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Intérieurs colorés
Shirley Neilsen Blum   Henri Matisse - Chambres avec vue
Editions du Chêne 2010 /  39.90 € - 261.35 ffr. / 192 pages
ISBN : 978-2-8123-0290-9
FORMAT : 26,5cm x 31cm

Traduction de Guillaume Cassegrain
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Les détails, le peintre n’a plus à s’en préoccuper, la photographie est là pour rendre cent fois mieux et plus vite la multitude des détails. La plastique donnera l’émotion le plus directement possible et par les moyens les plus simples». Cette phrase de Matisse dans un entretien avec Estienne peut donner le ton de son œuvre. Shirley Neilsen Blum, historienne d’art américaine, consacre un livre à Matisse avec comme sous titre (clin d’œil au roman de E.M. Forster ?) ''Chambres avec vue''. Toute sa vie, Matisse fut un peintre de l’intime et mêla étroitement, partout où il habitait, travail de peintre et vie quotidienne : ses palettes, toiles, pinceaux envahissaient toute la maison, la transformant en un vaste atelier.

Shirley Neilsen Blum a rassemblé une vaste documentation, de nombreuses photos des différents ateliers de Matisse, du peintre et de sa famille, Matisse chez lui, peignant, contemplant ses cages d’oiseaux, dans un hôtel à Tanger, au bord de l’océan à Tahiti. Des photos aussi des lieux qui devinrent tableaux. Une façon de pénétrer le quotidien de celui qui fut l’un des immenses peintres du XXe siècle. Et surtout de très nombreuses œuvres (légendées : titre, date, technique et dimension ; en annexe du livre : les localisations actuelles). Le choix est chronologique : les années 1900-1908 (''Le pouvoir de la couleur''), 1909-1916 (''Décoration et abstraction''), 1917-1938 (''Retour au naturalisme''), 1939-1943 (''La vie exaltée''), 1944-1951 (''L’apothéose des dernières années'').

Un parcours à travers l'œuvre et la vie de Matisse, complété d’une chronologie, d’une bibliographie et d’une liste des illustrations. Les notes du texte sont reportées en fin de volume. Shirley Neilsen Blum, qui avait codirigé le catalogue de l’exposition ''La fenêtre dans l’art du XXe siècle'', ouvre le volume par un chapitre résumant ses thèses : la fenêtre, une icône de l’art moderne, qui commence avec Leon Battista Alberti (1435). Mais ce chapitre fait malgré tout un peu «rajouté» ici, même s’il n’est pas inintéressant et permet de voir à la fois en quoi Matisse sur ce motif s’inscrit dans une longue tradition occidentale et s’en démarque.

Peintre de l’intérieur, Matisse mêle étroitement intérieur et extérieur en intégrant des fenêtres dans ses peintures, fenêtres dont il dit qu’elles le font rêver. Fenêtres qui marquent parfois des limites, font entrer la lumière, mais le plus souvent permettent d’unifier intérieur et extérieur dans un même ensemble. La fenêtre peut être ouverture sur l’extérieur, elle peut faire rentrer tout l’extérieur comme dans les superbes et quasi abstraites vues de Notre Dame peintes en 1914 : Matisse peint alors ce qu’il voit de sa fenêtre. La même année à Collioure, la porte fenêtre est à elle seule le sujet du tableau. Elle est aussi ouverture sur le monde, comme dans le ''Violoniste à la fenêtre'' (1918). En revanche, la ''Femme à l’ombrelle'' (1919), assise au bord d’une fenêtre ouverte sur la mer, le soleil, la plage, tourne résolument le dos à la vue, bloque le soleil de son ombrelle et se perd dans une contemplation énigmatique et silencieuse de l’intérieur de la pièce. La fenêtre peut être aussi quasi absente comme dans la ''Dame en bleu'' (1937).

De la première peinture, l’''Atelier sous les toits'' (1903) aux vitraux de la chapelle du Rosaire à Vence (1947-1951), Matisse a constamment marqué son intérêt pour les fenêtres, sources de lumière, lignes qui structurent les tableaux, mais aussi intégration intime des deux espaces intérieur et extérieur, bien davantage que simple décor.

Les éditions Chêne ont fait un très beau travail de reproduction, on est peut-être un peu moins enthousiaste pour les commentaires de Shirley Neilsen Blum, souvent proches de la simple paraphrase du tableau. Ces réserves faites, le livre est beau et rend bien compte, grâce à l’ampleur de la documentation, de la richesse de Matisse, joyeux peintre de la couleur, à la fois être exceptionnel et homme «ordinaire». Les nombreuses photos le montrent en bourgeois du siècle, costume-cravate, allure paisible qui à la fois contraste et répond à sa peinture : révolution calme mais radicale, qui annonce avant d’autres des choix qui seront suivis, imités, innove profondément et dans le choix des couleurs et dans la mise en page de la toile, peintre d’un bonheur quotidien et silencieux.

Laissons lui la conclusion en citant ce jugement qu’il porte sur ses dernières peintures : «Il peut sembler que la joie irradie davantage de mon œuvre que par le passé, mais c’est exactement ce que j’essayais de faire il y a 50 ans. Il m’a fallu tout ce temps pour arriver à un stade où je puis dire ce que je veux dire» (p.148).


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 17/12/2010 )
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