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Mauvais trip
Pierre Ducrozet   Requiem pour Lola rouge
Actes Sud - Babel 2020 /  7,10 € - 46.51 ffr. / 125 pages
ISBN : 978-2-330-13914-8
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en septembre 2010 (Grasset)
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Un petit loubard dont on ne connaît que l'initiale, qui vit d'expédients procurés par son habileté manuelle ou la sophistication qu'il entretient malgré la dèche ; et qui se rêve plus fort, plus libre, plus élégant. Un jeune auteur qui a donné son initiale à son héros, et qui se rêve lui aussi en fier-à-bras des boulevards, puis en aventurier autour du monde. La littérature est clémente, et elle donnera à P. la chance de s'embarquer dans ces voyages fantasmés. Ce petit livre est un précipité d'errances oniriques où l'énigmatique Lola rouge joue le rôle du lapin blanc.

Malheureusement, les pays pour lesquels s'embarque l'aventurier en herbe sont plus décevants que merveilleux. L'auteur imaginait certainement libérer dans sa prose les inspirations géniales de l'inconscient en s'adonnant à une écriture plus ou moins automatique. Mais pour transcender le réel, il faut que son univers intérieur en soit capable. Et en se laissant guider dans les pas de Lola rouge, on ne trouve que des pulsions communes, des aspirations refoulées. Le malaise est bien banalement exprimé, et les fantasmes sonnent petit-bourgeois : «- Le seul jeu qui soit. Celui auquel on joue tous sans l'avoir demandé. Le monde, quoi. Tout ça sur des rails, bien huilés, chacun son domaine, et puis chacun sa chambre, celle du jour, celle de la nuit. (...) Rêver, ce n'est pas être libre, c'est une pause pour supporter. Et moi j'ai voulu y vivre. Rester dans cette drôle de chambre un peu plus d'une nuit».

P., ou Pierre Ducrozet, prétend «faire oeuvre», aimerait qu'on lui accorde beaucoup d'attention, pense mériter d'être interprété en profondeur. Mais l'atmosphère onirique se dissipe vite, pour faire place à un catalogue d'associations plus contrôlées que libres et d'expressions ressassées, choisies plus parce qu'elles siéent à l'ambiance recherchée que pour leur inventivité : «Elle était ce que j'espérais, rien d'autre qu'une projection en technicolor échappée de mon cerveau malade». Si l'escalier qui conduit directement de Lisbonne à Paris amuse, la litanie de noms de villes exotiques et décoratives lasse vite. La frontière entre sophistication et artifice est ténue ; et le narrateur ressemble vite à un mauvais acteur qui tord outrancièrement la bouche pour jouer la gouape ou parler une langue qu'il ne maîtrise pas.

Il s'imagine en gangster classieux ou en nouveau beatnik céleste, mais il n'expérimentera vraiment que les bas-fonds et les prisons du sud-est asiatique. L'auteur lui-même ne paraît pas sûr de ce qu'il écrit et se retrouve contredit par le fil de sa plume trop paresseuse, qui peut revendiquer la flottaison douze lignes après avoir nié le flottement : «Je doute, parfois, le soir, que cette cavale soit bien réelle, car toujours, dans la vie, même dans les longues périodes d'euphorie où l'on danse plus qu'on ne marche, on trouve de ces petits temps de flottement, d'ennui léger, qui équilibrent la balance et font la joie à venir plus grande. (...) Mais ici, avec Lola, point de tout ça. Une perpétuelle flottaison orgasmique».

Drôle de plaisir, bien artificiel, ressemblant à celui des hippies suivistes persuadés de trouver l'amour et la paix dans l'augmentation des doses de LSD. Et le roman d'ailleurs n'échappe pas aux clichés qui ont baigné la culture psyché-pop depuis plusieurs décennies, par exemple en empilant allègrement Bangkok, drogue et musique. Peut-être Pierre Ducrozet est-il plus malin que ça pour conclure malgré tout : «Je suis donc ce fétu de paille qu'on prend plaisir à trimbaler, qui ne se révolte de son infâme condition que par d'épars soubresauts, insignifiants, vite oubliés» ; mais l'esprit de Lola rouge a bien fait long feu.


Marc Lucas
( Mis en ligne le 05/10/2020 )
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