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Catherine vraie...
Andreï Makine   Une femme aimée
Seuil - Points 2014 /  7,70 € - 50.44 ffr. / 362 pages
ISBN : 978-2-7578-3851-8
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en janvier 2013 (Seuil)
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Andreï Makine retrace ici la vie d’une petite princesse allemande choisie pour être l'épouse de Pierre III et qui devient, au cours d’un règne sans partage, la grande impératrice de Russie, Catherine II. La tâche de l’auteur n’est pas aisée tant la mémoire historique caricature Catherine II : la fascination pour ses pratiques sexuelles peu conformes à la morale réduit trop souvent cette fine stratège à l’archétype d’une obsédée sexuelle et d’une nymphomane, occultant le rôle majeur de sa politique.

Pourtant aucun amour de jeunesse ne détourne la jeune adolescente de son objectif : épouser Pierre III. Les épousailles étant fêtées, reste à régler la situation du mari : Catherine II accède à la tête d’un territoire immense en 1762, à la faveur d’un coup d’État commandité par ses amants qui assassinent l’empereur Pierre III et, des années plus tard, leur fils, Paul Ier. Alors-même que ces actes prouvent combien les mœurs de Saint-Pétersbourg sont sanguinaires et les procès expéditifs, cette femme maîtrise parfaitement ses adversaires et n’est jamais renversée en plus de trente ans de règne. Tandis que la France s’incline encore devant Louis XVI et que les femmes jouent au mieux un rôle de «courtisane» (qui n’est pas sémantiquement le féminin de «courtisan»…), Catherine II pose les bases de la démocratie bien avant notre révolution de 1789 et, «du fond de son dix-huitième siècle», nomme la jeune Dachkova à la présidence de l’Académie. Quelle est donc cette première démocrate et première féministe à perdurer dans une époque cruelle, voire barbare ? Certes, durant son règne, elle tisse intimement le pouvoir au sexe mais jamais ne perd de pouvoir à cause du sexe. Intellectuelle, amie de Voltaire et Diderot, elle relativise leurs théories empreintes de haine et d’incitations à la guerre car leur dit-elle : Vous écrivez sur le papier, moi j'écris sur la peau des hommes".

La trame de ce roman historique alterne la partie strictement documentaire à une approche plus anecdotique et subjective portée par le personnage d’Oleg Erdmann. Cinéaste Allemand habitant en Russie, Oleg veut réhabiliter Catherine II à travers un scénario qu’il écrit et réécrit au point d’en être pleinement possédé : «Elle a vécu à la limite extrême des jeux humains, au sommet de ce que nous imaginons comme pouvoir, richesse, plaisir charnel. Cette limite était son quotidien». En suivant l'évolution de son travail sur plusieurs années, Andreï Makine revisite l’époque contemporaine en Russie, avant et après la chute du Mur. Mais le prisme a bien des facettes : des contrôles exercés sur la création artistique par les experts du CEAC (Comité d’État pour l’Art Cinématographique) à la naissance de la nouvelle oligarchie, au règne de l’argent, aux exigences mercantiles de producteurs obnubilés par l’érotisme qui fait vendre, à l’absence de solidarité, etc., la démocratie est décidément un long chemin.

Après avoir reçu de nombreux prix (Prix Goncourt, Goncourt des lycéens, Prix Médicis, Prix Eeva Joenpelto pour Le Testament français, Prix RTL-Lire, Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco, etc. ), Andreï Makine signe un passionnant seizième roman, envers et contre tous les historiens pourrait-on dire, car il humanise enfin cette Impératrice condamnée jusqu’alors par ses pratiques sexuelles libres. Notre actualité récente démontre qu’en la matière trois siècles n’ont guère fait changer les mentalités.


Marie-Claude Bernard
( Mis en ligne le 17/01/2014 )
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