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Le marbre et la boue
Pierre Lemaitre   Au revoir là-haut
Le Livre de Poche 2015 /  8.6 € - 56.33 ffr. / 624 pages
ISBN :  978-2-253-19461-3
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Prix Goncourt 2013

Première publication en août 2013 (Albin Michel)

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Le titre ne fait pas justice au roman : fade et même quelque peu abscons alors que le récit que propose Pierre Lemaitre emporte, saisit, convainc. On parle de roman populaire dans les colonnes littéraires autorisées, tout simplement parce que, rareté sous nos latitudes, Au revoir là-haut raconte une histoire et ne se raconte pas. Une histoire dont l'arrière-plan historique - la Grande guerre, ses poilus, la France meurtrie et endeuillée - aide d'ailleurs à cataloguer l'ouvrage : popu', romanesque, historique. D'accord sur les épithètes, affirmons néanmoins que nous sommes plus ici du côté de Dumas que des étals de gare.

Le retour des rescapés du conflit est au cœur du roman, happy few n'ayant pas fini sous les obus, sous la boue, en charpie. Bien vaillants ou bien gueules cassées devant se reconstruire après les combats. Nous suivons deux camarades, Albert et Édouard. Ce dernier est mort, en fait, ainsi l'a-t-il décidé quand, voulant sauver Albert en le déterrant de la boue l'ayant enseveli, un abus lui a arraché la mâchoire inférieure. Défiguré, Édouard l'esthète, fils de bonne famille, que son père, Monsieur Péricourt, n'a jamais vraiment porté dans son cœur - trop artiste, trop efféminé -, décida de profiter du chaos de Novembre pour se substituer à un compagnon lui véritablement tombé au front. Albert, complice de l'usurpation, retourne à Paris avec lui, ils s'y cachent, il le fournit en morphine, caresses psychotropes pour endurer la douleur et la honte.

Et ? Et l'entourloupe, la ruse, les manigances pour tirer ses marrons du feu. La France est en deuil et certains comprennent tôt que le deuil est un juteux commerce. Édouard est défiguré mais il a toute sa tête et monte une arnaque aux dimensions nationales : proposer aux mairies de France, riches de la participations de citoyens endeuillés, la livraison de statues commémoratives avec ce qu'il faut de larmes et de patriotisme, de colère et d'esprit de revanche. Les mairies paieront un acompte, aguichées par les prix attractifs et les dessins préparatoires dessinés par le jeune artiste. Le sculpteur de leur invention est un membre de l'Institut, hors de tous soupçons, donc. Et que pleuvent les francs en ces années d'avant l'inflation !

Leur capitaine, le fieffé d'Aulnay-Pradelle, n'est pas en reste. Non seulement avait-il essayé de tuer Albert dans les dernières heures de la guerre, testant déjà une première arnaque, non seulement épouse-t-il la sœur d’Édouard, Madeleine, pour les relations, le nom et l'entregent, mais il orchestre lui aussi une fraude monumentale contre l’État, prenant en charge ni plus ni moins que la sépulture des soldats morts pour la France : cercueils parfois vides, les identités non vérifiées, rapetissés pour la rentabilité, si petits qu'on y casse, qu'on y serre, tord et compresse les corps des héros nationaux.

L'identité française dans tous ses états donc : l'orgueil et la manigance, les formes et les déformations, l'humour et la rigueur. Dans l'air du temps, auscultant la psyché malade d'une nation déboussolée, mais sans céder aux modes dont profitent aujourd'hui, toute honte bue, politiques et journalistes, Au revoir là-haut s'inscrit en fait dans une belle tradition littéraire hexagonale : franche, gouailleuse, inspirée, et en parfaite maîtrise de sa langue.

Magistral donc.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 27/04/2015 )
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