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La baladine
Joseph O'Connor   Muse
10/18 2013 /  8.10 € - 53.06 ffr. / 328 pages
ISBN : 978-2-264-05909-3
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication française en août 2011 (Phébus)

Carine Chichereau (Traducteur)

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Londres, 27 octobre 1952. Alors qu'une tempête a frappé la ville toute la nuit, une vieille dame lutte contre le froid et la faim qui la tenaille dans un garni misérable. Triste destin que celui de Molly Allgood, comédienne autrefois célèbre, que ses voisins actuels considèrent comme une indigente alcoolique. Des vapeurs de mauvais gin émerge l'image d'un homme que Molly a passionnément aimé bien des années plus tôt. «Cela arrive à tout le monde : l'irruption d'une personne que nous croyions oubliée ou avions délibérément reniée».

Cette personne n'a rien d'un anonyme puisqu'il s'agit de John Millington Synge. Molly et lui ont entretenu une relation tumultueuse au cours des deux années qui ont précédé la mort du dramaturge irlandais en 1909. Une liaison souvent clandestine pour échapper à la méchanceté et l'hypocrisie ambiantes. «L'indigène de Johnny Synge. La servante du fils de famille protestante. La putain du play-boy de Kingstown. Toutes ces injures lancées par les beaux esprits de l'intelligentsia dublinoise résonnent encore à tes oreilles au bout de quarante ans».

L'âge, le milieu social et la religion, tout alors sépare les deux amants. Synge, cofondateur du théâtre de l'Abbaye avec WB Yeats et Lady Gregory, vient d'une riche famille protestante, il approche de la quarantaine. Molly, catholique, d'extraction modeste, souhaite briller sous les feux de la rampe, elle n'a que dix-huit ans. Malgré l'amour qu'il porte à celle qu'il nomme son «enchanteresse» et ses jours qu'il sait comptés car il se sent condamné par la maladie, Synge ne parviendra à s'affranchir ni des convenances qu'il a intégrées ni d'une tyrannie maternelle qu'il subit mais accepte tout autant.

Contrairement à ce que ce point de départ semble impliquer, Muse n'a rien d'une biographie un peu romancée. Joseph O'Connor en avertit d'ailleurs le lecteur. «Muse est une œuvre de fiction qui prend souvent d'immenses libertés avec la réalité. Les expériences et la personnalité des vrais Molly et Synge diffèrent de celles de mes personnages d'innombrables manières. Les chercheurs ne doivent pas se baser sur la chronologie, la géographie ni les portraits qui apparaissent dans ce roman». Ces «immenses libertés» donnent naissance à un roman lyrique, puissant et dense dont la forme particulière renforce la complexité.

En grande partie écrit à la deuxième personne du singulier, Muse fonctionne comme la mémoire. Il n'y a pas de chronologie dans les souvenirs qui affluent dans l'esprit de l'héroïne. Ce sont des associations d'idées, des images, des morceaux de poèmes ou de chansons, des fragments dispersés qu'il appartient au lecteur de relier afin de retracer l'histoire de Molly et d'enrichir son portrait de nuances subtiles. Synge, le théâtre, l'Irlande, l'épopée américaine marquée par le succès puis la chute, sa sœur qui est devenue une star à Hollywood, les bonheurs et les humiliations, ses mariages et ses enfants...

Au fil des heures de cette journée particulière d'octobre 1952, parallèlement au monologue intérieur de Molly, le lecteur suit l'errance de la vieille dame dans les rues londoniennes encore marquées par le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale, les différents lieux où elle s'arrête en quête d'un peu de chaleur humaine, les gens qu'elle rencontre, puis son arrivée dans les studios de la BBC où elle doit tenir un petit rôle mal payé dans une pièce radiophonique.

La structure rappelle l'Ulysse de James Joyce pour lequel Joseph O'Connor avoue une immense admiration, mais l'hommage est plus vaste tant Muse bruisse de références à la culture irlandaise. Sans cependant s'y enfermer ce qui donne au roman une dimension supplémentaire.

Une lecture exigeante d'où jaillissent de purs instants de grâce.


Florence Cottin-Bee
( Mis en ligne le 25/01/2013 )
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