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Amazone
Véronique Ovaldé   Ce que je sais de Véra Candida
Le Livre de Poche 2011 /  6,70 € - 43.89 ffr. / 313 pages
ISBN : 978-2-290-02205-4
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2009 (L'Olivier)
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Comme dans tous les romans de Véronique Ovaldé, il y a d'abord l'invention d'un monde, à la lisière du merveilleux et du fantasque : ici l'île de Vatapuna, à la végétation luxuriante et au climat chaud et étouffant, qu'on pourrait situer quelque part dans les Caraïbes ou en Amérique du Sud. Dans cette île mystérieuse, une femme au nom évoquant une reine amazone, Rose Bustamente, jadis la plus belle putain de l'île, reconvertie sur le tard en pêcheuse de poissons volants.

L'histoire commence lorsqu'elle tombe enceinte, par un accident d'autant plus imprévisible qu'elle a quarante ans passés, et met au monde une fille, Violette, qu'elle élève seule dans sa petite cabane miteuse en bord de mer. Comme si le destin devait se répéter, quinze ans après, la jeune Violette enfante à son tour une fille de père inconnu, Véra Candida. Et lorsque cette dernière tombe à son tour enceinte, à quinze ans également, tout porte à croire que le même scénario va se répéter, et que les femmes issues de la lignée de Rose sont vouées à devenir des filles-mères pour l'éternité, dans une île où le temps semble s'être arrêté.

Sauf que Véra Candida, véritable héroïne de cette histoire aux allures de vieux mythe exotique, décide, comme un Œdipe féminin des tropiques, de briser ce qui ressemble fort à un maléfice, et fuir la fatalité : elle sent que pour cela il lui faut d'abord quitter l'île, et s'embarque pour Lahomeria, la ville la plus proche sur le continent, pour y mettre au monde son enfant. Une fille, évidemment.

Débute alors le récit d'une magnifique émancipation, dans une contrée imaginaire qui donne à cette histoire l'allure d'une fable, mais à portée universelle. Car à Lahomeria, où la police est pourrie et violente, les femmes et les fillettes victimes des hommes, le pain dur à gagner, Véra Candida se heurte aux mêmes obstacles que ceux que nous connaissons dans le monde réel, pour subsister avec cette enfant qu'elle n'a pas voulue, mais à laquelle elle s'attache chaque jour plus fortement : nous la suivons du foyer pour jeunes mères où elle a été recueillie, à l'immeuble miteux dans lequel elle trouve à se loger après avoir trouvé un emploi de nuit dans une usine. A Lahomeria, sorte de concentré des villes des pays les plus pauvres de la planète, Véra Candida n'a comme seul but celui de protéger sa fille Monica, et peut-être lui offrir le moyen de s'en sortir.

Or dans cet univers misérable où les femmes doivent constamment se protéger des hommes, la tendresse parvient malgré tout à s'imposer : elle apparaît comme par magie en la personne du journaliste Itxaga, manifestement le seul homme honnête et droit de la ville, sorte de preux chevalier de Lahomeria, qui tombe éperdument amoureux de Véra et lui offre son toit, ses soins et son amour.

Véra Candida, qui semblait n'être née que pour avancer droit devant elle, sourcils froncés et poings fermés, sa fille calée contre sa hanche, apprendra peu à peu que la vie peut, par moments, ressembler à autre chose qu'une éternelle bataille. Que le sexe n'est pas que violence mais amour, que les hommes ne sont pas que des géniteurs irresponsables mais peuvent devenir des pères d'adoption, comme Itxaga pour Monica. Car Véra Candida ne s'émancipe pas seulement de son milieu social et de sa lignée de filles-mères, mais également de leur incapacité à aimer et être aimées.

Par cette description d'un monde légèrement décalé du réel, mais malgré tout terriblement crédible, Véronique Ovaldé nous offre, d'une écriture alerte, à la fois féérique et crue, où la dureté côtoie l'humour, un formidable roman initiatique et atemporel. Ici les femmes ne parlent pas, ne se parlent pas, ou peu, mais agissent, en dépit des secrets qu'elles conservent ou dont elles sont exclues. L'auteur nous interroge sur la transmission entre les mères et leurs filles, sur ce qui passe, malgré le silence, d'une femme à l'autre, et sur ce dont elles doivent se libérer pour exister. Comme Rose Bustamente l'avait maintes fois dit à sa petite-fille : «Dans la vraie vie, on ne comprend pas toujours tout, il n'y a pas de notice, il faut que tu te débrouilles pour faire le tri.»

Ce que je sais de Véra Candida n'est ni le premier ni le dernier roman qui nous parle des mères, de leurs filles, de l'amour, de la vie et de la mort. Comment expliquer alors que nous ne sortions pas indemnes de notre lecture ? Peut-être par cette impression qu'il donne de nous être immergés dans un mythe très ancien et comme vaguement familier, un conte qui, à la manière des fables de notre enfance, parle à chacun de nous, et touche à l'universel.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 16/09/2011 )
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