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Praga magica
Marketa Theinhardt    Collectif   Prague
Citadelles & Mazenod 2005 /  199 € - 1303.45 ffr. / 495 pages
ISBN : 2-85088-154-6
FORMAT : 26,0cm x 33,5cm
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Je crois –voyez-vous- connaître ma petite mère Prague jusqu’au cœur et sans qu’aucun poète ne m’en ait rien dit. Il suffit de grandir au milieu de ces églises et de ces palais […] Ah, que d’histoires ils savent !». Rainer Maria Rilke livre tout à la fois le passé riche et tourmentée de Prague ainsi que la fascination que celle–ci produit chez les visiteurs, tout particulièrement chez les écrivains.

Ville labyrinthe, carrefour de l’Europe, témoignage d’une illustre histoire et d’une résistance souterraine à l’oppression, Prague est devenue depuis la Révolution de Velours un produit phare des tours operators avec ses passages obligés. Une visite au vieux cimetière juif en compagnie du Golem, un passage furtif à la villa Bertramka pour tenter de ressusciter Mozart, une pensée pour Jan Palach, place Saint-Venceslas, sans oublier l’achat d’une carte postale à l’effigie de Kafka, tout cela suffirait–il à s’imprégner de la légendaire magie de l’ancienne capitale du royaume de Bohême ?

Prague n’a pourtant rien à voir avec cette image de ville-musée au décor baroque «si pittoresque». Bien au contraire, son ambiguïté réside dans son combat séculaire pour défendre une identité nationale complexe. Dans cette capitale mythique de l’Europe centrale se côtoient et s’interpénètrent trois courants identitaires fondamentaux : tchèque, allemand et juif. Elle forme un tout, reflet de l’histoire européenne et formidable synthèse culturelle. Retracer son histoire architecturale et artistique en l’éclairant par les évènements politiques et religieux, depuis sa fondation jusqu’à nos jours, c’est là le projet ambitieux de l’équipe d’historiens d’art tchèques dirigés par Marketa Theindart, maître de conférences à la Sorbonne et ancien conservateur à la Galerie Nationale de Prague.

La ville «aux cent clochers» a certes suscité une littérature abondante, notamment depuis l’ouvrage de l’italien Angelo Ripellino, paru en 1973, Praga Magica. Mais le projet de cet essai d’anthropologie culturelle tient plus du voyage initiatique car il montre l’image de la ville chez certains écrivains tchèques et allemands des XIXe et XXe siècles. Le seul travail d’envergure publié en langue française est la remarquable Histoire de Prague de Bernard Michel, historien de l’Europe centrale contemporaine mais il traite surtout de l’histoire politique et religieuse de la cité.

Les éditions Citadelle et Mazenod nous donnent à voir et à lire un somptueux ouvrage, traduit du tchèque mais inédit, à la hauteur de son ambition, véritable somme en matière d’histoire de l’art. Selon un découpage certes très classique et peu original, mais qui présente l’immense avantage de permettre au lecteur néophyte de suivre pas à pas Prague à travers les siècles, les chapitres s’égrènent en menant un constant parallèle entre l’histoire du royaume de Bohême, l’histoire de Prague et les courants culturels qui s’y concrétisent. Devenue capitale de la Bohême sous la dynastie des Premyslides, puis capitale du Saint Empire Romain Germanique pendant le règne de Charles IV de Luxembourg, elle se mue en une grande cité et se pare de splendides monuments gothiques comme la cathédrale Saint-Guy ou l’église Notre-Dame-de-Tỷn. En ce foisonnant XIVe siècle, elle se dote également d’une université réputée. Si l’épisode hussite, à l’origine de décennies de violences religieuses, provoque des dégâts considérables dans la ville, il révèle néanmoins à quel point Prague joue un rôle prépondérant dans l’élan réformateur du XVe siècle. La cité retrouve d’ailleurs son éclat sous les Jagellon puis les Habsbourg et la Renaissance y apporte un charme tout méridional. Elle devient à l’époque de Rodolphe II l’un des plus brillants foyers de la culture européenne et après la guerre de Trente Ans, un véritable théâtre baroque au service de la Contre-Réforme. L’époque contemporaine achève de faire entrer Prague dans la légende en en faisant, probablement, le plus important centre européen d’avant-gardes culturelles.

Si cet ouvrage ne déroge pas à la tradition de grande qualité des éditions Citadelle et Mazenod, il revêt également un intérêt particulier par la richesse de son texte qui est bien plus qu’un simple accompagnement des planches. Fruit d’une réflexion achevée, il tente d’extraire de cette ville compliquée, fuyante, surabondante de trésors, une véritable identité. Paradoxalement, il insiste sur l’étonnante unité du paysage urbain pragois malgré les époques et les différents régimes politiques. La chance de Prague est de ne pas avoir connu de baron Haussmann et d’avoir été miraculeusement épargnée par les conflits successifs. C’est pour cela qu’elle a conservé ses identités successives : les témoignages de la ville romane coexistent harmonieusement avec la maison à la vierge noire, l’une des rares expériences architecturales cubistes au monde. Il faut rendre hommage au travail de l’équipe de Markéta Theindart qui a su nous livrer un ouvrage aisé à lire et à saisir sans pour autant abandonner une analyse scientifique poussée.

Seul bémol, la qualité de certaines images est à déplorer, ce qui est inhabituel pour les éditions Citadelles et Mazenod. Ainsi, plusieurs reproductions, comme celle de la basilique Saint-Georges (p.33), donnent à voir des couleurs criardes, et des hordes de touristes ! D’autres clichés ne sont visiblement pas d’une radicale nouveauté car, à l’instar de la mairie de Hradćany (p.136), ils présentent des monuments qui ont depuis 1992 bénéficié d’une restauration selon les règles de l’art. Peut-être faut-il y voir le reflet de l’absence de participation de photographes à ce projet éditorial.

Néanmoins, ne boudons pas le plaisir d’avoir entre les mains un splendide opus sur l’une des plus belles villes du monde et laissons-nous transporter dans des lieux désormais inaccessible aux visiteurs, comme la maison aux Trois-Rois, dans la rue Celetna, où la famille de Kafka habita, à l’ombre de Notre-Dame du Tỳn. «N’y allez pas si vous cherchez un bonheur sans nuage», disait Angelo Ripellino, mais laissons-nous bercer par la douce mélodie de cette cité infernale, réserve inépuisable de splendeurs.


Anne-Valérie Solignat
( Mis en ligne le 02/12/2005 )
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