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L’Album hommage
Claire Balavoine   Alain Marouani   Daniel Balavoine
Flammarion 2014 /  29,90 € - 195.85 ffr. / 159 pages
ISBN : 978-2-08-133499-1
FORMAT : 23,3 cm × 28,0 cm
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"Il est criminel de ne pas pratiquer l’amour comme un moyen de réduire le malheur d’autrui. Et ce n’est que dans l’amour pour les malheureux, pour ceux qui ne sauraient être autrement, que le sacrifice couronne l’amour. Il n’y a pas de profondeur dans l’amour sans sacrifice car la profondeur exige un grand renoncement. La vie ne paraît avoir de sens que dans le sacrifice. Mais, ironie amère, le sacrifice nous la fait perdre. Le sacrifice est l’affirmation suprême par un suprême renoncement. Se sacrifier pour quelque chose signifie découvrir une valeur au nom de laquelle on peut renoncer à tout ce que la vie nous offre ; par le sacrifice, on veut sauver quelque chose qui ne saurait exister que si la non-existence la compense. Mon anéantissement appelle à l’existence une autre forme de vie qui s’érige sur moi, qui suis devenu rien. Le sacrifice est une tentative pour sauver la vie par la mort. C’est ma mort qui est la condition de survie ou de naissance des valeurs ou d’un être" (E.M Cioran, Le Livre des leurres, 1936).

Bientôt 30 ans que Daniel Balavoine (1952-1986) et quatre autres personnes dont Thierry Sabine disparaissaient au Mali, victimes d’un accident d’hélicoptère durant le Paris-Dakar. Une semaine plus tôt, Balavoine arrivait en Afrique pour faire un reportage sur l’installation de pompes hydrauliques dans les zones arides traversées par la course. Avec Sabine, il veillait également à la bonne mise en place de l’opération, notamment en négociant avec les gouverneurs de régions. Du chanteur de groupe de rock en missionnaire humanitaire, il a fallu à peine 10 ans pour que Balavoine se crée un destin en parfaite adéquation avec son époque. Un destin tragique voire christique puisqu’il meurt à 33 ans dans des circonstances quasi sacrificielles.

Claire Balavoine (sœur ainée de Daniel) et Alain Marouani (photographe privilégié du chanteur) ont eu ce beau projet de rendre un hommage au jeune homme disparu. Claire raconte la trajectoire fulgurante de son petit frère et Alain illustre le propos de quelques belles photos (dont certaines étaient déjà bien connues). Quelques témoignages supplémentaires viennent corroborer la biographie romanesque d’un chanteur de pop-rock en état de marche comme il aimait à se définir. Patrick Juvet, Fabienne Thibault, Linda Lecomte, Catherine Ferry, Jean-Luc Roy, bref des gens très proches de Balavoine s’accordent sur les qualités indéniables de l’homme et le talent artistique du musicien. L'homme est un écorché vif, à la fois renfermé et grande gueule, sentimental et coureur de jupons. Mais c'est l'artiste qui compte, pas la vie privée : son œuvre est singulière et l'homme de scène a un charisme post-adolescent qui séduit.

Claire Balavoine s’intéresse tout particulièrement à la musique en évoquant les huit albums originaux du chanteur, déclinant ainsi chaque étape importante de sa formation. De son explosion en 1978 avec ''Le Chanteur'' et dans la foulée l’opéra Rock ''Starmania'' à ''Sauver l’amour'' en 1985, son tube posthume en passant par ''Mon Fils ma bataille'' et ''Vivre ou survivre'', autant de titres forts qui ont bercé les années 80 de leur mélodie électro-synthétique et de cette voix haut perchée qui montait jusqu’à trois octaves et demi.

Mais Daniel Balavoine était plus qu’un chanteur à minettes. Naïf, pudique, sombre et sensible, il voulait contribuer à changer les mentalités en s’investissant dans des causes qui lui tenaient à cœur. Avoir été concurrent deux fois du Paris-Dakar lui ouvre les yeux sur l’Afrique ; fréquenter François Mitterrand, sur le cynisme en politique ; avoir un frère militaire, sur l’hypocrisie des pouvoirs militaires. S’il passe par la parole (son métier, en fait) en invectivant de manière rhétorique le candidat Mitterrand ou en s’insurgeant devant les anciens combattants (deux épisodes célèbres en 1980 et 1983), l’action devient urgente et il décide en 1985 (largement inspiré par les courants Band Aid et Live Aid orchestrés par Bob Geldof) de passer à l’action.

Celle-ci aura raison de lui ce 14 janvier 1986 alors que l’hélicoptère dans lequel il se trouve se pose une première fois dans le désert face à la nuit noire empêchant toute visibilité. La voiture de Bernard Giroux part alors les rechercher mais l’hélico redécolle pour une raison qui, 30 ans après, reste inexpliquée. On pense à un passager blessé par un serpent, ce qui est assez probable et nécessite un rapatriement de toute urgence, et cette ultime prise de risque. Le pilote a une perte de référence, un patin touche le sol, l’appareil vacille, part en toupie, et s’écrase en se désintégrant sur une centaine de mètres.

Daniel Balavoine meurt avec les autres dans le désert qu'il aimait tant. Sa disparition tragique en fait une figure mythique car le public prend conscience de l’honnêteté du type et, du coup, de la portée de son œuvre artistique voire intellectuelle. La violence du choc moral éprouvé par ses admirateurs est à l’image du choc physique de l'accident. Il n’était pas prévu qu’un gamin surdoué et en même temps maladroit parfois dans ses déclarations disparaisse subitement dans les taules d'un hélicoptère au Mali.

30 ans après, il fait partie des références musicales incontestables de notre époque. Ses musiques raisonnent encore, sa prose est terriblement touchante et sa voix reste éternelle. Claire Balavoine et Alain Marouani, avec pudeur et respect, ont écrit un bel album. On n’en apprendra pas plus sur le chanteur de ce qu’on savait déjà mais ce dernier livre permet de ne pas oublier celui qui hurlait qu’il voulait mourir malheureux pour ne rien regretter.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 31/10/2014 )
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