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Puppet master
Patrick Le Boeuf    Collectif   Craig et la marionnette
Actes Sud 2009 /  29 € - 189.95 ffr. / 117 pages
ISBN : 978-2-7427-8389-2
FORMAT : 19,5cm x 25,5cm

L'auteur du compte rendu : Marie Garré Nicoara est doctorante en Arts du spectacle à l'Université d'Artois (Arras).
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On croit tout connaître d’Edward Gordon Craig, réformateur du théâtre dont la pensée a traversé le siècle et continue aujourd’hui de faire référence pour nombre de créateurs. De ses propositions radicales, polémiques et audacieuses, on retient surtout celle de la Sur-Marionnette.

Dans son ouvrage fondateur – De l’Art du Théâtre - paru à Londres en 1911, Craig propose une alternative au corps – nécessairement impur - du comédien : le salut du théâtre passera par la marionnette, seul instrument d’essence divine capable d’une grande force poétique et d’une véritable justesse dans la représentation.

Ce très bel ouvrage, riche d’illustrations, éclaire le propos d’une exposition dont le pari est double : mettre en perspective la pensée de l’homme de théâtre en retraçant son parcours artistique, en s’attachant à mettre en évidence tout à la fois les liens qu’il a pu nouer avec la marionnette et de quelle façon cette figure l’a nourri. Un second versant de l’exposition nous amène à saisir toute la fécondité de la pensée de Craig : il met en scène de nombreux exemples de créations contemporaines de l’art de la marionnette, comme une visite à rebours qui, d’image en image, permet de retourner à la source de l’inspiration craigienne.

Un article introductif de Patrick Le Boeuf, conservateur à la Bibliothèque Nationale de France, responsable du fonds Edward Gordon Craig au département des Arts du spectacle, nous donne à voir les formes d’apparition de la marionnette dans la vie de Craig et la place grandissante qu’elle y occupe progressivement dans sa vision utopique de l’art théâtral. Né en 1872 d’un père architecte et d’une mère comédienne, le jeune Edward Gordon semble, après un début de carrière en tant que comédien, vouloir réaliser la synthèse entre le jeu et l’espace : il continuera à faire ses armes dans le théâtre en tant que scénographe et metteur en scène. Ses conceptions plastiques s’expriment au travers de nombreuses esquisses reproduites ici, ou autres gravures (issues de son Gordon Craig’s Book of Pennytoys), ou encore des figurines de bois évoluant à l’intérieur de maquettes de scénographies, révélant son goût pour le trait essentiel, loin du naturalisme.

Une partie de son importante collection de marionnettes, source de son inspiration personnelle, est aussi exposée. Il les utilisera pour stimuler l’imagination des élèves de son École de théâtre à Florence, sous forme de modèle vers une justesse du mouvement à atteindre. Son goût pour l’innovation le pousse aussi à imaginer comment dépasser les possibilités techniques de ces figures (on découvre ainsi d’étonnants projets de mécanismes permettant d’articuler les jambes des poupées ou de manipuler une foule de personnages).

Une contribution collective de trois universitaires spécialistes de Craig, Didier Plassard, Marion Chènetier et Marc Duvillier, met l’accent sur une autre manifestation du goût de l’innovation du maître, en matière d’écriture dramatique cette fois. Le Drama for fools est un projet resté inachevé, qui compte quarante pièces pour marionnettes. Dans les esquisses préparatoires qui nous sont présentées, on fait connaissance avec les personnages de son théâtre et les dispositifs imaginés pour les mettre en jeu, et une analyse de ses pièces révèle la préoccupation de Craig pour la mise en scène des marionnettes dès le travail d’écriture.

Enfin, dernière belle surprise, l’exposition - et le catalogue - dévoilent une approche qui surprend par son évidence : questionnant l’influence de la pensée de Craig sur les marionnettistes contemporains, le travail de mise à jour effectué par Evelyne Lecucq tombe sous le sens. Chaque cliché évoquant une création contemporaine semble habité par les réflexions du maître. Les recherches plastiques vers un corps épuré, symbolique, le rejet du naturalisme dans la manipulation à découvert sont autant d’écho à la pensée de Craig. Au fil d’un magnifique panorama en images, on retrouve ses fantasmes de marionnette habitée, son intérêt pour la statuaire primitive, pour l’exploration de l’espace et du mouvement, qui sont au coeur des préoccupations contemporaines.

Ce magnifique catalogue séduira autant ceux qui veulent approfondir leur connaissance de la vie de l’homme de théâtre, et saisir le dialogue qui s’est instauré avec l’art de la marionnette, que les curieux, amateurs de marionnette ou de théâtre, qui découvriront de nouvelles clés pour appréhender la création contemporaine.

Rappelons que l’exposition «Craig et la marionnette», à l’initiative de la commission Patrimoine Recherche et Édition des Saisons de la Marionnette, a ouvert ses portes en mai dernier à Avignon. Elle s’y tiendra jusqu’au 29 juillet pour ensuite s’installer à Charleville-Mézières (du 18 septembre au 3 octobre), à l’occasion du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes.


Marie Garré Nicoara
( Mis en ligne le 10/06/2009 )
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