L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Jeudi 12 décembre 2019
  
 
     
Le Livre
Poches  ->  
Littérature
Essais & documents
Histoire
Policier & suspense
Science-fiction

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Poches  ->  Littérature  
 

Au bonheur de l’ogre ?
Leïla Slimani   Dans le jardin de l’ogre
Gallimard - Folio 2016 /  7,10 € - 46.51 ffr. / 227 pages
ISBN : 978-2-07-046818-8
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2014 (Gallimard - Blanche)
Imprimer

Côté face, Adèle est une jeune et jolie journaliste, mariée à Richard, un chirurgien prometteur. Ensemble, ils ont eu un petit garçon, Lucien, et coulent des jours heureux à Paris, avec une vie très active - la rançon du succès, et des amis aussi brillants qu'eux.

Côté pile : Adèle est vide, vide d'amour, vide de sentiment maternel, vide d'intérêt pour son boulot, sa famille... et ce vide, existentiel, elle le remplit avec des hommes, à la sauvette, à la sauvage même, sans plaisir, frénétiquement. Adèle est nymphomane, un peu anorexique aussi, un petit morceau de souffrance qui ne recherche, dans des relations innombrables, sans hier et sans lendemain, qu'un peu de calme. La tempête, qu'elle fuit, dont elle cherche encore un peu à protéger les siens, finira par la rattraper.

Avec ce beau roman, Leila Slimani déboule magistralement dans le paysage littéraire, en donnant vie à un personnage singulier, habité par son trouble plutôt que victime de sa pathologie. On pourrait s'attendre à lire un roman classique où une jeune femme, atteinte d'un désir sans fin, s'épuise dans les aventures... faciles. Mais Dans le jardin de l'ogre est autrement plus ambitieux et plus subtil, car l'auteur va au rebours de tout : l'idée de plaisir, l'idée de séduction, l'idée d'équilibre. Adèle est emportée dans un torrent qu'elle ne contrôle pas et qui, progressivement, la détruit.

Portrait d'une addiction vue de l'intérieur, sans le flacon ni l'ivresse, juste la gueule de bois et l'envie de boire pour oublier. Jusque dans sa manière d'écrire, Leila Slimani touche juste : pas de pathos, pas de compassion voyeuriste, pas de fixation sur les autres - la famille, les amants, la copine bonne conscience dans le vide : on vit avec Adèle, on baise avec Adèle, on s'étiole avec Adèle, tout en observant, comme de loin, sa réalité qui se défait progressivement. D'abord le travail (le mythe du journaliste en prend pour son grade : on est plutôt parmi les soutiers de l'information), puis les relations, la famille (et notamment la mère d'Adèle), le fantasme du bonheur bourgeois, et jusqu'au couple.

L'écriture est sobre sans être froide ni clinique, avec ce talent supplémentaire de résister à la tentation de l'explication psychologique (la figure de la mère, du père, le refus de maternité, etc.) : le lecteur, sans être abandonné dans la rase campagne des pulsions du personnage, doit peu à peu saisir la situation, tracer son chemin dans ce récit d'une souffrance faussement pailletée de sensualité. Leila Slimani aurait trouvé son inspiration dans l'affaire DSK, mais, heureusement, elle a su s'éloigner du fait divers.

On est loin de Catherine Millet, plutôt du côté de Hans Fallada et de son Buveur. Un roman fort, brillant, âpre et une grande plume à guetter.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 13/01/2016 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd