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Vie de Jésus
Giovanni Papini   Histoire du Christ
Le Livre de Poche - Biblio essais 2011 /  8 € - 52.4 ffr. / 572 pages
ISBN : 978-2-253-15628-4
FORMAT : 11cm x 17,5cm

François Livi (Préfacier)

Gérard Genot (Traducteur)

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Si le monde vous hait, rappelez-vous qu’il m’a haï le premier» - Jésus de Nazareth

Attention grand livre ! Car s’atteler à l’histoire du Christ, c’est prendre le monde à bras le corps, c’est appréhender l’immensité de l’être, accepter la misère de l’Homme, c’est se confronter à la barbarie et à la haine, c’est se sentir fils de la création, c’est penser être l’élu, c’est aussi se prendre pour Dieu ! Et quel autre écrivain italien que Papini pouvait envisager une telle entreprise (excepté Malaparte peut-être…) ?

Giovanni Papini (1881-1956) n’en est pas à son coup d’essai. En 1920, alors qu’il subit une profonde crise mystique qui le pousse à écrire Histoire du Christ, il est déjà l’exemple frappant de l’écrivain au tempérament corsé, un insoumis nihiliste qui rejette le christianisme, un mémorialiste subtil, déprimé et efficace, dont les positions, aussi contradictoires et affichées soient-elles, plaisent ou choquent selon les coups d’éclats. Il a flirté avec les mouvements fascistes de son temps…

En 1912, il publie Un homme fini où il revient sur sa jeunesse, il a à peine 30 ans et il se voit déjà condamné, jeté aux oubliettes. Six ans plus tard, alors qu’il commence son nouveau projet, il s’explique en ces termes : «L’auteur de ce livre en écrivit un autre, il y a des années, pour raconter la triste vie d’un homme qui voulut, un moment, devenir Dieu. A présent, dans la maturité des ans et de la conscience, il a tenté d’écrire l’histoire d’un Dieu qui s’est fait Homme». Toute la genèse du livre est là. Il y a le Christ et l’écrivain : deux êtres puissants dotés de pouvoir, deux martyrs qui souffrent, deux victimes qui agonisent, deux génies qui foudroient. L’un ressuscite et sauve le monde, l’autre est atemporel par sa prose et redonne au Christ toute la dimension de son éternité. Jésus et Giovanni ne pouvaient que s’entendre sur ce projet à la fois esthétique, historique, morale, et chrétien.

Papini l’érudit revient donc sur les textes des Évangiles. Il réécrit d’une certaine façon les grands chapitres de la vie de Jésus dans un style à la fois flamboyant, populaire, violent et polémique, en se détachant foncièrement et avec véhémence de tout ornement stylistique. Usant parfois d’un lyrisme purement exalté, il parvient peu à peu à toucher la grâce en usant à la fois de violence verbale, d’images saisissantes et d’envolées assassines sur la médiocrité et la cruauté des hommes. De même que les vérités s’écrivent avec le sang, Papini écrit son ''roman'' en trempant sa plume dans les veines du Christ agonisant sur la croix. On est sidéré de revivre cette aube de l’humanité car elle contient dans son récit les grandes paraboles de la foi et de la vie d’un saint. Jésus, l’homme, l’individu, l’être de chair et de sang, le premier héros des temps modernes dirions-nous, vit dans un monde où la barbarie fait rage, où la misère des hommes et la sauvagerie des puissants reviennent sans cesse. Jésus en sera l’exemple expiatoire. La fin des apôtres telle que nous la décrit Giovanni est d’une cruauté terrible. Pierre, par exemple, sera crucifié à l’envers, la tête vers le sol, attendant que la mort le délivre de ce supplice infâme. Judas, meurtri et honteux, se pendra peu après la mise à mort du Christ.

Papini écrit dans un style foudroyant : «Le sang des quatre blessures du Christ s’était figé autour des têtes des clous, mais chaque secousse en faisait sourdre d’autres filets qui coulaient lentement le long de la croix et tombaient goutte à goutte par terre. La tête, sur le cou endolori, penchait d’un côté ; les yeux, ces yeux mortels où Dieu s’était montré pour regarder la terre, étaient noyés et vitreux dans l’agonie ; et les lèvres livides, crevassées par les larmes, desséchées par la soif, contractées par le souffle laborieux, montraient les effets du dernier baiser, le baiser empoisonné de Judas».

Dieu est même un peu vengeur, promettant aux âmes viles et basses un séjour au purgatoire histoire de leur faire racheter leurs péchés. Mais Jésus, l’homme de la miséricorde et de la bonté, accomplit cet acte que Papini inscrit parmi les plus divins : pardonner aux bourreaux qui l’ont torturé puis crucifié.

L’histoire de Jésus est notre histoire à tous, semble nous dire l’écrivain italien. Le rapport à l’autre, à l’amour, au pouvoir, à l’argent («La monnaie porte en soi, en même temps que la sueur grasse des mains qui l’ont palpée et saisie, l’inexorable contagion du crime. De toutes les choses immondes que l’homme a manufacturées pour salir la terre et se salir, la monnaie est peut-être la plus immonde») est universel et brillait aussi bien en 33 qu’en 1920. Ne parlons point de 2011 où les Judas en puissance travaillent en silence et sans remontrance ! Le Judas de 33 s’en est allé se pendre (reconnaissons-lui au moins cette dignité ; qu’en est-il de celui de 2011 ?), et sur cette question de la trahison diabolique, Papini ne peut trancher. Révèle-t-elle la prophétie du Christ, ou renvoie-t-elle à la barbarie mimétique des hommes ?

Reste un texte flamboyant, immensément généreux, qui a été bâti, comme le précisait son auteur, pour les mécréants, les incroyants, les sceptiques et non pour les convertis qui, eux, se rattachent déjà à bon nombres de livres écrits spécialement pour eux. Papini écrit cette histoire du Christ en montrant comment un homme, cet homme, est mort pour le rachat des péchés des autres. En cela, et hurlant au Dieu silencieux le pourquoi de cet abandon, il est notre raison de croire non pas à ce qui pourrait éventuellement se passer au bout de la vie, mais durant celle-ci. En cela, le livre de Papini est très peu mystique puisqu’il renvoie à la morale d’un homme durant sa courte existence, et à son sacrifice immense. Un passage résumerait cette notion si immensément puissante :

«Mais il sait qu’il doit mourir, il sait que nécessairement il doit mourir, qu’il est venu pour mourir, pour donner, par sa mort, la vie, pour confirmer par la mort la vérité de la vie plus grande annoncée ; il n’a rien fait pour ne pas mourir, il a volontairement accepté de mourir pour les siens, pour tous les hommes, pour ceux qui ne le connaissent pas, pour ceux qui le haïssent, pour ceux qui ne sont pas nés ; et il a prédit sa mort à ses amis, il leur a donné les prémices de sa mort, le pain de son corps, le sang de son âme, et il n’a pas le droit de demander au Père que le calice soit éloigné de sa bouche, que sa fin soit différée. Il a écrit ses paroles sur la poussière de la place et les a effacées aussitôt ; il les a écrites dans le cœur de quelques-uns, mais il sait combien sont délébiles les paroles gravées dans le cœur des hommes. Si sa vérité doit demeurer à jamais sur terre, et de façon que nul jamais ne la puisse oublier, il la lui faut écrire avec son sang et, puisque les vérités viennent du sang, ce n’est qu’avec le sang de nos veines que l’on peut écrire les vérités sur les pages de la terre, pour que les pas des hommes et les pluies des siècles ne les décolorent pas. La Croix est la conclusion rigoureuse et nécessaire du Sermon sur la Montagne. Qui apporte l’amour est à la merci de la haine et l’on ne vainc la haine qu’en acceptant la condamnation. Car tout doit se payer : le bien plus que le mal ; et le bien suprême, qui est l’amour, par ce qui est le suprême mal dont disposent les hommes : l’assassinat».

Le livre se clôt sur une prière au Christ ressuscité mais de nouveau absent, à qui Papini demande de l’aide en ce début de XXe siècle déprimant… Un roman christique qui ravira deux types d’amateurs : les amoureux du langage concret, véhément et imagé, ainsi que les admirateurs du Christ.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 13/01/2012 )
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