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Produit fini
Isabelle Sorente   180 jours
Gallimard - Folio 2019 /  8,40 € - 55.02 ffr. / 421 pages
ISBN : 978-2-07-275199-8
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en septembre 2013 (JC Lattès)
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Un porcher au surnom de fleur, Camélia, le gaillard doux et fragile, dévoile à un universitaire, également narrateur, les arcanes de l'élevage porcin intensif, au gré des 180 journées éponymes. Notre professeur s'appelle Martin, un être éteint, traumatisé par les violences des cours de récré, la séparation de ses parents, les blessures de l'enfance, soumis aussi à l'influence de son mentor, Dionys Marco, lui-même fragilisé par une relation impossible avec sa fille Tico, adolescente rebelle depuis la mort de sa mère. Martin vit avec Elsa et partageait son temps jusque-là entre ses recherches et la couette innervée des mèches rousses et des sourires de sa compagne.

Ce cadre quotidien vole en éclats quand Martin rejoint le centre d'élevage et fait la connaissance de Camélia. Ce qui ne devait au départ qu'alimenter un séminaire sur la condition animale, une idée née des idéaux et refus de Tico, recyclés par son père dans un élan coupable, devient pour Martin une question essentielle : à l'horreur des traitements infligés à ces porcs se noue une amitié intense avec Camélia, homme moralement détruit par sa tâche, par la logique véritablement concentrationnaire à laquelle conduisent les logiques libérales de rentabilité.

"110 kilos = 180 jours = produit fini" / "dès que c'est conçu, c'est mort".

Entre les bâtiments aux fonctions précises (Bâtiment A = Conception ; Bâtiment E = Engraissement ; Bâtiment G = Embarquement = fin du process), les porcs ne sont plus que des numéros, des choses, nés et morts en 180 jours, créés et détruits au gré de mécaniques rationalisées, aseptisées : "propres". L'être et le néant au pays des cochons. "La viande n'avait pas droit à l'amour".

Tout cela, à travers le narrateur et la plume d'Isabelle Sorente, une plume douce et patiente, le lecteur l'absorbe, sensible aussi bien à la relation se nouant entre les deux hommes qu'à la mise au jour de ces pratiques industrielles. Deviendra-t-on végétalien pour autant ? Sans doute pas, d'autant que, sur la fin du roman, alors qu'on attendait peut-être une sorte de paroxysme dans cette horreur bouchère (le rôle exterminateur de l'"Outil"), Isabelle Sorente l'esquive, cherche une fin heureuse et apaisée passé un coup de théâtre plutôt fade, une fin décevante il faut dire. Fallait-il terminer ainsi ?...

Mais en l'état, 180 jours offre une réflexion sur la banalité du mal, les accords tus, tacites, sur lesquels une société fonctionne, se nourrit, la sauvagerie humaine rendue acceptable par le contrôle et l'aseptisation, par l'anesthésie des âmes, comme si les paquets de Fleury-Michon tombaient, une fois mûrs, du haut des arbres, simples fruits telles ces mangues du Pérou que Martin, Camelia et Mado, la logeuse du chercheur, partagent. L'horreur apparaît dans les couacs survenus dans la chaîne de production, quand une truie, baptisée Marina par Camélia, massacre tous ces petits sitôt ceux-ci nés, car elle sait leur destin, bientôt engraissés, finalement saucissonnés ; quand un responsable de chaîne au nom de fleur, pourtant habile au maniement du "Matador", outil tueur comme son nom l'indique, ne dort plus, l'âme effilochée, le corps amaigri, et touche un chercheur qui perd dès lors sa distance scientifique avec l'objet étudié. Qui perd tout, en fait. Quand la novlangue technique, lavée aux euphémismes, ne parvient plus à éponger discrètement le sang...

On parcourra donc ces ''180 jours'' avec plaisir, attention, intérêt, guidés par une plume trop rare, et une construction habile, mêlant précision documentaire et apesanteur littéraire. Un roman féminin - on dit féminin pour souligner ses qualités, une dénonciation douce, sans venin ni coups de poing, patiente dans sa pédagogie, maternelle à vrai dire -, un beau roman qui dit l'horreur de la distance, sa froideur... ses impasses et ses pièges.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 20/09/2019 )
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