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La lettre d'Anna
Paul Auster   Au pays des choses dernières - Le voyage d'Anna Blume
Actes Sud - Babel 2014 /  7,70 € - 50.44 ffr. / 272 pages
ISBN : 978-2-330-03373-6
FORMAT : 11,0 cm × 17,6 cm

Patrick Ferragut (Traducteur)
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Ce pourrait-être l'Amérique d'avant les États-Unis, jungle humaine où chacun est un loup pour l'autre, le Far West des meurtres et des succès douteux ; ce pourrait-être celle d'après aussi, dystopie apocalyptique d'une société sans plus de règles ni structure (quoiqu'un État, en guerre, survive mais selon des principes qui échappent au commun des mortels). Le Stalingrad des famines, une favela décrite d'une plume exagérée et pessimiste. D'où l'impression de familiarité dérangeante qui poursuit le lecteur du début à la fin de ce récit. D'où aussi, en ces temps d'emballement capitaliste, de dévoration de nos écosystèmes, d'effritement de nos règles sociales et ''morales'', la bonne idée d'Actes sud de rééditer ce roman vieux de bientôt vingt ans. Nous sommes dans le registre de l'anticipation noire, où le réel est rapiécé d'angoisses...

Une ville sans nom dans un monde qui semble pourtant être le nôtre. Une cité maudite dans un pays apparemment en guerre, où règnent la famine et l'insécurité, une misère que les hivers glaciaux amplifient, tout comme s'y décuplent nos travers les plus hobbésiens, un chacun-pour-soi de survie. Le désespoir est tel que des organisations aident à planifier les suicides et que le ''métier'' le plus légitime consiste à parcourir les rues pour débusquer des objets à revendre.

Ce métier, Anna Blume, l'exerce un temps. Elle est la narratrice, l'auteur d'une longue lettre adressée à un proche anonyme dont on ignore s'il l'aura finalement lue. Elle est arrivée dans la ville, ayant quitté le confort d'une vie bourgeoise pour le chaos de cette cité en ruines, pour retrouver un frère disparu... qu'elle ne retrouvera pas. Elle se construit donc une existence dans l'enfer de cette non-société, partageant un temps l'appartement d'Isabelle - l'amie - et son mari Ferdinand - l'ennemi -, vivant ensuite dans la ruines de la bibliothèque municipale où elle rencontre et aime Sam, l'écrivain ; elle est finalement recueillie dans une maison de charité où, d'abord patiente, elle deviendra soignante, et d'où, vraisemblablement, elle écrira l'essentiel de son témoignage.

L'enfer se nourrit des autres mais l'espoir vient d'eux aussi. Anna Blume, cœur pur dans ce monde terne, en fait l'expérience, une expérience qui n'a rien de manichéen, Auster sachant bien tricoter en chacun ses faiblesses et ses contradiction, le beau comme l'infâme. Le style est superbe, dense, comme toujours, la traduction remarquable, et les leçons nombreuses. Avec, toujours chez Auster, l'écriture comme moyen privilégié d'une rédemption : "le livre de Sam est devenu la chose la plus importante de ma vie. J'ai pris conscience que tant que nous n'arrêtions d'y travailler, la notion d'un avenir possible continuerait à exister pour nous" (p.156). Un monde sans livre est en effet un monde perdu.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 04/07/2014 )
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