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Avant la chute
Patrick McGuinness   Les Cent derniers jours
Le Livre de Poche 2014 /  7,90 € - 51.75 ffr. / 501 pages
ISBN : 978-2-253-09978-9
FORMAT : 10,9 cm × 17,7 cm

Première publication française en août 2013 (Grasset)

Karine Laléchère (Traducteur)

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Un pays de l'Est qui est aussi un pays du Tiers Monde, dictature stalinienne, avec l'idéologie, la mise en scène, sous la férule d'un tyran honni et craint de tous ; la Roumanie de Ceaucescu au temps des derniers râles, quand tout s'éteint dans un ultime flamboiement. L'observatoire idéal pour un professeur occidental, catapulté là sans savoir comment ni pourquoi, sans vraiment d'entretien, promu professeur comme on peut être aussi, là-bas, jugé coupable : sans procédure, sans procès, par sentence.

Tout fait pourtant sens dans un État comme celui-ci, une fois qu'en ont été saisis les logiques perverses, le sens absurde. C'est cette folle cohérence que Patrick McGuinness rend magistralement dans ce roman récemment primé en France, décrivant les premiers pas de cet enseignant dans la Roumanie des années 80, trois mois avant la chute. "Nous vivons une époque en phase terminale".

L'ennui, la peur, les chantiers pharaoniques ânonnant la puissance du chef, l'espoir communiste, coquilles vides dans un pays sans son ni saveur, désert d'idées peuplé d'hommes en pleine agonie sociale... parasité aussi par tout un appareil totalement corrompu et vivant déjà à l'heure des Érinyes ultra-libérales. "C'était le règne de la velléité (...). La velléité de puissance aurait dit Nietzsche". Plus loin : "C'était typiquement roumain : la taille conçue pour écraser l'humain".

Ce roman largement autobiographique développe donc les désarrois - multiples - d'un jeune intellectuel britannique dans un espace-temps autre, une géographie déroutante, des villes comme des décors de contes rouges, un temps à la densité poisseuse. Puis l'accoutumance : l'ennui fait place à une sorte d'acculturation, au mensonge, à la duplicité, le marché noir, les contresens idéologiques commis par des apparatchiks se retrouvant dans l’opulence d'hôtels occidentaux. Auprès de Leo, qui le fascine, le professeur s'acoquine, se compromet, édulcore ses constats d'abord acides. "La table de travail avait été placée dans un angle d'où l'on voyait à la fois la porte et la fenêtre, quant à la chaise, elle avait été coincée à l'intersection des deux murs. Le Feng Shui de la paranoïa".

Le ''réalisme socialiste" comme machine à blaser, une énergie lassante, qui vous pourrit de l'intérieur, ébahit l'âme et finit par rendre tout... acceptable. Par un focus sur la Roumanie rouge dans son dernier soupir, l'auteur laisse aussi comprendre les mécanismes du totalitarisme, où chacun, certes victime, devient aussi, peut-être, un élément clé du consentement collectif. L'histoire finira mal, on le sait : les Ceaucescu détrônés, tués, la Roumanie libérée... Et quoi ? Si les têtes des chefs tombent, les apparatchiks demeurent et un autre moulin idéologique s'installe pour écraser les esprits, non plus au nom de l'égalité socialiste mais à celui de la liberté. Notre professeur laisse entendre que l'on peut finalement se sentir libre sous une dictature et oppressé quand la liberté brille aux frontons d'une constitution démocratique. Un constat naïf que son expérience rend pourtant palpable, saisissant même.

Un excellent roman, primé à juste titre. Disons cependant que le meilleur de ces Cent derniers jours réside dans ses cent premières pages. Ensuite, peu à peu, l'intérêt se dilue, des intrigues secondaires parasitent la peinture historique et sociale. Bref, comme le narrateur, le lecteur s'acclimate, blasé à son tour.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 08/10/2014 )
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