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Figure du peintre béni
Jean-Paul Bouillon   Maurice Denis - Le spirituel dans l'art
Gallimard - Découvertes 2006 /  13.50 € - 88.43 ffr. / 127 pages
ISBN :  2-07-031929-6
FORMAT : 13,0cm x 18,0cm
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A l’occasion de l’exposition de l’hiver 2006, consacrée à Maurice Denis (1870-1943), les éditions Gallimard lui consacrent un ouvrage de la collection Découverte, collection qui allie traditionnellement une présentation impeccable et un texte de référence. Et une fois de plus, le volume est réussi, en ce qu’il fait la synthèse entre un corpus d’œuvres et une théorie esthétique, sans rogner sur les expériences diverses qui construisent l’artiste. Confiée à Jean-Paul Bouillon, professeur d’histoire de l’art et spécialiste de Maurice Denis, cette étude mélange recherche archivistique et analyse des œuvres, par un bon connaisseur du personnage. Une bonne introduction à l’œuvre donc.

L’ouvrage démarre en 1884 : naissance d’une vocation artistique pour un adolescent de 13 ans déjà touché par la révélation. Très simplement, le jeune homme se cherche un modèle au Louvre : ce sera, comme nombre de thuriféraires de l’art sacré au XIXe siècle (les préraphaélites anglais principalement, ou encore les Nazaréens allemands) du côté de la peinture italienne de la Renaissance et d’avant que le modèle apparaît. Pour Maurice Denis, Fra Angelico, Raphaël, Boticelli sont autant de sources d’inspiration. Mais la découverte de Gauguin, puis de l’art japonais vont former chez le futur peintre un curieux précipité, au nom ésotérique et volontiers symbolique : les nabis (les prophètes, en hébreu). La découverte esthétique s’accompagne alors d’une réflexion déjà engagée autour des théories d’Auguste Comte et du positivisme. Aboutissement de ces premiers émois intellectuels et esthétiques, le «néo-traditionnisme» est une théorie de l’art selon Denis, qu’il formule en 1890 dans la revue Art et critique. C’est un premier acte de naissance. L’autre révélation dans la vie du peintre, c’est sa muse : fiancé à Marthe en 1891, il en fait une figure récurrente de ses tableaux, au cœur d’une mouvance symboliste qui le mêle à Debussy, Mallarmé, Maeterlinck. Le jeune artiste est «lancé» : tout concourt à dévoiler un talent qui ne se limite pas à la toile, mais utilise d’autres supports, dans un esprit proche de l’art nouveau, et sait passer du pinceau à la plume, et de la plume à la pédagogie au sein de diverses institutions artistiques.

Et Dieu dans tout ça ? La spiritualité, très présente dans la vie et les inspirations de Maurice Denis, se heurte aux réalités politiques du temps : intrigué par l’affaire Dreyfus, révolté par la Séparation de 1905, l’artiste entre dans la ligue d’Action française, et dans une certaine conception politique de l’art (que l’auteur tend à minorer). Autre tournant : un séjour romain, et la découverte du classicisme, engage Denis dans un rejet de la sensation, de l’abstraction, incarnée par les Fauves, ou Kandinsky, au profit d’une recherche de contenu, d’effet de réel, qu’il développe dans ses Théories (1910). La Bretagne et ses paysages va donner corps à ce tournant théorique, qui investit également désormais le livre, le vitrail voire une chapelle entière. Artiste catholique, Maurice Denis a mis son art au service de l’Eglise, percevant dans la décoration murale un but «suprême» de la peinture (mais le peintre sait passer du sacré au profane). De fait, le théoricien n’est jamais loin derrière l’artiste et tant du fait de ses voyages que de l’évolution des goûts, Denis est un insatiable penseur autant qu’un historien de son art, manifestement peu enclin à camper sur un Aventin esthétique pour le restant de ses jours.

Réalisé notamment à partir du journal du peintre, ce volume organise la rencontre entre une réflexion esthétique complexe, formulée dans les pages du journal et d’écrits divers, un mise en pratique riche (et largement reproduite) et une vie active autour de la peinture. Comme d’habitude (une excellente habitude) dans cette collection, des annexes (ici, des textes de Denis et de contemporains) viennent renforcer la démonstration historique, confirmée par une bibliographie scientifique. Au final, c’est donc une belle biographie d’artiste et d’intellectuel, hors du sentier battu des impressionnistes et de la figure de l’artiste maudit : une vision de l’artiste comme conscience agissante, et non plus comme simple technicien d’un courant artistique autonome. Une belle introduction en tous les cas à un artiste français original.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 05/01/2007 )
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