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Gary le divisé
Pierre Assouline    Collectif   Lectures de Romain Gary
Gallimard 2011 /  35 € - 229.25 ffr. / 238 pages
ISBN : 978-2-07-013237-9
FORMAT : 23,5cm x 29,5cm

Préface de Gérard Lhéritier
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C’est à l’occasion de l’exposition «Romain Gary, des Racines du ciel à La Vie devant soi» au Musée des lettres et manuscrits (jusqu’au 20 février 2011) que parait cet ouvrage où quelques grands noms de la littérature contemporaine (Assouline, Grenier, Todorov, Rouart, Lévy, etc.) traitent un livre de Gary comme témoin de son génie, en l’analysant plus ou moins méticuleusement. Les Racines du ciel, La Promesse de l’aube, La Nuit sera calme, Gros-Câlin, La Vie devant soi, Les Cerfs-volants, Vie et mort d’Emile Ajar sont les principales œuvres de cet auteur, ici évoquées sous forme d’entretiens ou d’analyses plus thématiques.

Romain Gary (1914-1980) souffre encore d’une méconnaissance et d’une dépréciation assez curieuse (dues peut-être à une œuvre abondante et inégale). On ne sait pas isoler un chef d’œuvre ni le classer dans l’histoire littéraire. Personnage multiple et contrarié (il était lui-même un romancier multiple), écrivain, soldat, diplomate, cinéaste, scénariste, sa vie se mêla à son œuvre même si cette dernière était bien plus subtile et fictive qu’il n’y paraissait. Ses deux prix Goncourt pour Les Racines du ciel sous le nom de Gary en 1956 et La Vie devant soi sous le pseudonyme d’Emile Ajar en 1975 ont défrayé la chronique de l'époque. On a alors beaucoup glosé sur le caractère à la fois double et singulier du personnage Gary. Pseudonymie, schizophrénie, dédoublement, névrose, dissimulation, les qualifications ont pris le pas sur l’importance de ses textes. Gary s’en est expliqué dans trois ouvrages autobiographiques ; c’est dire si la question le taraudait : La Nuit sera calme (1973), Pseudo (1976) puis Vie et mort d’Emile Ajar (1981).

Reste un auteur prolixe, que nous dépeignent ces entretiens à partir de la lecture d’un ou deux de ses titres. On y parle de sa mère juive bien sûr, personnage central dans La Promesse de l’aube, du serpent de Gros-câlin, de la Shoah, de la guerre mondiale où il a combattu vaillamment mais aussi des enjeux modernes qui l’ont intéressé : Le racisme urbain, la pollution des espaces vierges, le capitalisme industriel, la sexualité brute, les intrigues policières. Mais toujours pour revenir à la fracture de l’homme, qui s’est inscrite au cœur de son œuvre, aussi diverse soit-elle.

La seconde partie du l’ouvrage s’intéresse exclusivement aux manuscrits de Romain Gary puisqu’ils honorent l’exposition actuelle. Drôle de travail où d’un côté l'on résume les romans de l’écrivain et de l’autre, on décrit de manière extrêmement scrupuleuse les manuscrits trouvés en l'état ; et au vu des 27 textes recensés, on n’évite pas le catalogue. Il est question ici de s’attacher au travail de l’artiste et de voir quelles ont été les coupes et les rajouts faits sur le manuscrit original, ce qui intéressera certainement plus le chercheur ou le puriste que le lecteur amateur. Exemple à la page 123, concernant le manuscrit de Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable : «340 pp. manuscrites autographes et 70 pp. dactylographiées sur 408 ff. (210 x 297 mm) de vélin blanc filigrané «B.f.k. Rives extra strong», 17 ff. (220 x 320 mm) de vélin ivoire filigrané «Selection extra strong». Ce premier brouillon, abondamment annoté, comporte 687 mots ou groupes de mots biffés et corrigés, 2216 biffures et 128 ajouts de la main de l’auteur».

Ce livre est aussi composé de photos de l’écrivain, la plupart du temps seul, et de fac-similés de ses manuscrits, qui tentent de montrer au lecteur profane l’étendue de l’œuvre et de l’esthétique garyenne. Et l’on est en effet frappé par la diversité des thèmes rencontrés ainsi que celle des genres utilisés (sans oublier les versions anglaises et françaises), le tout rythmé par une théorie absolument saisissante de ce qu’Aragon appelait «le Mentir-vrai». Car Gary a toujours utilisé le faux pour dire le vrai. Pseudonymes (pas moins de trois dans sa carrière), faux entretiens, faux récits, romans autobiographiques mensongers, etc., composent une œuvre personnelle et unique. Les textes de Gary sont toujours proches du lecteur précisément parce qu’ils sont troubles et terriblement humains. Il n’y a pas ou peu chez lui de posture littéraire (il suffit de voir ses films, quelque peu ratés !).

Ce livre constitue ainsi une contribution à la connaissance de l'œuvre d’un écrivain majeur, dont l’importance ne cesse de croitre avec le temps. Rappelons que Romain Gary s’est suicidé fin 1980, d’où les hommages qui paraissent actuellement ci et là.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/02/2011 )
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