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Mon demi-moi
Jérôme Garcin   Olivier
Gallimard - Folio 2012 /  5.95 € - 38.97 ffr. / 164 pages
ISBN : 978-2-07-044793-0
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication en mars 2011 (Gallimard - Blanche)
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On connait Jérôme Garcin pour l'animation du «Masque et la Plume» tant attendu du dimanche soir. Le ''Masque'', c'était le seul moment pendant lequel, dans la voiture, de retour de week-end ou de vacances, nous n'avions pas le droit de parler, le seul instant où la voiture roulait en silence, juste animée par les débats houleux de l'émission radiophonique qui a bercé notre enfance et notre jeunesse et qui continue de nous réjouir.

On connait Jérome Garcin pour ce qu'il veut bien dévoiler, pour son amour du pays d'Auge, sa passion des chevaux. Ces mêmes chevaux qui lui ont fauché trop tôt un être cher ; son père qui a chuté mortellement. «Un mélange d'allégresse, d'élasticité, d'émerveillement, d'inconscience et de témérité : même pas peur. Avec lui, je galope en arrière dans la poussière du temps».

Dans ce chef d'œuvre, on découvre un Jérôme Garcin qui parle avec délicatesse du deuil, de la perte de l'être cher, de la sécurité jamais retrouvée, de la confiance perdue ; un Jérôme Garcin bousculé par la vie, par les épreuves, par les accidents. Un Jérôme Garcin au ton toujours juste, tout en finesse, tout en retenue.

«La nature se réveille, elle n'ose pas vraiment s'étirer, se mettre debout, elle semble craindre encore le retour du grand froid. On la sent intranquille. Elle nous ressemble, nous qui passons notre vie à tenter de nous remettre des chocs originels, fondateurs, sans oser nous redresser tout à fait et nous abandonner simplement au bonheur, comme si un nouveau danger nous guettait, une tempête, une grêle, un orage, un glissement de terrain, un incendie, une embardée folle».

On connait «un peu» Jérôme Garcin à travers ce qu'il a pu nous livrer souvent pudiquement et toujours élégamment sur lui, sur sa vie dans ses œuvres littéraires précédentes. On découvre un Jérôme Garcin dont la vie s'est arrêtée un soir d'été ; son frère jumeau a traversé la nationale et a été fauché par une voiture, les jumeaux avaient 6 ans. Depuis, Jérôme Garcin vit avec la moitié de lui-même, dans la culpabilité du vivant se demandant si ce n'est pas un privilège que de partir tôt. «Survivre à son frère jumeau est une imposture. Pourquoi moi et pas toi ?»... «Sans cesse, il m'a fallu justifier d'être là, redoubler d'activités mais aussi d'équité, donner une légitimité à mon entrain, combler jour après jour le vide que tu as laissé et tenter, avec une rigueur d'orfèvre, d'équilibrer les deux plateaux du trébuchet».

L'écrivain décrit parfaitement son rapport à la vie troublé, son repli sur lui, son goût marqué pour l'imparfait : «C'est pourquoi, je n'ai jamais connu la désinvolture, la frivolité, l'imprévoyance, la déraison et encore moins la grâce ; je préfère la solitude à la fête ; je ne supporte pas l'iniquité ; je ne sais pas perdre mon temps, je mesure trop bien combien il est parcimonieux et compté».

Mais Jérôme dit aussi son enfance choyée dans un contexte marqué mais aimant... «Car la mort d'un enfant est un scandale, et l'accepter, c'est abdiquer». «Nous avons été gâtés, nous avons été aimés, et nous nous sommes aimés d'avoir été aimés ensemble. C'est un trésor qui n'a pas de prix. C'est du miel liquide qui coule en moi, inépuisable».

Ce magnifique récit est aussi une ode à sa femme, Anne-Marie Philippe – fille de Gérard Philippe -, parti trop tôt lui aussi, qu'il décrit comme «sa jumelle positive». «Sans elle, je marcherais en arrière. Au risque de me rompre le cou dans un puits sans fond», dit Jérôme Garcin. «Elle a brisé une à une mes digues. Elle m'a enjoint d'ouvrir les vannes. (...) J'ai cessé grâce à elle d'être le taiseux stendhalien qui fanfaronne à la galerie mais s'enferme et s'y complait dans la mélancolie. J'ai appris à me démasquer sans redouter le jugement d'autrui. (...) Elle m'a épargné cette maladie, dont on peut mourir, le mutisme et sa boule de secrets amalgamés qui grossit avec les années et finit par étouffer».

Sur sa vie de famille et les rapports qu'il entretient avec ses enfants, Jérôme Garcin laisse paraître là aussi sa peur de l'avenir, son angoisse de voir le bonheur lui échapper, sa crainte de l'accident. «A tort ou à raison, j'ai été un papa maman, toujours trop inquiet de ce qui pouvait leur arriver».

Enfin, l'écrivain explique le rôle libérateur de l'écriture ou comment elle s'est imposée à lui pour coucher sa souffrance et son malaise sur le papier. «Parmi tout ce que tu m'as appris, il y a d'abord ceci : on écrit pour exprimer ce dont on ne peut pas parler, pour libérer tout ce qui en nous, était empêché, claquemuré, prisonnier d'une invisible geôle. Et qu'il n'y a pas de meilleure confidente que la page blanche à laquelle, dans le silence, on délègue ses obsessions, ses fantasmes et ses morts. Tu m'as révélé l'incroyable pouvoir de la littérature, qui à la fois prolonge la vie des disparus et empêche les vivants de disparaître. (...) Le silence, qui est la vraie mort des absents, m'a été épargné»

C'est l'un des plus beaux récits sur le deuil, sur le chagrin ou le manque d'un être cher. C'est un récit d'une rare sensibilité, des phrases qu'on a envie de noter à chaque page ; des lignes qu'on aurait voulu pouvoir écrire. «Je crois à la secrète communion de tous ceux qui perdent un être chéri, plus particulièrement un enfant (…). Elle repose sur une illusion capitale : chaque expérience du deuil est une expérience unique, irréductible, en apparence incomparable, et pourtant, dès qu'elle est couchée sur le papier, elle devient universelle, chacun de nous peut s'y reconnaître. On y lit ce qu'on a le sentiment d'y avoir soi-même écrit».


Anne de Gaillande
( Mis en ligne le 10/09/2012 )
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