les implications du marché de l’art sur la création.

Ce livre, composé en courts chapitres aux titres à tiroirs un peu alambiqués, donne l’impression d’une promenade intellectuelle autour de Duchamp plus que d’une dissertation de spécialiste, ce qu’est pourtant Marc Décimo. Tout est polarisé sur Duchamp, mêlant des anecdotes à son histoire, ses idées, ses œuvres ; il n’y a pas d’ouverture sur les nouveaux champs de l’art qu’il a permis d’explorer mais c’est pour mieux nous initier à cette personnalité individualiste et solitaire. En effet, l’éditeur ne s’est pas trompé en publiant ce texte dans sa collection «l’écart absolu» car c’est bien là que ce trouve Duchamp.


Béatrice Brengues
( Mis en ligne le 12/09/2005 )
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