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Année 1957
Boualem Sansal   Rue Darwin
Gallimard - Folio 2013 /  6,95 € - 45.52 ffr. / 298 pages
ISBN : 978-2-07-045050-3
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en Août 2011 (Gallimard)
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Après Le Village de l'Allemand, primé en France et en Belgique, traduit en plusieurs langues et censuré en Algérie, Boualem Sansal présente ce cinquième roman d'inspiration en partie autobiographique. Autant engagé que les précédents vis-à-vis des dérives islamistes - et non de l'Islam -, l'ouvrage paraît toutefois plus distancié par le biais de la parabole et propose une réflexion élargie à d'autres formes d'intolérance.

Suite au décès de sa mère, Yazid, aîné d'une grande fratrie dispersée dans le monde, revient, étranger parmi les siens, rue Darwin, à Belcourt (rebaptisé Belouizdad), l'ancienne «favela» algéroise de son enfance où, comme Albert Camus, il a connu la pauvreté absolue et une grande fraternité. Issu du croisement impertinent entre misère et opulence, il se présente comme un bâtard, «fils de pute», héritier de la toute puissante Djéda, monstrueuse grand-mère-patrie, tenancière d'un gigantesque «bordel» où la corruption rime sans vergogne avec religion, révolution, inquisition... et pourquoi pas avec Vichy à ses heures, pourvu que son pouvoir règne.

C'est ainsi avec les yeux grands ouverts que le narrateur laisse affleurer ses souvenirs autour de l'année 1957. Bruits de fureur et mots d'ordre contradictoires : Vive la France. Vive l'Algérie. Tout juste venu de son village à huit ans, il est aussitôt enrôlé comme activiste dans la «Bataille d'Alger» (film cité de G. Pontecorvo), qui est selon lui non pas une bataille authentique mais «un épisode policier dans une ville interdite (...)». Il assiste, dit-il, au début d'un «assassinat généralisé» qui aujourd'hui perdure encore, bien au-delà du cessez-le-feu et des années de guerre civile, sous le regard complice des dirigeants à nouveau réélus. Rien n'a changé.

Lui seul est resté au pays auprès de sa vieille mère malade. À la faveur de leurs études, ses frères et soeurs en sont partis, infidèles, vers d'autres territoires, Canada, France, Amérique..., dont le nom résonne comme celui des paradis chimériques (Harraga, B. Sansal, 2005) pour lesquels tant de jeunes s'égarent ou meurent sur la route de la liberté. Il a vécu toutes les guerres, toutes les tyrannies et les notoires infamies passées sous silence d'une gouvernance coupable, au temps «de la police et des milices, du chômage et de l'ennui, de la rapine et de la famine, des spoliations, des convocations, des queues sans fin (...)».

À chacun son Belcourt. Les uns et les autres n'en gardent pas le même souvenir. Pour l'ex enfant de ce quartier dont la famille partageait ses quelques subsides avec le rabbin aussi désargenté, la guerre déclarée contre Israël en 1973 était impensable. Déjà évoquée dans Le Village de l'Allemand, la parenté entre la Shoah et la tuerie algérienne sous prétexte religieux se confirme, toute proportion gardée, mais à la différence de l'extermination des juifs d'Europe par des nazis identifiés, cette dernière, insaisissable, n'a pas de visage : les responsables d'inqualifiables crimes contre l'humanité ont rechaussé sans bruit leurs babouches et retrouvé leur emploi en toute sérénité.

Contre de telles dérives, oui certes, il faut faire la guerre. De même, le héros trouve justifiée la lutte contre toute forme d'oppression ou de rejet d'une communauté par une autre, notamment contre l'homophobie, un combat si marginal en pays musulman, ou encore contre la francophobie, dernière née des intolérances d'un régime absolu qui tend à mutiler le pays de ses racines et de ses apports polyculturels. Toujours sous couvert de fiction, avec l'hôtel Lutetia pour décor (Lutetia, livre de P. Assouline cité), dont on peut se demander si elle est vraiment nécessaire, le récit se resserre autour d'un discours pacifiste visant à rétablir un dialogue fraternel intercommunautaire... sans assassins.

Déjà interdit d'emploi et de publication dans son pays où ses prises de position lui valent désormais injures et menaces de mort, Boualem Sansal a reçu à Francfort, le 16 octobre 2011, le Prix de la paix 2011 des libraires allemands. Nous nous en réjouissons.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 01/04/2013 )
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