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L'Élève
Antoine Compagnon   La Classe de rhéto
Gallimard - Folio 2014 /  7.4 € - 48.47 ffr. / 343 pages
ISBN : 978-2-07-045627-7
FORMAT : 11,3 cm × 17,5 cm
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Antoine Compagnon (né en 1950) est professeur de littérature au Collège de France, après avoir travaillé dans des universités prestigieuses (Université de Columbia et Paris Sorbonne pour ne citer que celles-ci). Spécialiste de littérature moderne, il n'en demeure pas moins un historien de la littérature ; en témoignent ses ouvrages critiques et universitaires : Un été avec Montaigne (2013), Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes (2005), Le Démon de la théorie (1998), Proust entre deux siècles (1989)...

Il se plonge dans le récit autobiographique avec La Classe de rhéto (2012, aujourd'hui en format poche dans la collection Folio) qui retrace son année de première, en 1965-66, alors qu'il intègre un internat militaire à quelques kilomètres du Mans, dans une bourgade rurale et quelque peu isolée. Une année de formation, initiatique, pour le jeune Antoine, fraichement revenu des États-Unis où son père, général, officie à l'époque, et peu de temps après la mort brutale de sa mère.

C'est presque un récit de genre que Compagnon nous propose de découvrir. Nous sommes dans un pays qui sort d'une guerre et qui en entreprend d'autres (Indochine, Algérie). L'atmosphère qui y règne, notamment dans ce type d'internat, est toute d'ordre, de discipline, de travail, camaraderie masculine, hiérarchie militaire. Entre le passé d'un jeune adolescent expatrié et le professeur émérite qui écrit sur sa jeunesse, le lecteur, plongé dans le quotidien du lycée (avec des surnoms de camarades typiques : Porcinet, Bouboule, Petitjean, Wolff, Grand Crep's, Barnetche) est témoin des menus faits qui composent ce genre de scolarité. Amitié virile (voire trouble et ambiguë), bizutage des nouveaux, découverte des filles et du Rock n'Roll, actualité politique brûlante, passion naissante pour la littérature, construction psychologique, métamorphose physique et assujettissement à l'ordre. Le genre du récit sur la scolarité militaire est né !

Compagnon, en merveilleux conteur, précis et préférant la vivacité d'un souvenir à la véracité d'une preuve, nous offre un texte on ne peut plus nostalgique et mélancolique. Ce n'est pas à un critique littéraire que l'on apprend que tout est dans le style, ici transcendé par une sensibilité qui nous rend proches de grand Crep's et de Porcinet. Le lecteur baigne dans cette époque révolue des années 60 où l'on flânait chez les libraires, où l'on se battait dans les latrines, où l'on avait des perm's pour Paris, où l'on cachait ses érections sous les draps des dortoirs et où l'on écoutait Gainsbourg qui faisait chanter des insanités à France Gall !

C'est un texte prodigieusement bouleversant, servi par des analyses très fines sur l'époque et des anecdotes tragiques sur ce qu'est l'existence en définitive, par un homme de 65 ans qui a revu dans sa vie tous les protagonistes ou presque du livre. Car Compagnon nous renseigne sur le devenir de chacun, souvent triste au final, en y mêlant ses souvenirs familiaux et le décès, agissant comme un leitmotiv, de sa mère. 1966 fut donc l'année charnière d'où naquirent des carrières que l'auteur nous révèle dans une sorte de récit structuré par les fractures du temps.

Une lecture seine, sereine et heureuse que cette Classe de rhéto où, curieusement, on n'assiste qu'à très peu de cours ! Les souvenirs se passent en dehors des classes et des études, de même qu'ils se situent en dehors du monde du travail. La littérature nous parle de la liberté individuelle, du hasard, des lectures et des rencontres. En temps de vache maigre éditoriale, voici un texte très fort, très dense, où chaque détail compte, où chaque évocation donne du sens, où chaque souvenir s'inscrit dans une filiation, humaine et littéraire. C'est donc un livre remarquable et intense qu'a écrit Antoine Compagnon pour qui la classe de première fut le moment déclencheur d'une trajectoire intellectuelle atypique. Nous recommandons d'autant plus ce livre qu'il est épuré d'un certain système critique propre généralement à l'auteur ; on le lit ici comme un véritable écrivain, et en outre, un excellent mémorialiste.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 21/02/2014 )
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