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Pourquoi le Mal ?
Fabrice Humbert   L'Origine de la violence
Le Livre de Poche 2010 /  6,95 € - 45.52 ffr. / 341 pages
ISBN : 978-2-253-12946-2
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en janvier 2009 (Le Passage)
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Pourquoi le jeune Fabre, professeur de français qui se dit «l'homme le plus gentil du monde», «le plus doux qui soit», sent-il tapie en lui depuis qu'il est enfant une violence sourde qui l'effraie et qu'il sent prête à jaillir lorsqu'il se sent agressé ?

C'est dans son histoire familiale, comme bien souvent dans ce type de pathologie, que le narrateur va trouver des ébauches de réponse : au cours d'un voyage scolaire en Allemagne, lors d'une visite au camp de Buchenwald, le regard du narrateur s'arrête sur la photo d'un détenu ressemblant étrangement à son père, coïncidence troublante qui prend immédiatement la forme d'une révélation : il ressent le besoin irrépressible de retrouver l'identité du prisonnier et se lance dès son retour dans une enquête qui va le faire remonter soixante ans plus tôt, au cœur de son histoire familiale, et par-delà, dans les méandres de la grande Histoire, à l'époque où la France se fit complice, fût-ce passivement, de la barbarie nazie.

Il devient en effet clair dès ses premières recherches que l'homme de la photo, un juif dénommé David Wagner, n'est autre que son véritable grand-père, assassiné gratuitement par un officier nazi en 1942 à Buchenwald. Le narrateur découvre ainsi l'existence des Wagner, juifs émigrés d'Europe centrale, au moment où leur histoire croise celle de sa famille officielle, les Fabre, bourgeois normands établis depuis des générations, et dont le patriarche, Marcel, fut haut fonctionnaire sous Vichy : deux familles que tout opposait mais liées malgré elles par un amour interdit.

Ce qui dans un autre contexte n'eût été qu'une banale affaire d'adultère et de secret de famille éventé, prend un tout autre relief dans la quête du narrateur, amené à se plonger à nouveau dans les horreurs de l'extermination nazie, non plus en simple «visiteur», comme lorsqu'il accompagnait ses élèves à Buchenwald, mais comme victime indirecte, en tant que petit-fils d'un des milliers de juifs qui y ont été assassinés. Il est rapidement assailli par une foule de questions : son père sait-il qu'il est un Wagner, lui qui chez les Fabre a toujours fait figure d'original ? Son grand-père Marcel était-il au courant, et dans ce cas, quel rôle ont joué les Fabre dans la déportation de David ?

Menant sa recherche comme une enquête policière dont les dernières clés ne seront dévoilées que dans les ultimes pages du roman, le narrateur entraîne le lecteur dans ses pérégrinations, de France, où il interroge ses parents, exhume de vieilles archives, jusqu'en Allemagne, où il s'est installé avec Sophie, elle-même petite-fille d'un officier nazi qui a jadis rencontré David Wagner ! Et, butant sur la question incontournable du «pourquoi», le narrateur croit devoir s'intéresser aux bourreaux : qui étaient-ils, y avait-il quelque chose qui les prédisposait au mal qu'ils allaient commettre, auraient-ils dans une autre époque évolué différemment ? Ne sommes-nous pas tous finalement susceptibles de faire sourdre la bête sommeillant en chacun de nous, de commettre l'irréparable ?

Autant de questions qui fleurent malheureusement souvent le déjà lu... Car si Fabrice Humbert parvient à maintenir l'intérêt du lecteur jusqu'à la fin du livre, on peut cependant s'interroger sur l'efficacité de la parabole : bien sûr, retracer l'histoire entrecroisée de ces deux familles permet de mieux appréhender cette époque dantesque ; bien sûr, le récit de cet épisode tragique convoque aisément l'émotion ; bien sûr, dans ce contexte, le questionnement du narrateur sur le mal et l'origine du mal paraît bien légitime ; mais passant des années après Primo Levi, Semprun, Wiesel ou même plus récemment Jonathan Litell, qui ont creusé le problème autrement plus profondément, Fabrice Humbert semble par moments enfoncer des portes ouvertes. Et, de fait, si l'intrigue intéresse, souvent émeut, le roman ne parvient pas à atteindre la dimension philosophique que le titre, L'Origine de la violence, présupposait, et dont l'auteur semble avoir eu l'ambition.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 12/05/2010 )
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