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Fortune des rues
Charles Bock   Les Enfants de Las Vegas
Seuil - Points 2011 /  8.50 € - 55.68 ffr. / 603 pages
ISBN : 978-2-7578-2377-4
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication française en septembre 2009 (L'Olivier)

Traduction de Pierre Guglielmina

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Le samedi soir à Las Vegas, les casinos tournent à plein régime et avec eux les boîtes de strip-tease, les fast-foods, les prêteurs sur gages, tout ce qui fait vivre cette ville qu’alimente l’industrie du divertissement. Las Vegas, avec son flux d’argent, de lumière, de tensions continues, n’est pas peuplé que des touristes qui viennent flamber, mais aussi des employés de toute cette industrie, et encore de l’interlope faune urbaine qui erre dans toutes les métropoles du monde. Mais les uns comme les autres ne peuvent être ici tout à fait les mêmes qu’ailleurs, l’éclat si singulier de la ville ne peut qu’attirer les insectes nocturnes les plus remarquables, et ne pas laisser indifférents même ceux qui aspirent à l’existence la plus banale.

Charles Bock a isolé quelques spécimens et les fait évoluer dans ce formidable bouillon de culture où se développent le vulgaire et le malsain. Ce sont eux «les enfants de Las Vegas», eux les produits de ce développement extrême d’un certain modèle de civilisation. Ils sont trop geeks, trop punks, ou simplement trop ambitieux pour se satisfaire du confort banlieusard de l’American way of life, ou bien trop formatés par ce mode de vie pour ne pas avoir viré punk ou geek dans la décadence qu’engendre son stade ultime.

L’expérience se déroule autour du Strip en moins de vingt-quatre heures, de la montée de fièvre du samedi soir à la descente du petit matin. Mais le roman permet d’embrasser dans cet espace-temps restreint le passé qui a façonné ces êtres, leurs relations, leurs attitudes ; et le futur qu’engendrent fatalement leurs comportements, les choix, les dérives qui ont lieu cette nuit-là.

Le lecteur observe avec une exaltation croissante ces personnages qui se croisent entre le crépuscule et l’aube, ces enfants de tous âges, perdus de bon ou de mauvais gré. Ils vagabondent à la poursuite d’une fête dont la ville ne laisse deviner que des miettes dans ses rues, ne sachant pas bien eux-mêmes ce qu’ils recherchent. Las Vegas leur exhibe l’argent, la drogue et le sexe, mais ses enfants en connaissent surtout les néons glauques, les sensations factices, les divertissements dérisoires. Il faut toujours augmenter la dose, faire plus fort, plus brutal, pour trouver ce qui serait véritablement excitant, un tatouage en trois dimensions ou un concert sauvage en plein désert. Les perspectives y sont aimantées, mais le tableau n’est pas flatteur. Les «beaux enfants» mènent des vies sordides, l’auteur décrit leur vertige devant le gouffre, leurs fascinations sulfureuses. Pourtant quelques touchantes lucioles émergent de cette nuit noire, avec la tendresse résurgente d’un couple dont le fils a fugué ou le baiser d’une fille au crâne rasé.

L’impression produite est complexe pour le lecteur qui voit ces personnages passer sur le Strip, se croiser, se rencontrer ou se confronter ; et découvrir par fragments leurs histoires, toutes différentes, brisées, échouées, en sursis ou sur le point de se relever à Vegas. Des personnages d’abord secondaires sont explorés progressivement, la narration est riche et pique la curiosité. A mesure que se font jour ces intrigues mêlées, ces trajectoires humaines, le livre s’enfonce dans la nuit de la métropole la plus artificielle, celle où le mode de vie urbain est le plus dur, tendu, désincarné. L’existence perpétuellement en suspens, il faut en permanence la réinventer, pour faire face aux stimulations nombreuses et diverses. L’échange est tour à tour fuit, contraint, recherché, et les stratégies de survie finissent par se transmettre entre les enfants de la rue.

«C’était un tour de force, un mélange de théâtre engagé et de performance artistique, avec quelques pincées de territorialisme fondé sur les phéromones pour faire bonne mesure, chaque geste de Daphney était simultanément doux et agressif, suffisant et important, chaque mot était prononcé comme si elle était une vendeuse de télémarketing devant remplir son quota, le dernier jour du mois.
Elle a dit à la fille qu’elle ne voulait pas que ça s’ébruite, qu’elle ne voulait pas que ça devienne, genre, à la mode, mais qu’elle était un peu étonnée de ne pas voir débarquer là plus de gens des rues. "Vraiment, si t’y réfléchis, Vegas, c’est un bon endroit où atterrir"»
.

C’est tout cela que recèlent les pages des Enfants de Las Vegas, l’artifice et la confidence, l’excitation et le désespoir, l’intégration sociale et les échappatoires radicaux. Les personnages, eux, ces cobayes d’un monde qui les dépasse, qui s’est emballé, et que plus rien ne maîtrise, doivent s’y débattre avec leurs petits moyens, leurs illusions perdues, et ce qu’il leur reste de candeur enfantine.

Au final, le roman est putassier comme la ville, mais il remue aussi comme ses enfants.


Marc Lucas
( Mis en ligne le 22/06/2011 )
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